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Le Phénix n’est pas mort
29 avril, par essette

Le Phénix n’est pas mort

Le phénix ne peut pas mourir, telle est sa nature qui est condamnée à la régénération. Il a beau disparaitre pour un laps indéterminé, il finira inéluctablement par remonter à la surface. Tôt ou tard, il finira par vous décevoir, car vous avez un moment cru que sa disparition était définitive ; vous et ceux qui tablaient sur cette disparition définitive n’étaient que des fous mal avisés. Eh bien ! Détrompez-vous, c’est vous qui comprenez mal les Phénix. C’est vous qui comprenez mal les Phénix et les choses, vous qui vous êtes aveuglés par cette œillère qui conditionne votre vision et altère votre regard. Et vous voilà regardant toujours les choses de travers croyant à tort que vous êtes mieux placés que quiconque pour pénétrer le fond des choses. Détrompez-vous hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère, vous ne voyez pas plus que les autres ; sauf que mal renseignés, vous vous formez des vérités pour vous, car caressant votre ego, que vous voulez imposer aux autres en essayant de leur faire comprendre qu’elles sont des vérités pour tout le monde.
A vous suivre et à adopter votre perspective, on finira par voir le monde de travers, la tête en bas et les pieds en l’air. Malheureusement il arrive que, parce que vous êtes bien nantis, on finit toujours par vous croire. Vous avez la main mise sur les biens de la terre, vous maîtrisez si bien ses ressources, ses richesses que vous finissez fatalement dans les rets du diable. Car le diable a un faible pour les richesses et pour les nantis ; ces derniers le subjuguent tellement qu’il est prêt à leur dispenser ses précieux services, en mettant à leur disposition toutes ses forces maléfiques, diaboliques. Quand le diable se met au service d’un nanti, il condescend à lui insuffler sa force et sa malice. Et voilà que le nanti se mue en un être hybride ; il devient un être « humanodiabolique » ou « diablohumain » exploitant au besoin et quand les circonstances l’exigent tantôt la malice diabolique, tantôt l’intelligence humaine.
Le nanti est un être complexe, on ne sait jamais sur quel pied danser avec lui. Son credo est la duplicité, son atout est la prestidigitation. Tantôt il vous donne à voir de lui une image si nette, si favorable que vous vous empressez de dormir sur vos lauriers ; tantôt, par une volte-face imprévisible, il escamote cette image pour mettre à sa place une autre plutôt si kaléidoscopique, si indistincte que tout s’embrouille dans votre esprit au point que vous ne savez plus à quel saint vous vouer. Le monde aurait été une création inutile voire pernicieuse si son Créateur n’avait pas envisagé des panacées. En effet, si pour les uns il a laissé faire ces œillères qui les empêchent de voir la réalité des choses, les autres, les élus, il les a dotés d’un pouvoir de pénétration et de distinction qu’ils peuvent voir sans ambages des vérités platoniques auxquelles seuls quelques élus peuvent accéder. Et c’est cela même qui fait l’équilibre du monde : à une majorité écrasante aveuglée par de fausses évidences, obnubilés par de nombreux préjugés fait pendant à une minorité éclairée par des vérités éternelles et impérissables. Les premiers sont des prestidigitateurs et des mystificateurs, les seconds sont des fossoyeurs et des archéologues. Les uns nombreux ont pour mission de vous mystifier, les autres en tout petit nombre ont pour devoir de vous démystifier.
La guerre a toujours été rude entre ces deux entités. Les uns s’évertuent inlassablement à vous faire accroire que la terre est plate, les autres n’ont de cesse de vous démontrer qu’elle est plutôt ronde. Les premiers se laissent bercer par des illusions en croyant et en laissant croire que le Phénix peut disparaître à jamais ; les seconds, pour en découdre, et sans en démordre, ne lésinent sur aucun moyen pour asseoir son éternelle longévité. En 2011 le monde arabe connait un tournant décisif dans son histoire que les analystes politiques et les commentateurs appellent le « printemps arabe » ; il s’agit d’un vent de révolution et de changement qui va déferler sur le mode arabe déjà gangrené par une corruption sans pareille, commençant par la Tunisie pour gagner la Lybie, puis l’Egypte puis la Syrie, puis le Yémen, tout en lançant de larges éclaboussement par ci et par là. Plusieurs têtes des plus dures et de plus têtues, sur la disparition desquelles aucun parieur n’aurait, quelques mois auparavant, hasardé un seul centime, ont commencé à s’écrouler comme des châteaux de cartes. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. On s’est finalement débarrassé de ces potentats sanguinaires qui nous ont pesé dessus pendant de longues décennies. C’est la liesse dans le monde arabe et même dans tout le monde féru de liberté et de dignité. Les autres potentats qui ont jusqu’alors été encore épargnés ne savent où donner de la tête, tellement ils sentent le spectre de l’épée de Damoclès éternellement suspendu sur leur tête.
Face à la liesse des peuples, la horde des potentats sanguinaires et malfaiteurs, passé le temps du choc, devait réagir, toute imbue de sa vérité maléfique qu’elle puise dans les cahiers sataniques du diable, pour exorciser le mal et retrouver le paradis perdu. Tout est permis, tous les coups sont autorisés ; Ces potentats largués mais bien nantis ne vont ménager aucun effort pour remettre le pendules à l’heure. L’argent « saoudit » et « mouamaratis » va intervenir pour remédier à la situation et prévenir d’éventuels déferlements. Qu’est-ce qu’on n’a pas acheté par et avec l’argent ? Quel esprit, quelque cultivé qu’il soit, a sérieusement résisté au tintement agréablement sonore des sous reluisants qui vous sont copieusement versés dans le creux de la main ? Quel esprit humain si faible de nature, si malléable à l’envi peut encore s’attacher à des valeurs si dérisoires comme la dignité, l’honnêteté, la moralité ? Tout cela n’est que des mots, rien que des mots qui ne renvoient plus à aucune réalité extérieure, tout juste des asémentaimes entièrement vidés de leur substance sémantique et définitivement coupés de leur réalité référentielle.
Avec l’argent « saoudit » et « mouamarati » qui va couler comme du riz sur les bords du Nil, rien de plus aisé que d’acheter les services d’un agent qui est prêt à tout brader pour servir les intérêts diaboliques de ses commanditaires. Cet agent bien rodé aux manœuvres des renseignements généraux va user des atouts dont quelques pays du Golfe l’on nanti pour soudoyer l’intelligentsia égyptienne dont notamment des journalistes véreux qui pour quelques sous sont prêts à vendre leur âme à Méphistophélès. Un journaliste égyptien en l’occurrence, pour ne citer qu’un exemple, celui de Amr l’Insolant, est pour un rien prêt à vous donner une configuration bien particulière de l’espace terrien ; Sans honte ni vergogne, il vous met l’Ethiopie aux Etats Unis, Le Japon au Canada et l’Indonésie au milieu de pays scandinaves, il soutiendra que l’euro est une monnaie africaine, que le dollar est chinois et que le Yen est bel et bien congolais.
Le journaliste égyptien qui n’a ni foi ni loi fait l’apologie du mal et l’encense. Paradoxalement il s’acharne sur l’honnêteté intellectuelle qu’il entachera de tous les vices. Son principe fondamental et immuable est la soumission à l’argent et partant à celui qui le possède. On se demande toujours si ce journaliste égyptien véreux et malheureux croit bien ce qu’il dit, ce qu’il écrit ou tout simplement joue un rôle et remplit une mission pour laquelle il reçoit des émoluments juteux. Dans l’un comme dans l’autre cas, il reste toujours un être vil et abject, à conscience malheureuse, qui mérite plus de pitié que de rancune, qui est plus à plaindre qu’à sermonner, car au lieu de se cultiver pour se libérer et essayer d’œuvrer à la libération de l’humanité, il a choisi de s’enliser dans la crasse, la corruption et la pourriture de la politique.
C’est donc ce genre d’intelligentsia arabe taillable et corvéable à merci qui a hypothéqué le sort de la nation arabe en jugulant ses envies et ses élans. Et quand il trouve des âmes sensibles à ses ritournelles, il se croit le guide de la nation et son phare. Il se boursoufle à outrance et se porte volontaire pour brader son savoir en le mettant au service de la dictature, jurant que la révolution n’est qu’un jeu de fainéants, un jeu qui ne peut pas faire long feu et dont ne renaîtra plus jamais aucun phénix. Erreur monumentale que celle commise par ces pseudos intellectuels, ces traficoteurs qui se livrent au négoce crapuleux du savoir, qui se prosternent servilement devant le dollar, qui croient étouffer définitivement la volonté du peuple en se faisant l’avocat du diable.
Erreur majestueuse quand, imbus de leur fausse puissance, le dictateur et ses sbires se donnent à cœur joie, croyant avoir enterré définitivement cette hache de guerre et avoir littéralement tordu le cou à cette satanique révolution. Erreur impressionnante in fine car cette révolution mal étouffée les attend tranquillement au tournant pour leur donner une leçon magistrale dont le contenu principal est que le Phénix renaît toujours de ses cendres, et que cette renaissance, même faite au forceps, s’accompagne assez souvent d’une puissante immunité que renforce justement l’évitement des erreurs du passé. La révolution du peule du Soudan en est un exemple éloquent, elle est un événement à prendre au sérieux. Loin de se comporter aussi naïvement que ne l’avait fait le peuple égyptien en plaçant une confiance aveugle en une armée dont les dirigeants ne sont qu’une poignée d’arrivistes obtus et retors, le peuple soudanais fait tout pour éviter de se faire entortiller par une logorrhée militaire, scandant à tue-tête que la cessation de son mouvement contestataire n’est possible que quand les militaires ont cédé le pouvoir aux civils et ont regagné leurs casernes.
Les Soudanais ont compris qu’un militaire n’est pas fait pour gouverner pas plus qu’un éléphant n’est fait pour danser. Les militaires ont beau changer de tactiques argumentatives pour embobiner le peuple, rien n’y fait. Fiasco. Mieux, en Algérie, le Phénix de la révolution arabe renaît dans toute sa superbe de ses cendres. Adoptant une stratégie on ne peut plus claire, simple et efficace, qui se résume dans un seule slogan : que tous les ténors de l’ancien régime, mais tous dégagent et l’Algérie deviendra une grand nation qui n’aura rien à envier à ses pairs. Mais que ni les uns ni les autres ne jubilent trop vite comme l’ont fait si bêtement et si naïvement les Egyptiens avant eux, car un perdant cherchera toujours à prendre sa revanche sur celui qui l’avant auparavant assommé. La méfiance et la prudence sont de mise. Le chemin de la révolution est toujours long et périlleux, semé d’une multitude d’embûches et de pièges. Tous ceux qui l’ont emprunté doivent être conscients des risques qu’il recèle, doivent s’attendre à des revers sporadiques. Mais qu’ils gardent la foi en leurs potentialités ; elle est l’unique garant de leur survie et de leur réussite.

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