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Seul le devoir nous rendra libres, Dominique de Villepin

Editions du Cherche-Midi, 2012

samedi 28 janvier 2017, par Alice Granger


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©divergences.net

A la suite de la lecture de son brillant livre « Mémoire de paix pour temps de guerre », et puisque nous sommes en période de campagne électorale pour la présidentielle, j’ai eu la curiosité d’aller lire le livre-programme que Dominique de Villepin avait écrit pour les précédentes élections, en 2012. Je ne l’avais pas lu à l’époque. Dommage !

D’abord, il se présente devant nous, disant que « réussir sa vie, c’est s’épanouir personnellement dans un rapport harmonieux avec la collectivité », cette entrée dans la société devant beaucoup au parcours scolaire si on ne veut pas qu’elle se rabatte sur la révolte. C’est un rapport avec la collectivité où l’on donne et l’on reçoit, à condition d’avoir pu cultiver ses dons, qui sont différents pour chacun. Il fera un zoom sur la façon dont lui, autrefois, a pu cultiver ses propres dons, qui le rendent apte à donner aujourd’hui. Alors même qu’il aurait pu lui aussi n’avoir pas d’autre choix que cette révolte que crient maintenant beaucoup de Français, s’il était resté cassé par les critères étroits du système scolaire.

Il est devant nous pas du tout de manière spectaculaire, à la télévision ou dans un meeting, mais par un écrit, où le temps de la réflexion est accordé aussi bien à lui qu’aux lecteurs, dans un lieu de rencontre où il donne sa parole parce qu’il a beaucoup fait d’efforts et travaillé pour être une sorte de premier de classe en la matière face à nous ses camarades de la classe France, où il se prépare à assumer ses actes en même temps que nous citoyens feront des efforts et notre devoir, celui qu’exige de nous ce temps de crise sans précédent. La crise nous implique tous, doit tous nous mettre au travail, nous ne sommes ni des enfants ni des petits regardant les autres, les élites, les politiques, tout faire ! Nous sommes par ce texte réunis dans la classe France, et le premier de classe, qui d’abord ne le fut pas du tout, partage avec nous la magnifique aventure de se mettre au travail pour se sortir d’un avenir sombre, de la bouteille à moitié vide qui continue à se vider, du fatalisme, du manque d’enthousiasme, de la crédulité politique, de l’infantilisme, du victimisme. Il ne joue pas sur le cerveau des émotions tel un homme providentiel ni n’exploite les rouages de la séduction. Il nous met face à la réalité nationale et mondiale de la crise, sans chercher à l’occulter, mais en analysant les moyens d’y faire face, ce qui nous implique tous, comme lorsqu’un coup dur frappe une famille tout le monde se met au travail pour un retour à la vie harmonieuse et libre, cette récompense, c’est une question de devoir. Il mise, par l’écriture, sur notre aptitude à comprendre, sur un pied d’égalité, sans arrogance. Il nous regarde en adultes responsables, ou ceux que nous sommes en train de devenir en ne croyant plus aux illusions que nous proposent les politiques. En destinataires de cet écrit, nous nous apercevons adultes en devenir qui voient de plus en plus nettement que la crise n’est pas juste un mauvais moment à traverser mais l’histoire qui passe sur nous en changeant tout, que le temps est venu d’entendre qu’un bouleversement mondial, un changement des rapports de force, ont mis en question nos modes privilégiés de vie d’Occidentaux, ont fragilisé notre Etat, ont désolidarisé notre nation, et aucun politique ne peut faire revenir à avant sinon à buter sur l’impuissance politique, économique et sociale. Il nous semble entendre, pour la première fois vraiment, nos doutes face aux propositions et aux actes de nos élites politiques comme la perte progressive de nos illusions sur le fait que la crise sera résolue, comme une sorte de lent éveil sur le fait qu’il s’agit de l’analyser, comme une urgence à comprendre le bouleversement sans précédent qui nous atteint, exigeant une autre manière de penser, d’autres solutions. Alors, il confirme : non, la crise n’est pas un simple mauvais moment à passer, non aucune élite politique n’a la solution pour revenir à avant, oui notre pays est immensément bouleversé, ce n’est plus un dedans conservé à toute épreuve d’en haut comme par un roi ou un père de la nation, comme une cathédrale sacrée, notre matrice s’est déchirée, dans le traumatisme nous sommes en train de naître, le dehors nous inquiète tellement. En nous mettant face à la crise, il dit clairement : il n’y a pas de solution venue d’en haut. C est nous, citoyens de France, peuple souverain, dans le sillage du combat que se propose de mener Dominique de Villepin, qui pouvons redresser la France, lui redonner une place dans le monde et son art de vivre unique au monde. Par l’effort, en faisant notre devoir de citoyen en situation de crise. En croyant en nos propres forces, en retrouvant notre dignité, et notre indépendance. Face à nous, il ne vient pas en réparateur de notre enveloppe placentaire fantasmatique, au contraire il nous dit que ce temps-là est fini, que nous sommes dehors, que la crise a détruit tout ça, que nous devons travailler à nous organiser très différemment ! Avec enthousiasme, estime de soi, dans une école de vie de l’excellence où la politique est redonnée à chaque citoyen. Il propose d’autres solutions.

Nous ne saisissons pas tout de suite, évidemment, à quel point il nous offre son cas, plongeant dans son enfance, comme un paradigme pour notre engagement citoyen afin de redresser la France secouée par cette crise qui ne peut pas être refoulée, qui nous jette hors de la tiédeur auto-suffisante d’un pays matriciel se déchirant de partout. Le parallèle entre un enfant qui grandit dans un milieu privilégié d’expatriés et nous Occidentaux Français ayant aussi grandi dans un pays privilégié s’impose ensuite, entre les lignes, le point de rencontre étant le face à face avec l’épreuve, autrefois une difficulté scolaire dans laquelle s’ancre encore aujourd’hui « un regard de contestation active sur la manière dont la réussite dans la vie était conçue par le système scolaire », maintenant la crise dont nous croyons comme des enfants passifs que les autres nous guériront. De même qu’il a dû combattre pour ne pas rester un mauvais élève, pour réussir sa vie, il nous rappelle qu’être citoyen, c’est une dignité que nous avons dû conquérir, et que c’est une activité qu’il faut savoir assumer. Lui, il remet ce citoyen au cœur de son projet, alors qu’on l’a rabaissé au rang de consommateur, de salarié, de spectateur. « C’est l’intuition qu’ont eue les révolutionnaires avec la citoyenneté active… » Comme par hasard, il évoque la révolution…

En évoquant sa famille à la fois traditionnelle et très ouverte, des militaires et un catholicisme pratiquant, l’amour de l’armée et le patriotisme, il nous fait imaginer le sacré et la sensibilité aux prochains dont la situation si injuste suscite une indignation qui sera la base de l’engagement futur dans la société, le devoir et mériter le paradis, il nous plonge dans des valeurs très précises, très fortes, qui bordent et cadrent bien, une matrice qui moule, une sensation de cathédrale protectrice d’amour, de foi et de douceur, mais où les militaires introduisent l’inquiétude, la guerre qui rôde, le danger qui peut survenir et détruire la sécurité, ainsi que le devoir de prendre part à la défense de la patrie jamais acquise une fois pour toutes. L’enfant dans cette famille, nous l’imaginons vivre dans un milieu aux privilèges jamais acquis pour toujours, dans un monde en puissance changeant avec des coups d’État çà et là, et en se projetant dans l’avenir, il peut s’y voir peut-être faisant à son tour son devoir pour perpétuer la défense et la construction du pays. Le catholicisme, lui aussi pratiquant ( de même que l’armée exige de faire son devoir, nous l’imaginons) le mène à l’église, à la cathédrale, d’une part à l’amour marial d’une mère, un espace sacré, à toute épreuve, d’autre part, aussi par le mérite, au paradis de l’excellence comme récompense, en réussissant sa vie par l’effort. Toujours le fait que rien ne reste acquis pour toujours, même si le milieu est privilégié comme une sorte de paradis, il y a toujours cet impératif de cultiver des dons issus d’une éducation singulière afin de tendre des efforts personnels vers la réussite. Le catholicisme s’ouvrait par son milieu associatif sur les pauvres, sur les inégalités sociales par exemple qui étaient abyssales au Venezuela où il a passé une partie de son enfance. Peut-être son engagement dans la société (il donnait des cours d’alphabétisation à de jeunes garçons enfermés dans une maison de redressement où ils étaient battus et humiliés) fut-il amorcé déjà à son âge par une grande sensibilité au fait que tous ces pauvres n’existant pas aux yeux des riches, méprisés, pourraient un jour demander légitimement des comptes, comme lors de la révolution française ? Et puis aider son prochain est aussi une valeur catholique. Elle implique de voir les autres dans leur humanité, de ne pas avoir peur d’être remis en cause par eux. Ainsi, le garçon d’autrefois, dans cette tradition de catholicisme pratiquant, est-il saisi par l’obscénité de la richesse par rapport à l’étendue de la misère du prochain. Sa sensibilité n’est pas seulement éduquée dans ce sens-là, mais aussi par l’ouverture d’esprit de la famille aux autres idées, celles qui peuvent ébranler, ou faire avancer les siennes. Là aussi, les autres existent vraiment. L’environnement social du jeune expatrié est donc très différent de l’entre soi privilégié de nos riches. Donc, une enfance dans des valeurs traditionnelles très fortes, qui on l’imagine donnent à l’enfant une sensation d’être dans une matrice de qualité, et lui donnera les qualités requises pour prendre le relais et avoir sa bonne place dans la société, avec l’impératif d’être à la hauteur d’une lignée sans doute. Mais en même temps, l’inquiétude est au cœur de cette vie privilégiée. Venant du risque de guerre que l’existence même de l’armée comme tradition familiale entretient, du risque de conflits qui sont effectifs partout dans le monde comme en témoigne le père lisant chaque jour des articles de journaux, une inquiétude suscitée aussi par les nombreux et visibles laissés pour compte de la société qui viendront demander des comptes et surtout complètement redessiner les rapports de force mondiaux, mais aussi par l’existence des autres avec leurs idées et points de vue différents. Le garçon d’autrefois, nous imaginons qu’il ne peut ignorer que cette place privilégiée dans la société à l’image des ancêtres et du père n’est pas un acquis, qu’il s’agit d’efforts, d’implication, d’engagement dans la collectivité humaine pour l’harmonie du vivre ensemble. Cette famille nous semble avoir mis la puce à l’oreille du garçon, il y a tant de choses à faire pour que la vie des humains ensemble soit libre, juste, réussie, d’un côté la question du pays où l’on vit pour lequel il s’agit d’être prêt pour un travail en commun afin d’assurer sa pérennité, de l’autre ces prochains qu’il faut aimer comme soi-même car la logique de l’humiliation est la pire des bombes à retardement.

Pourtant, le garçon qu’il était sembla d’abord n’avoir pas réalisé qu’il lui fallait travailler, mériter en quelque sorte cette réussite de sa vie. Ce n’était pas si simple. L’éducation qu’il recevait devait encore être intériorisée, et les dons reçus identifiés, comme des ressources à faire fructifier afin que l’enfance elle-même constitue un véritable banc d’essai pour la vie adulte. L’épreuve, scolaire, au sein d’un système scolaire aux critères étroits qui peut casser des dons, nous la lirons comme celle du passage de l’adolescence à l’âge adulte. Et dans ce sillage, nous lirons ce texte de Dominique de Villepin aussi comme nous voyant, nous peuple souverain, au seuil de cette même épreuve de passage de l’adolescence citoyenne à l’âge citoyen adulte et responsable, ceci se jouant par cette crise dont nous ne pouvons continuer à croire que le Président élu nous la fera disparaître et nous fera faire du même coup l’économie de l’affrontement direct, nous mettant face à notre devoir, à notre responsabilité.

Face à nous, il est l’un d’entre nous, il nous a juste précédés dans l’épreuve qui l’a forcé à rassembler ses forces afin de réussir, prouvant qu’il est possible d’échapper à un destin de perdant semblant tout tracé par un système discriminatif. En effet, d’une manière très inattendue, celui qui est né dans un milieu privilégié d’expatriés et pour lequel nous aurions imaginé qu’une autoroute s’était d’emblée ouverte à lui pour le conduire à une réussite sociale élitiste toute tracée apparaît sous les traits d’un mauvais élève. En tant que mauvais élève, il n’avait pas d’autre possibilité que celle de passer un baccalauréat au rabais, que d’être poussé vers une voie de garage, une filière sans prestige. « Mes maîtres me faisaient alors bien sentir que mon destin social se jouait, que j’étais condamné à de petits rôles dans la société, et à voir indéfiniment les bons élèves, comme des météorites, traverser le ciel de la réussite au-dessus de mes yeux. » Rien d’élitiste, donc ! Au contraire il saisit la profondeur de cet abîme où l’estime de soi des « élèves qui ne parviendront pas à s’engager dans la voie des grandes écoles » sombre ! Une éducation étroite, qui trie aveuglément. Nous apprenons aussi que, pour l’écolier de ce milieu que nous voyons avec sans doute sur ses épaules l’impératif d’être à la hauteur d’une lignée, la réussite scolaire, c’est entrer dans une grande école ! L’échec vécu se dessine par rapport aux grandes écoles, dans ce milieu ! C’est-à-dire ces écoles qui conduisent à des carrières élitistes prestigieuses. Nous imaginons le garçon imprégné par ce destin prestigieux qui l’attend, et puis la porte se ferme devant lui ! Une très belle image dans le miroir, un rêve narcissique, et puis elle se brouille, elle se lézarde ! On imagine l’humiliation de l’enfant d’une famille privilégiée, la sensation que rien ne l’a protégé de cette sorte de chute, d’une faille qui s’est ouverte sous lui qu’il n’a pas vue venir, le forçant à comprendre que le confort familial ne se prolongeait pas toute la vie de manière acquise, ni que son image à la hauteur de sa lignée familiale n’était déjà faite. Restait entière la question du passage, de la prise de relais, par-dessus un abîme. Comment passer de l’adolescence à l’âge adulte par ce système scolaire là, surtout lorsque la réussite visée est si élevée, se mesurant on l’imagine à celle du père avant lui, et celle des ancêtres prestigieux, comment donc être digne de sa lignée ? Le jeune garçon croyait-il que la matrice confortable, protectrice, incarnée par le statut privilégié des parents, pouvait en quelque sorte tout faire pour lui, tracer son destin élitiste, l’y amener comme dans une fusée confortable ? Et bien non, la loi pourtant imparfaite de l’école, en quelque sorte, était supérieure au pouvoir fantasmé des parents. Ou bien ceux-ci, avec grande intelligence, laissaient-ils l’école, la scolarité, cette institution de l’Etat, jouer son rôle, précipitant dans l’épreuve de passage où l’humiliation de l’échec est un aiguillon puissant, la réussite étant la récompense du travail, des efforts personnels, du sens de la responsabilité dans le destin qu’on se prépare ? Cette humiliation de l’échec devait, on l’imagine, prendre encore un relief plus grand dans ce pays, le Venezuela, ou d’autres pays de son enfance, où les inégalités sociales étaient criantes, révoltantes, le garçon y étant particulièrement sensible, frôlant l’identification à ces perdants ? Il pouvait tomber dans cet enfer, être jeté hors de son paradis, perdre sa dignité, rompre la tradition familiale d’hommes de responsabilités, il avait sous les yeux ces représentations catholiques vivantes de paradis et d’enfer. La sanction qui s’entend dans le qualificatif de « mauvais élève » nous montre un garçon mis face à face avec lui-même, dans une sorte de solitude où il va comprendre que s’il ne fait pas d’efforts, s’il ne travaille pas, personne comme par une baguette magique ou par le pouvoir de l’argent ne va réparer son échec et le faire avancer comme s’il avait le profil d’un premier de la classe. Le mauvais élève s’aperçoit que le monde des adultes, ce n’est pas la même chose que le monde familial protecteur quand on est du bon côté des choses. Il sent une crise, que plus rien n’est évident, acquis. Autour de lui, il anticipe un changement brutal de monde, et il va lui falloir penser autrement, faire autrement, trouver des solutions, rassembler ses forces, identifier ses dons, chercher à trouver son destin dans la société. Il vit à un niveau personnel ces secousses que son père, en lisant chaque matin les nouvelles du monde, ne manqua jamais de faire sentir à sa famille comme pour enraciner dans leur esprit la précarité des privilèges, les demandes de compte déjà en route. L’adolescent, nous imaginons qu’il se dit, voilà, c’est moi désormais le roi destitué, une sorte de coup d’Etat à travers l’école de l’Etat me destine à un baccalauréat au rabais parce que je n’ai pas pris garde au fait que je devais batailler pour obtenir ma place, par exemple parmi ces élites où je croyais qu’elle était acquise juste par le fait de mes origines. Nous comprenons que sa formation élitiste, qui l’a amené à assumer des fonctions au sommet de l’Etat, elle n’était en rien acquise, au contraire elle a nécessité une épreuve, une crise, une sorte d’humiliation que le narcissisme a prise de plein fouet, une prise de conscience d’une réalité non facile, non évidente, dure, à regarder en face, la perspective d’une traversée de la crise que l’on imagine à l’image de la crise de l’adolescence. Evidemment, il a ressenti, dans son parcours scolaire, en France et à l’étranger, une révolte « contre l’étroitesse des critères d’excellence », ce dont il se souvient pour proposer dans son programme de jeter les bases d’une école du XXIe siècle. En réconciliant la méritocratie avec la diversité des dons, la transmission des savoirs devant se faire au profit des personnes et non pas en récompensant la docilité et la méritocratie.

La réussite scolaire, pour l’enfant expatrié qu’il était, devait être la poursuite des études supérieures en France dans des écoles prestigieuses, devenant soudain inaccessibles au mauvais élève. Or, le jeune exilé rêvait cette France et en attendait aussi beaucoup, il l’idéalisait. Elle était si belle sur les photos, et « j’ai vu dans le regard de mes amis sud-américains le prestige de mon pays, le halo de sympathie qu’il suscite, l’admiration pour ses œuvres, la passion pour sa culture… J’ai réalisé que j’appartenais à une nation dont on peut être fier sans orgueil. » Nous voyons que pour ce jeune exilé, appartenir à une famille privilégiée se double de l’appartenance à un pays privilégié, cette appartenance s’étant d’abord forgée en s’imprégnant de la beauté des paysages vus en photos, donc par la sensibilité. D’où un fil logique vers l’engagement politique futur, afin de s’impliquer personnellement pour assumer sa part dans sa construction pour qu’elle soit à la hauteur de sa réputation, alors même qu’il se rendra compte de l’écart entre l’image rêvée et la réalité dès son retour. Son pays, la France, ce n’est pas non plus une chose acquise, immobile, vivante, au contraire elle requiert un engagement, politique, et que la politique soit aussi rendue à son peuple. Nous nous rendons compte que son engagement politique pour la France a ce quelque chose de personnel très fort, lié à son statut d’exil, au fait que son pays il l’a d’abord rêvé, idéalisé, imaginé prestigieux dans les paroles étrangères. Ensuite, au choc de la réalité, comme désormais au choc de la crise qui l’a bouleversé et remis en question et en chantier, il a fallu en quelque sorte rassembler ses forces et trouver des idées pour surmonter la déception et œuvrer à le construire autrement, en résonance avec le rêve d’autrefois. Nous imaginons à quel point le rêve et l’idéalisation de l’enfant exilé parvenant à être un premier de classe et à réussir à rejoindre un destin élitiste en cohérence avec la lignée des ancêtres en réussissant d’abord une dure épreuve insiste dans la carrière ultérieure débouchant en politique au plus haut niveau de l’Etat, et, par ce livre de 2012, en se proposant à la responsabilité politique la plus haute. Cela n’a pas marché, mais la logique est là, très belle, très forte. D’abord, une logique qui, il ne faut pas l’oublier, place Dominique de Villepin dans une lignée, être en quelque sorte à la hauteur de ses ancêtres. Plus encore qu’une lignée de politiques. Cet écrit, peut-être, constitue-t-il la preuve de cette réussite-là. La solidité de l’analyse, des arguments, des solutions proposées, fait que, s’il ne sait pas encore en l’écrivant si le peuple français va le choisir, en tout cas il apparaît à la hauteur de sa lignée, tant par l’amour de la patrie que par celui du prochain puisqu’il se présente devant nous, ses prochains, et nous propose des solutions pour notre patrie commune et sa place dans le monde. Afin que nous-mêmes vivions à nouveau dans ce pays privilégié, par son climat, son art de vivre, ses ressources, sa culture, son histoire, et qui à nouveau est prestigieux et admiré dans les paroles étrangères. Dominique de Villepin, l’homme politique qui est devant nous, voudrait en somme que tous, avec lui, puissions à nouveau voir notre pays comme l’exilé d’autrefois pensait la trouver à son retour au pays. Finalement, le garçon d’autrefois est toujours aussi vivant dans le combat de l’homme politique d’aujourd’hui, qui se présente devant nous. C’est cela qui est remarquable.

L’épreuve fut d’abord le fait d’être étiqueté « mauvais élève », et de la réussir en rassemblant ses forces, en travaillant pour devenir premier de classe, et intégrer les fameuses grandes écoles prestigieuses, car ses dons à lui étaient en rapport avec une identification qui s’est construite avec des valeurs familiales fortes, imprégnées par l’armée et par le catholicisme, et avec des personnages qui plaçaient très haut le but à atteindre pour prendre soi-même le relais. S’est joué dans l’épreuve, imaginons-le, l’impératif très puissant pour un garçon de réussir à prendre le flambeau. Mais, de retour à Paris pour ses études d’excellence désormais ouvertes à lui, une autre épreuve se présente. La réalité de sa patrie ne correspond pas à celle des rêves de l’exilé. C’est un choc avec la réalité que peuvent rarement avoir ceux qui n’ont pas connu l’exil. Le point de vue de Dominique de Villepin sur notre pays est donc différent, singulier, et sûrement beaucoup plus critique, plus préparé au jugement qu’est une crise. Tout de suite, il est frappé par « le conformisme, la détestation de tout ce qui s’épanouit, et par une forme de haine du bonheur et d’esprit de jalousie. » Le conformisme, il le découvre chez les militants de gauche qu’il aime pourtant, mais qui cherchent toujours à être conformes à une doctrine non pas à chercher des solutions humaines et intelligentes. Nous sentons bien le garçon qui a participé à des œuvres sociales, qui a côtoyé les injustices criantes, qui n’abordera jamais ces problèmes d’inégalités par une doctrine ! Ensuite, le conformisme des technocrates giscardiens animés d’une passion triste, « celle d’abaisser la France, de la ravaler, de la réduire à une puissance économique moyenne dont le passé, la passion et le sens étaient absents. » Il rend hommage à François Mitterrand, dont la victoire en 1981 « fut celle du sens sur la platitude, du désir de transformation sur le conformisme, de la volonté sur la médiocrité, et de l’idéalisme sur le matérialisme, avant d’être celle de la gauche sur la droite. » Un jugement qui n’est pas binaire, gauche droite ! Lui - qui est plein d’enthousiasme, sûrement parce qu’est profondément ancré en lui le désir de retrouvailles avec une France plus proche de l’idée qu’il s’en faisait et le savoir que chaque citoyen est partie prenante d’une œuvre commune toujours à bâtir dans une réalité changeante, jamais acquise pour toujours, un combat qui constitue la politique - est frappé par cette haine de l’enthousiasme chez les élites, « une vieille maladie des classes supérieures françaises. La préférence pour le cynisme les conduit à trouver la générosité superflue, l’enthousiasme idiot, et à penser que la volonté est une impasse face au mur des puissances établies. Seuls leur importent l’ordre des choses et la manière d’en tirer parti. » L’ordre des choses ! Comme si cet ordre n’était pas changeant, ne pouvait pas être remis en question ! L’ancien exilé sait, lui, que cet ordre est changeant, et peut-être même qu’il est inhérent à la révolution française que ceux qui sont frappés par les inégalités sociales peuvent de manière imminente venir demander des comptes, la générosité et l’enthousiasme leur accordant audience comme si cette révolution advenait maintenant et que le clergé et l’aristocratie devaient s’incliner en partageant leurs privilèges. Il découvre que ces classes supérieures françaises, contrairement à lui et à son milieu d’expatriés, sont coupées de la société, des réalités sociales, que leur conformisme entretient un entre soi malade.

Face à lui qui a dû faire beaucoup d’efforts pour réussir l’épreuve et être capable de saisir le flambeau transmis, face à lui dont la réussite est en train de se faire par l’épanouissement de talents et de dons qui se sont forgés dans l’enfance, c’est le contraire qu’il constate. Ce sont les apparences données par les places, les postes, les statuts, la position qui sont jugées, non pas la réalité des talents et leur épanouissement. Donc, une position sociale, par exemple, s’imposant au jugement. L’élite scolaire que l’expatrié de retour au pays fréquente est à genoux devant le pouvoir, l’argent, et ne voit pas le reste de la société, étant « tout entiers dans la sphère des intérêts du pouvoir établi, et ils ne savent pas comment on crée, comment on vit, comment on souffre ailleurs. » C’est parce qu’il vient d’ailleurs que le jeune Dominique de Villepin est sensible à cette différence absolue de logique. Ces jeunes gens appartenant à l’élite sont déjà de vieux courtisans, il sent chez eux le renoncement à la vraie vie par un enfermement volontaire « dans les sujétions de l’existence d’un courtisan. »

L’impératif pour lui est de se démarquer tout de suite : il n’est pas de la race des courtisans, il prend ses responsabilités car elles sont profondément inhérentes à la reprise du flambeau qui s’est jouée pendant la fameuse épreuve de passage. Il a tout de suite l’occasion de le prouver, lorsqu’il rencontre Jacques Chirac pour la première fois, et qu’il ose faire des critiques, car « servir n’est jamais flatter. » Un serviteur de l’Etat n’est pas un courtisan, seul compte pour lui l’intérêt général, qui n’oublie pas un seul des citoyens composant le peuple. Dominique de Villepin ne doit pas sa carrière politique uniquement à la chance d’avoir rencontré Jacques Chirac, auquel il a manifesté sa reconnaissance en lui dédiant son livre « Mémoire de paix pour temps de guerre » car il important pour lui de prolonger une lignée ici politique après la lignée familiale, mais aussi à son esprit de combat, qui l’a accompagné à chaque étape. La notion de prise de responsabilités s’ancre à coup sûr dans l’enfance, imprégnée de ces personnages familiaux responsables, de cette manière de vivre toujours sur le fil du combat, de la construction sociale, l’armée défend un Etat, la militance sociale prend en compte les humbles et les oubliés, la paix exige que chacun ne laisse pas l’humiliation revenir par la révolte et la violence la mettre en cause, la paix s’attaque à la logique de l’humiliation. Prendre ses responsabilités, toujours, s’enracine dans ce travail de la paix là où sont les racines de la guerre.

Devant nous, en analysant la situation de crise qui est profonde, Dominique de Villepin veut organiser cet « effort considérable que devra faire la nation. » L’accomplissement de ce devoir redonnera la dignité aux citoyens. Or, constate-t-il, notre système politique « empêche le sens du devoir de s’exprimer » parce que la parole politique a été en France confisquée par les partis, ce qui a stérilisé les idées neuves en sortant le peuple du jeu politique et réduisant la démocratie à une bataille de communication. Les partis, écrit-il, ont abandonné les idées pour la communication, celle qui fabrique les illusions, la fumée, celle qui est le nouvel opium du peuple infantilisé. Cette communication entretient avec le réel un rapport de mensonge, et l’indigence du discours sur la crise est parfaitement voulue. Alors que dans notre société les valeurs humaines étaient les plus hautes, l’argent est devenu le juge de tout, alors que nous avions le projet d’une civilisation européenne, celui-ci s’enlise. Dominique de Villepin ne se résigne pas à ce que la fierté d’être français, d’avoir un système d’éducation et de santé reconnus dans le monde entier, d’avoir un Etat efficace, d’avoir un commerce extérieur puissant, ait pu sombrer dans la résignation au déclin, au chômage massif, à la division de la société. Il nous exhorte à ne pas fuir la réalité, et à prendre, comme lui, nos responsabilités. Il faut « cesser de croire ceux qui veulent vous donner l’illusion que les efforts, ce seront les autres que vous qui les feront… Ne vous laissez pas confisquer vos efforts… il est essentiel d’organiser les choses pour que ces efforts soient payés de retour, pour que la nation vous aide à les accomplir, et pour que l’esprit de justice les répartisse entre vous. » Au bout de l’effort, il y a la promesse, celle de l’indépendance en tant que nation, loin de l’alignement sur les Etats-Unis : là-aussi une coupure du cordon ombilical, une sortie de l’adolescence citoyenne. « L’indépendance, c’est aussi dans mon esprit, dans ma formation, la confiance en ses propres forces pour chaque individu, la capacité de réussir sa vie grâce aux chances que vous donne la collectivité. Je ne veux pas d’une France où chacun attendrait tout des autres, je veux d’une France où chacun recevrait ce dont il a besoin pour se saisir de son destin. » L’indépendance se mérite, c’est un combat de chaque instant contre les oppressions, les tentations, les renoncements.

Il analyse donc cette crise, car c’est ça l’épreuve de passage vers la maturité citoyenne. La crise est mondiale, et révèle des pesanteurs accumulées depuis plusieurs décennies. Il distingue trois boulets historiques : la dette, le chômage de masse, et le manque de compétitivité. On a laissé croître la dette pendant trente ans, créant une menace pour l’Etat social, l’efficacité économique et une injustice pour les générations futures. Trois gouvernements avaient réussi à la faire baisser, celui de Rocard, celui de Jospin, et celui de Dominique de Villepin. C’est dans le manque de courage, de sens du réel, dans le clientélisme, dans le confort des habitudes de la classe politique qu’il faut, écrit-il, aller chercher les raisons de la non maîtrise de cette dette. La dette, martèle-t-il, « ce sont les partis… c’est l’accumulation des petites lâchetés, des intérêts particuliers, des accommodements. » Il met carrément les pieds dans le plat ! Non, on ne répond pas à la dette par un plan de rigueur ! On y répond en s’attaquant « à la République des partis pour restaurer notre souveraineté de l’intérieur. » Ceci n’est dans le discours de campagne d’aucun de nos candidats à l’élection présidentielle de 2017 ! Aucun parti n’assume ses responsabilités ! Car « ce sont des machines bureaucratiques qui veulent se perpétuer. Et pour se perpétuer, il leur faut des élus, des sièges, des postes. Et il leur faut surtout des dupes, les électeurs, qui ne voient pas que les partis au pouvoir distribuent au présent et à crédit ce qu’ils reprendront par l’impôt et dans l’avenir. » Les partis occultent qu’en vérité il n’y a plus rien à distribuer ! Les partis privilégient la dépense, dans une rhétorique où l’adversaire a toujours tort et son camp toujours raison. Alors qu’en politique, la vérité n’est jamais que dans un seul camp. « L’intérêt général ne voit qu’un camp, celui du pays tout entier. » Les efforts doivent donc être pleins de sens !

Le chômage de masse a commencé il y a trente ans, et la vérité c’est que la France s’en est accommodée. Elle a fait, écrit Dominique de Villepin, le choix d’une société double. Ceux qui vivent dans le monde d’avant, qui ont un travail, et ceux qui vivent dans le nouveau monde de la précarité, et très peu de passerelles entre les deux, d’où la rancœur, la révolte. Par son contrat de première embauche, Dominique de Villepin avait voulu recommencer à tracer le chemin du travail pour les jeunes des banlieues, dans un climat d’incompréhension et avec des maladresses. Mais en tout cas, il a toujours été indigné par cette perte des énergies pour la France, et est plus que jamais combatif pour cet enjeu d’égalité fondamental. Il est temps, dit-il, « de regarder aujourd’hui en face un marché du travail brisé, fragmenté, incohérent, injuste. » Car « nous continuons à raisonner en termes binaires travail/chômage. Comme si tout travail était une aubaine et toute période de chômage une calamité. »Alors que le chômage peut être un moment constructeur et le travail peut être un gâchis. Dans les carrières professionnelles, il faudrait saisir les inflexions, le besoin d’un changement ou de plus de responsabilité, de mobilité, d’ascension sociale par la formation ou le mérite. Il s’agit de changer de cadre de réflexion, d’oser aussi mettre en question certains intérêts… Plus de souplesse, plus de protection, par exemple le contrat de transition professionnelle entre 2005 et 2007.

Le manque de compétitivité est un vieux mal français également, mais il s’est aggravé avec les changements mondiaux, la montée en puissance des pays émergents, l’innovation technologique, la raréfaction des matières premières. Nous, nous vivons sur nos acquis, comme si c’était une matrice sûre et éternelle. Comme s’il n’y avait pas les autres. D’où des efforts à faire. Les principaux efforts pourtant seront à faire à l’intérieur de l’Europe. La France traverse l’épreuve de la concurrence avec les pays européens. Là-aussi il y a les autres ! Il faut par exemple travailler à réhabiliter un modèle français face à l’économie allemande. Il y a cette idée d’un combat constructeur avec les autres, d’une crise qui nous renvoie l’image du mauvais élève pour mieux nous faire rassembler nos forces, identifier nos dons et nos talents, retrouver notre estime de soi. Donc, l’autre peut être aussi l’occasion de nous ressaisir, de ne pas vivre sur des acquis qui nous mettent hors-jeu. Toujours cette épreuve de passage, de transmission de témoin, cette réussite non pas en faisant comme les autres mais en mettant en acte nos talents particuliers, nos dons. L’autre pays, qui réussit mieux, joue comme un miroir, nous nous y voyons mauvais élève, c’est certes un choc, mais salutaire pour rassembler nos propres forces, y croire, ne pas se résigner par exemple à n’être qu’un pays au rabais engagé dans une voie de garage sans prestige. Nous entendons toujours le jeune Dominique de Villepin dans l’épreuve qui l’a ramené à la place de premier de classe. « Cette crise nous appelle au réveil… La réponse, c’est l’action, pas la gestion de l’urgence au jour le jour, pas l’empilement des plans de rigueur, pas les contrats aidés. » Mais « la nécessité d’une refondation des bases économiques, sociales et politiques de notre pays. » Nous n’avons pas été à la hauteur, nous avons laissé faire l’engrenage de la cupidité, des bonus scandaleux, de l’arrogance face à l’économie réelle. Les programmes présidentiels, ceux de 2012 mais aussi ceux de 2017, ne font pas de propositions « à la hauteur de la refondation économique » ni par rapport aux menaces de l’explosion de la bulle financière chinoise et d’une nouvelle crise des matières premières.

La crise exige que « tout le monde mette la main à la poche » lorsqu’elle atteint une famille. C’est une affaire de réflexes, que nos sociétés ont perdus. Nous devons retrouver l’énergie. Mais d’abord, il faut une lecture claire des enjeux. Donc, cette crise, que l’on ne doit pas réduire à « une simple contrainte budgétaire ». Ce n’est pas juste une parenthèse, ceci est un mensonge au cœur de la campagne électorale. « La vérité, l’envers du tabou, c’est que la crise n’est pas un accident de parcours… est le fruit d’une transition historique… Il y a des coupures dans l’histoire économique. La crise que nous traversons est une de ces ruptures qui touchent à toute la société, à ses structures économiques, sociales, et jusqu’à ses manières de penser. » Il n’y a que quelqu’un depuis son enfance éduqué dans la réalité d’un monde changeant, avec des secousses qui remettent en question les équilibres, qui puisse vraiment prendre acte des secousses actuelles qui chamboulent toute la société à partir des changements du monde et qui requièrent une révolution dans nos manières de penser, de faire, de combattre. Ceux qui sont dans leurs certitudes des acquis ne vont proposer que des rustines ! Nous sommes dans un temps d’épuisement d’un modèle industriel exploitant de manière intensive les ressources naturelles, également dans un temps d’épuisement de l’Occident face aux puissances émergentes qui furent mises à l’écart pendant deux siècles, et enfin dans le temps de l’épuisement de l’accumulation du capital au détriment de ceux qui louent leur force de travail. Il s’agit de recomposer un appareil productif concurrentiel, d’opérer une transition technologique et énergétique, de nous engager dans une sobriété de la consommation, et enfin de renouer avec un patriotisme économique. Un beau programme ! Qui fait tellement appel à notre responsabilité individuelle !

Nous devons, dit-il, choisir le changement, non pas le subir ! Il appelle cela la « remondialisation » qu’il oppose à la « mondialisation » et à la « démondialisation ». La désindustrialisation, écrit-il, n’est pas qu’une question de mauvais choix. La mondialisation par les industries doit faire peu à peu la place à une mondialisation par les services. « Etre demain parmi les premiers pourvoyeurs de services et de produits de la nouvelle mondialisation : technologies vertes, comme le captage et le stockage du CO2… services environnementaux dans le domaine de l’eau… sur l’ensemble des enjeux, nous avons des ressources spécifiques et nous avons un rôle de carrefour stratégique à jouer. » Là encore, il s’agit de ne pas rester crispés à des acquis, mais à oser le changement en identifiant nos talents, nos dons, pour retrouver notre image et notre place dans le monde autrement. Non pas retrouver nos usines d’avant, mais construire autre chose en fonction de nos talents à mettre en valeur et à développer. « L’enjeu d’aujourd’hui est bien de reconstituer, dans la transition, un pavillon national sous lequel grandes entreprises et PME s’épaulent les unes les autres en se tournant vers le monde. Nous devons apprendre à produire français plus qu’à produire en France. » Nous retrouvons ce patriotisme comme valeur familiale dans l’enfance de Dominique de Villepin. Ainsi, le produit français peut ne pas être fabriqué sur toute la chaîne en France, ce sont les chaînons clés, ceux qui donnent de la valeur ajoutée, qui comptent, la recherche, le développement, l’assemblage final. Ce n’est donc pas simplement une histoire de relocalisation ou de protectionnisme.

Dominique de Villepin insiste : il faut ancrer la politique économique dans le quotidien des citoyens. Les élites, qui trouvent leur compte dans la mondialisation, doivent s’inclure dans l’espace de la solidarité nationale, contribuer à l’effort demandé à tous. Il faut les arrimer en France, y faire revenir les flux étrangers. Et ouvrir des passerelles pour que les étrangers viennent ici. Nous sentons là l’ancienne famille d’expatriés, pourtant si patriote ! Sentant à l’extérieur, loin, l’intérêt d’appartenir à un pays admiré, qui a une place singulière dans le monde. Idem pour toutes les filières qui marchent : il ne faut pas fragiliser notre intégration dans le commerce mondial.

Pour ce qui concerne les victimes de la mondialisation, ouvriers, agriculteurs, artisans et commerçants, la concurrence internationale peut à tout moment les fragiliser. Dans leur direction, il est indispensable de diriger une action de réparation et de transition. Il ne faut pas attendre qu’ils soient décalés par rapport aux changements et aux concurrences, il s’agit de détecter les futurs besoins en amont, donc de voir loin et de ne pas s’accrocher vainement au présent. Il s’agit de voir le monde qui change ! De s’y adapter, de trouver des solutions en se formant à un autre travail. La vie professionnelle ne sera plus un chemin tout droit. Il faut « accélérer les temps de reconversion ou l’amélioration des compétences. »

Puis il y a le groupe qui travaille dans la proximité et le contact humain, qui ne sera jamais délocalisé. La collectivité doit créer assez de richesse pour maintenir le niveau de ces services.

Il faut créer un lien, un pacte social, entre ces trois groupes de Français. Un lien qui refera nation. Ceux qui sont tournés vers le monde doivent jouer sur la qualité, sur leur montée en gamme et sur l’innovation, pour maintenir leur prospérité. Notre agriculture doit saisir ce moment pour se tourner vers la qualité et la sécurité alimentaire, et faire le choix de la proximité.

Dominique de Villepin replace l’Etat dans son rôle, qu’il s’agit, à l’heure où la crise et les changements mondiaux l’a affaibli, de construire dans toutes ses missions régaliennes. Il insiste sur le fait que, dans un monde qui sera dangereux et instable, à cause de la multipolarité, il ne faut rien abandonner sur l’essentiel. Protection pour les citoyens, institutions, empêcher la guerre civile. Bien sûr, c’est un Etat qui doit œuvrer à trouver sa place dans un monde changeant, et doit s’ouvrir aux autres cultures. Mais surtout, il propose d’ouvrir la fonction publique aux talents des autres sphères, et que les fonctionnaires, après quinze ans de carrière, puissent s’engager ailleurs, mais sans laisser des plumes. C’est incroyablement nouveau et courageux comme proposition ! Ouverture à la diversité des talents, des idées, aux différentes expériences et points de vue ! Sans craindre l’altérité, ni peur de ne plus être entre soi ! Sans avoir peur des remises en question ! Citoyens remis au cœur du fonctionnement public.

Quant à la France, il s’agit de bien comprendre que toute seule, elle ne pourra rien contre les Etats-civilisations de demain, Inde ou Chine. Mais l’Europe à laquelle elle appartient est, elle, la première puissance du monde, et il ne faut pas regarder son hétérogénéité comme une faiblesse, car la Chine aussi est hétérogène. La faiblesse de l’Europe est plutôt son manque de mobilité, son immobilité. « Et dans quelques années on verra comme la plus importante conséquence de cette grande crise du début du siècle la naissance d’un vrai marché du travail européen. » Toujours une vision des choses du côté de la bouteille à moitié pleine ! Toujours de l’enthousiasme ! Toujours une confiance en ses propres forces ! Toujours l’épreuve est abordée comme un passage vers autre chose, en se mettant au travail, en combattant, en faisant son devoir. Il a bien conscience que personne n’osera dire que l’avenir de notre économie sera l’Europe, « car ce n’est pas populaire et cela ne permet pas de se mettre en avant comme élu national. » Et voilà ! Mais Dominique de Villepin ne sacrifie pas à cette vieille tradition française de l’abandon aux délices de l’échec et qui fait que « bien souvent une campagne présidentielle tourne au concours général de l’autodénigrement. » Comme dans son enfance il avait au cœur de l’épreuve dû identifier ses talents pour bien orienter son destin, pour le prendre en mains, il fait l’inventaire des talents de la France, à exploiter, comme les capacités reconnues dans le monde entier des entreprises françaises, les capacités de formations souvent exceptionnelles, « une connaissance et un goût du monde qui nous singulariseront toujours aux yeux des autres peuples. » Pourtant, il ne faut pas oublier l’humilité, et donc nos difficultés dans l’histoire. Tout particulièrement, si les classes populaires sont des oubliées, c’est « parce qu’on ne leur a pas dit qu’il y avait un chemin dans la mondialisation. » Depuis l’école, on n’a pas ouvert de perspective, on n’a pas encore anticipé les transformations du monde, le travail par exemple dans l’ouverture de l’Europe. Les jeunes n’ont jusque-là pas pu se préparer psychiquement à la mobilité, à la souplesse, aux langues étrangères. On les laisse stagner dans une vieille matrice appauvrie qui leur octroie de moins en moins de place.

Dominique de Villepin parle, à partir de la crise de 2008, de deuxième mondialisation, et avec enthousiasme il nous présente son projet et son combat pour que nous puissions y trouver notre place en tant que nation, en refondant aussi notre projet national par-delà les blessures. Toujours ce patriotisme, ce combat, cet enthousiasme, et ce sens d’une réussite personnelle dans un rapport harmonieux avec la collectivité. Toujours ce sens de la politique, redonnée au peuple souverain. A partir de l’école, là où il ne s’agit pas seulement de la transmission des savoirs, mais aussi du passage de relais pour devenir citoyen responsable et combatif.

Donc, seul le devoir nous rendra libres, en temps de crise ! Nous sommes dans un temps de refondation, de reconquête, et il appartient à chacun de convoquer « dans son esprit cette force morale » qui est le fond de la citoyenneté ! La politique qu’il propose dans ce livre programme est celle de l’effort national, mais en pariant que nous avons la capacité de comprendre les enjeux, d’être éclairés, de sortir de l’infantilisme politique. A partir de là, le devoir de donner plus à notre pays, pour qu’en retour lui aussi nous donne plus, est logique ! « Au bout du chemin du devoir, nous attendons de vivre dans une France indépendante, libérée des vieux démons qui la paralysent, qui aura trouvé un modèle de croissance et un pacte social nouveau, dans une société plus démocratique, plus juste et plus solidaire. » Cette perspective d’un destin plus harmonieux de la France s’ouvre, comme pour le mauvais élève qui a su rassembler ses forces pour devenir un premier de classe, en exploitant ses talents bien identifiés et mis en valeur dans la deuxième mondialisation, d’où la croissance, le travail, la diminution des inégalités… Pour lui, dans un premier temps, il faut produire plus de richesses en travaillant plus, ce redressement par le travail expérimenté personnellement jadis, et aujourd’hui en mettant la durée légale du travail à 37 heures. Quelque chose de provisoire, pour relancer le processus de croissance. Comme pour faire démarrer une entreprise. Puis il faut augmenter les impôts sur les sociétés pour les grandes entreprises, ainsi que la tranche supérieure de l’impôt sur le revenu. Il est aussi pour que tout le monde contribue à l’impôt citoyen, même si ce sera symbolique pour les bas revenus, une manière de remettre ce citoyen dans la politique. L’Etat, quant à lui, doit aussi réduire ses dépenses.

Dans l’intérêt général de cette refondation, de cette reconquête, nous devons nous rassembler : les forces politiques, par ce temps de crise, doivent s’unir dans un gouvernement « mêlant personnalités de gauche et de droite et personnalités de la société civile hors de toute affiliation partisane. » Aucun autre homme politique n’a jamais proposé cela ! Un vrai travail de la paix ! Dans le monde du travail également ! Où il s’agit de « sortir de la logique de l’affrontement entre les dirigeants et les salariés, en mettant en place une véritable cogestion, et développer les conventions collectives pour fédérer les énergies qui s’épuisent en suspicions. Dans cet esprit, nous réserverons un tiers des sièges des conseils d’administration et de surveillance aux représentants des syndicats. » La voix est redonnée à chacun.

Pour les grands enjeux du quinquennat, le peuple sera consulté par référendum. Car « le peuple doit s’imposer à la classe politique, il doit faire parler sa voix souveraine. » La démocratie de quartier sera aussi développée, donnant des pouvoirs à des conseils de quartier élus. Et une dose de proportionnelle sera introduite au Parlement, pour une question de bonne représentation des Français.

Les écarts de revenus seront encadrés dans le privé comme dans le public, au besoin par la loi.

L’Etat devra garantir le droit à la santé, au logement, au travail. Souci de ne laisser personne dans des zones de non-droit. Par exemple, il propose une nouvelle vision de l’hôpital public « comme une institution territoriale et polyvalente, assurant la continuité de la chaîne de soins… dispensaires ou maisons de santé adossés aux pharmacies dans toutes les communes où cela est nécessaire… » Beaucoup d’idées pratiques proposées ! Dans une connaissance du terrain, des besoins, des humbles, des nécessiteux, de la désertification médicale actuelle.

Une place spéciale est réservée bien sûr à l’école, dans ce livre programme. Il dit qu’il faut plus d’ajustements pour redonner un sens à l’égalité des chances. « Nous sommes à l’heure des grands chocs et nous devons engager notre refondation et notre redressement. L’Ecole, c’est le cœur battant de la République. » Notre école du passé ne peut tenir les promesses de l’avenir ! Elle échoue car elle est dépassée ! Toujours dans le sillage, au fond, de sa propre épreuve, il écrit que « L’école ne se relève que dans les traumatismes nationaux. » Et il rappelle que l’école de la République avait été l’enfant de la défaite face aux Prussiens, que l’effort universitaire américain dans les années 1960 s’est fait à partir de l’humiliation ressentie face à la supériorité technique de l’Union soviétique avec le lancement de Spoutnik. Toujours l’image du mauvais élève qui a surgie… Donc, toujours dans ce sillage du traumatisme, celui de la crise et de notre impréparation, il jette avec nous les bases de l’école du XXIe siècle. Bien sûr, elle doit assurer la transmission des savoirs, mais aussi restaurer l’autorité républicaine ! C’est un point très important, car ainsi l’élève entre dans un lieu d’apprentissage du vivre ensemble, et saisit la nécessité de devenir un membre utile de la société. Il propose une obligation scolaire dès l’âge de 3 ans, car les inégalités se fixent très tôt, et une obligation de formation jusqu’à 18 ans. Puis il envisage une vraie réforme de structure de l’enseignement, afin dit-il de libérer ces fameuses énergies, ces talents. Il propose de « structurer la nouvelle école autour de deux temps essentiels, une école du socle pour acquérir les savoirs fondamentaux, de 3 à 14 ans. Puis une école de la détermination, de 14 à 18 ans, pour acquérir une spécialisation progressive et une orientation valorisante. Intolérables sont pour lui les seuils brutaux actuels, où les élèves attendent que cela se passe. « Il ne tient qu’à nous de créer un accompagnement plus souple et plus graduel. » Autre point extrêmement important : « Il est nécessaire aussi de rétablir la confiance des parents dans la capacité de l’école à offrir l’égalité des chances en assurant une plus grande mixité scolaire et une plus grande égalité de traitement des élèves. » Ce sont les élèves qui doivent être prioritaires, pas les quartiers ! Donc, il est favorable à un droit personnalisé à l’enseignement prioritaire. Là aussi, des idées, qui sont évidentes ! Ainsi, la mixité sociale sera rétablie par une plus grande égalité des chances ! Il n’oublie pas l’enseignement supérieur, et désire aller à la racine du mal français qu’est la dévalorisation de l’université et la survalorisation des grandes écoles. Il propose de fusionner les grandes écoles au sein de pôles universitaires d’excellence où ils conserveront leur originalité.

Cette refondation qu’il propose passe aussi par une réforme institutionnelle, car la Ve République n’est plus efficace. Il faut forcer l’action du gouvernement. La première chose à faire est de réduire à 10 le nombre de ministères, pour concentrer les responsabilités et les moyens. La république, dit-il, n’a pas vocation à caser ! Puis, garantie de l’indépendance de la justice, et une loi tranchant les liens incestueux des médias avec les grands groupes industriels. Les régions doivent avoir une taille suffisante pour permettre leur essor, donc elles seront réduites à huit régions métropolitaines. Aussi une réforme de la police.

La crise pointe du doigt notre modèle économique à bout de souffle, par conséquent il faut une refondation de nos modes de production et de consommation par exemple en direction de la sobriété. Pour redresser la compétitivité, il propose la baisse du coût de travail, un plan d’urgence pour les PME notamment pour leur trésorerie, et des moyens massifs pour les filières d’excellence. Ceci pointant les talents qu’il s’agit d’exploiter ! Contacts commerciaux à l’international. Les acteurs doivent pouvoir participer à l’élaboration des stratégies, car les ministères ne le font pas. Il faut mobiliser les talents au service de la réussite collective, en faisant dialoguer « l’intérêt général et les intérêts des acteurs privés. » Jamais n’est perdu de vue la fierté nationale, et que chacun puisse être aussi fier d’y avoir une part active et toujours singulière puisqu’en fonction de talents propres. Personne ne peut être humilié parce que supposé sans talents ! La fierté nationale est un tissu de fiertés individuelles multiples, différentes, épanouies. On n’a pas à être pareils, conformes, mais au contraire chacun doit pouvoir engager son énergie, différente, travaillant à un autre endroit du grand ensemble national.

Le système bancaire n’est pas oublié. Afin qu’il ne soit plus défaillant pour l’économie réelle. Les PME pourraient être financées par l’assurance-vie. Un service public bancaire pourrait assurer des missions de proximité et d’accès universel pour les citoyens.

Quant à la consommation, chaque citoyen responsable doit s’engager à ne plus gaspiller, à entrer dans une sobriété heureuse ! Il y va de la pérennité d’un environnement sain, voire à sauvegarder de la catastrophe ! Il en va de l’avenir même de notre humanité. Transition de la production, y compris nucléaire, transition de la consommation, transition de nos modes de vie. Surtout, transformation politique et sociale du lien social, « pour que chaque Français ait quelque chose de fort en commun avec tous les autres. C’est le sens de la réforme que je propose, qui vise à créer un service citoyen. Il faut redonner aujourd’hui du sens à la citoyenneté. » Il se peut que les œuvres sociales catholiques d’autrefois restent comme paradigme pour cette idée d’aujourd’hui ! Les jeunes (comme autrefois le jeune expatrié ?) feront de manière obligatoire ce service permettant un brassage social, mais il sera aussi ouvert à l’ensemble des citoyens !

Et puis, la question du besoin, si criante aujourd’hui ! Impossible d’être libre si l’on est dans le besoin le plus élémentaire, nourriture et logement ! Dominique de Villepin propose le revenu citoyen, pour que la dignité de chacun soit garantie, mais qu’il lie à une activité citoyenne. Chose pas facile à mettre en place car les caisses sont vides, et devra être progressive, réservée d’abord à ceux qui souffrent le plus, les personnes âgées vivant avec le minimum vieillesse, les handicapés, les chômeurs en fin de droits en échange d’une activité citoyenne. Les jeunes étant des citoyens en devenir, ce service citoyen doit se faire dans le cadre d’un projet personnel, avec un prêt à la clef. Souci réel de n’oublier personne, et que ce soit constructif, créateur de liens avec les autres.

Ce devoir que chacun de nous doit accomplir pour devenir libre implique le vote ! C’est la moindre des choses ! Donc Dominique de Villepin propose de le rendre obligatoire !

Pour que la France dans le monde retrouve une place à la hauteur de celle qu’elle eut, la première grande politique à mener est « une vaste relance de la construction européenne. » L’indépendance vis-à-vis des marchés financiers est indispensable pour retrouver vraiment la maîtrise de la dette publique ! C’est pour cela qu’il propose que le renouvellement de cette dette publique soit fait par « des acteurs économiques nationaux », par exemple par « un emprunt citoyen destiné à abonder une caisse d’amortissement de la dette ». Une part de cet emprunt « pourra être imposé aux plus grandes entreprises, notamment de la banque et de l’assurance. » Cette idée n’était pas venue à notre président qui avait promis de s’attaquer à la finance !

Ensuite, l’indépendance permettra de renouer les liens d’amitié avec le monde, ainsi que les liens culturels, et une diplomatie à nouveau efficace.

En conclusion, Dominique de Villepin nous livre le sens de son projet ! C’est celui d’une « réconciliation que nous cherchons depuis des siècles entre l’individu et la société, entre chaque Français et le pouvoir. » C’est la condition de notre réussite collective, où le devoir qui est celui d’un temps de crise a un grand rôle à jouer. Se joue aussi une vraie maturation citoyenne, à travers une épreuve de passage qui devient reprise personnelle et collective du flambeau. Le premier de classe se présente devant nous en paradigme, nous proposant d’aller dans son sillage, comme autrefois il vient nous alphabétiser en politique, nous qui sommes encore si adolescents et mauvais élèves très peu au fait des talents qui sont en nous, des énergies gâchées. Tandis qu’à nouveau, cinq ans après ce livre programme, nous allons voter, retenons sa phrase : « L’esprit de citoyenneté nous sauvera. » Et nous mettra sur le chemin de la liberté.

J’ai voulu, par cette longue lecture d’un livre programme destiné à l’élection présidentielle de 2012, remettre à la mémoire, pas à pas, phrase après phrase, dans les détails, des propositions plus que jamais valables pour l’élection présidentielle de 2017, afin que nous puissions écouter avec moins de crédulité et d’infantilisme les programmes de nos candidats ! Dommage que Dominique de Villepin ne se présente pas ! Lui, il n’a pas la langue de bois !

Alice Granger Guitard



 


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