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Avoir 20 ans - Claudine Attias-Donfut, Martine Segalen
2 février, par Mélèze

« Avoir 20 ans »
Claudine Attias-Donfut, Martine Segalen (Odile Jacob Paris 2020)

La polémique au sujet des boomers (nom générique inventé en Australie pour désigner les classes d’âge du baby-boom d’après guerre de 1946 à 1950, qui atteignent aujourd’hui entre 70 et 80 ans) ressemble à celle du choc des civilisations [1]. Des techniciens des idées parviennent à publier des livres populaires [2] qui donnent le sentiment de faire découvrir une nouvelle articulation de la vie de nos sociétés, alors qu’en vérité quand on y réfléchit il s’agit de choses superficielles.
Dans cette réflexion Le livre de Mme. Attias Donfut et de Mme. Segalen à l’avantage d’inclure la crise actuelle du COVID dans son analyse démographique. Elles montrent qu’on ne peut pas affirmer que les jeunes sont sacrifiés aux dépens des vieux dans les soins apportés contre la pandémie. Pas plus en France qu’aux USA ça n’a pas de sens. Veut-on dire que les partisans de Trump qui ne voulaient pas d’une médecine administrative ont sacrifié les jeunes aux dépens des riches ? Ou bien que les démocrates partisans de Joe Biden sont revenus au pouvoir parce que les vieux riches, les boomers, n’étaient pas assez protégés ?
Après les premières pages de ce livre on peut hésiter à en faire une présentation parce qu’on peut trouver exagéré que la génération des milléniums connaisse aujourd’hui une crise vis-à-vis de ses parents qui soit plus grave (lourde de conséquences) que celle que les boomers ont connue.

La phrase qui marque la différence entre « les deux type de fossé de génération » est la suivante : "Dans la musique, les médias, dans les séries visionnées sur smartphone, sur les affiches, la thématique de l’amour et du sexe est aujourd’hui omniprésente" ; et en effet, les boomers qui étaient révoltés contre le gaullisme et son immobilisme n’étaient pas immergés dans internet, sa musique, ses vidéos et sa vulgarisation de la sexualité en tous genres.

L’avantage de ces deux sociologues c’est qu’elles ont accès à toutes les sources d’études sur les différentes classes d’âge. On entre dans un modèle ou on se demande comment les résultats d’avant ont été modifiés par la COVID . On peut suivre les différences entre les 3 générations depuis la première qui organise la marche de Beurs en 1980 jusqu’à la 3° qui a eu 20 ans en 2020 et a été frappée par la COVID [3] (assassinat de Sohane en 2002 mouvement ni putes ni soumises, film les misérables 2019). La sensibilité au terrorisme : "33 769 attentats islamistes ayant provoqué la mort d’au moins 167 096 personnes entre 1979 et 2019," est la marque de la nouvelle génération

À une vision verticale des choses, elles essayent de substituer une vision horizontale. La version verticale est celle qui suit la flèche du temps c’est-à-dire l’héritage que chacun de nous reçoit et qui le fait agir en continuité ou en rupture avec la génération précédente. La vision horizontale au contraire suit la flèche du progrès et fait voir comment l’entrée massive des écrans dans nos vies établit entre nous des rapports sociaux très différents de ceux liés aux contacts sociaux vivants.

On peut douter que le conflit de générations relié aux reproches fait pas les jeunes de leur avoir laissé une planète pourrie par une croissance débridée, soit plus grave(lourd de conséquence) en songeant à ce que les baby boomers avaient à reprocher à leurs parents antisémites et collaborateurs pendant le temps de l’occupation de la France

Heureusement les sociologues n’insistent pas tellement là-dessus. Elles essayent plutôt de mettre en avant deux caractéristiques dont la presse n’a pas parlé et que nous voulons sauver de l’oubli parce qu’ils nous paraissent importants :

1. La difficulté de l’amitié qui justement devrait pour elle reposer sur l’antériorité des personnes qui se rapprochent et non sur des échanges virtuels par l’écran. Il leur semble que l’amitié véritable au sens de Montaigne et La Boétie est tuée par cette civilisation qui met partout en avant le téléphone portable. On peut aussi inclure dans le défaut d’amitié les relations amoureuses furtives liées aux sites de rencontre qui donnent la fragilité aux couples, pouvant se servir de drogues ou de viagra et pratiquant la GPA (gestation par autrui) n’étant plus lié par une fécondité induite.

2. Les « slasheurs ». On laissera à Mrs. Attias-Donfut et Segalen . La responsabilité de cette affreuse dénomination pour un phénomène bien ancien dans notre pays. C’est une drôle d’idée de retenir un < slash > dans l’expression du fait qu’on exerce plusieurs activités professionnelles en même temps. Certes ces < slashs > sont utilisés dans la présentation des CV si on veut faire valoir qu’on pratique dans la vie active plusieurs sortes de professions. N’est-ce pas cependant un peu risible de se laisser influencer de cette façon par l’américanisation des pratiques alors que la pluriactivité est très fréquente dans nos régions ou les activités saisonnières font se succéder les compétences des personnes ? C’est vrai qu’il existait de toujours la multi-activité classique du ramoneur savoyard tandis que l’apparition de télétravail rend possible une multi-activité dans des genres nouveaux. On peut être boulanger et artiste ce qui est un peu plus original que le traditionnel exploitant agricole en montagne qui est en même temps moniteur de ski. On conclura en disant que la multi-activité professionnelle se généralise et devient parfois normative au détriment du classique salariat qu’une des autrices comme Mme. Attias-Donfut a subi toute sa vie, en tant que chargée d’étude à la Caisse Nationale Vieillesse, alors qu’il est devenu une garantie de plus en plus rare.

Mélèze 30/01/2021


[1Voir samuel huttington le choc des civilisations

[2Filipovic, qui appartient au staff éditorial du New York Times, vient de publier OK, Boomer, Let’s Talk : How My Generation Was Left Behind.sauver les boomers au depend des millenium.Même férocité chez Helen Andrews, qui signe Boomers, the Men and Women Who Promised Freedom and Deliver Disaster.

[3On regrettera ici l’absence de références à la crise du SIDA qui a été aussi causée par un virus, expérience proche que peu de gens comparent avec la COVID.

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