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Eloge de la corruption - M-L Susini

samedi 27 janvier 2018, par Penvins


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Retrouver le sens du mot corruption, voilà ce à quoi s’attèle Marie-Laure Susini : en quoi est-il si important de désigner des corrompus ? Figure de l’incorruptible, Robespierre n’est pas le seul qui puisse nous mettre sur la voie, mais lorsque la Convention décrète que « Le peuple français croit à l’immortalité de l’âme et reconnait l’Etre suprême. » nous prenons la mesure de l’enjeu, le corrompu nous apparait pour ce qu’il est : un représentant de la corruptibilité de la chair et ce contre quoi se bat l’incorruptible, la décomposition des corps ! L’immortalité voilà bien ce qui motive la chasse aux corrompus, l’Incorruptible est celui dont la chair ne peut être sujette à corruption ! Marie-Laure Susini traque dans l’imaginaire occidental les manifestations de cette folie anti-corruptrice, depuis l’inquisition jusqu’à Thomas More en lutte contre Henry VIII le corrompu et son « Utopie », construction fantasmatique qui ne peut échapper au réel de la corruption mais la cantonne hors les murs.

L’auteur s’attarde sur Paul de Tarse (Saint Paul) et remarque qu’il invente l’incorruptibilité. Alors que dans la Genèse Dieu chasse Adam du jardin de crainte […] qu’il ne devienne immortel, avec saint Paul Adam sera racheté de sa « chute » et deviendra immortel :

L’homme ancien, prisonnier de sa déchéance, esclave de sa corruption et, hélas ! mortel, cédait à une création nouvelle, à l’homme nouveau conçu et inventé par Paul. A l’homme incorruptible ! Rien de moins ! écrit l’auteur éclairant par là des siècles d’antisémitisme présenté comme une tentative de la chrétienté d’écarter ses origines juives.

Marie-Laure Susini rappelle en effet que le peuple chrétien est issu du peuple juif :

Le peuple élu cédait la place au peuple des appelés, qui au Jugement dernier s‘avèreront être aussi les choisis, les élus.

et propose que l’on analyse les délires antisémites comme des tentatives de retrancher de l’unité chrétienne la part de son passé juif, la part juive qui persiste à ne pas croire en la promesse d’incorruptibilité

Au terme de cette démarche on est étonné (ou pas) de comprendre avec quelle violence les hommes défendent leur illusion d’immortalité, avec quels faux arguments ils se défendent de faire partie des corrompus - c’est dire des mortels !



 


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