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Visite du nouveau Musée de l’homme - Mélèze

samedi 19 décembre 2015, par Mélèze


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Visite du nouveau Musée de l’homme 17/11/2015

Décidément l’année 2015 aura été riche en anthropologie. Après la rénovation du MEG (Musée Ethnographique de Genève) c’est le tour du Musée de l’homme à Paris. C’était un « challenge » : est-il réussi ? Paris défié par Genève ça ne s’était pas vu depuis Jean Jacques Rousseau.

Et il est vrai que le site du Trocadéro a beaucoup d’avantage pour faire la différence. On a voulu privilégier le côté grand public et c’est beaucoup plus attirant qu’à Genève ou au contraire le côté souterrain exprimait une sorte de mystère de l’objet voire même une magie. Au Trocadéro au contraire tout semble explicable. Le côté semi hémisphérique du musée offre une vue sans cesse changeante du Champ de Mars et de la Tour Eiffel. On voit tous les panneaux à la lumière du jour. Ça tranche avec les supermarchés. Le Musée expose la progression de l’homme à travers les âges. La marche du visiteur, du fait du déploiement des collections dans un bâtiment en longueur, lui donne l’impression de progresser dans les âges de l’histoire, de la diversité vers l’unité.

Et c’est là que commence la critique

Le premier Musée de l’homme ouvert par Paul Rivet bien que dépendant hiérarchiquement du Muséum d’Histoire naturelle avait accumulé dans un grand désordre mais aussi dans une grande diversité des collections d’ethnologie venant de toute la planète comme viennent de tous les horizons les documentaires du festival Jean Rouch. La réouverture tranche carrément avec cet héritage et exprime une domination totale du supérieur hiérarchique sur le musée du rang inférieur. Ce qui vous est montré n’a que peu de rapport avec ce qui y était avant, on est tout bonnement dans une extension du Muséum et de la galerie de l’évolution qui gagne ainsi en place et en prestige pour la mise à jour de son savoir au 21°siècle.

En allant de la diversité à l’unité, l’anthropologie détruit ainsi la sociologie et avec elle le peu d’ethnologie que Marcel Mauss et son école y avait apporté. Le jour de l’inauguration, à la radio nationale le journaliste Jean Lebrun dans « sa marche de l’histoire » avait consacré la demie heure qui suit le bulletin d’information de France Inter, à refaire le parcours Dakar Djibouti de l’expédition de 1934 de Marcel Griaule. Il a sans doute voulu piquer les anthropologues qui dans cette inauguration ne font pas une seule fois mention de leurs panneaux explicatifs bien que certains chercheurs aient été communs à la sociologie et à l’anthropologie. C’est le cas de Deborah Lifschitz qui a été déportée comme Germaine Tillon mais qui est passé aux oubliettes. De même de Georges Haudricourt et de Lifschitz, un linguiste. Le nouveau Musée s’enorgueillit d’un panneau très tape à l’ œil où l’on peut s’amuser à entendre le parler de quelques 80 langues encore vivantes. Pourquoi aurait-ce été un inconvénient que ces deux noms soient rapportés dans un coin du panneau ? Ne pourrait-on pas en dire autant de Pierre Robbe qui a consacré sa vie à sauver le langage de inuits ?

Toute la diversité se déverse dans une seule race humaine comme pour nier que le savoir de ce qui nous a précédé ait la moindre utilité.

Bien entendu « de la diversité à l’unité » ce n’est qu’un titre des séparations qui permettent au fur et à mesure de la visite d’exposer objets et idée. Il ne faut ni en exagérer la portée ni en faire une affirmation dogmatique. Mais c’est gênant. C’est ainsi qu’on peut s’arrêter aussi sous un panneau qui indique « une humanité encore plurielle ». Ce n’est pas une citation ni le titre d’un ouvrage. Aucun savant n’est pas non plus mentionné dans les textes d’accompagnement. C’est une indication totalement dogmatique qu’on lit évidemment à l’envers à savoir que si l’humanité est encore plurielle elle ne va pas tarder à cesser de l’être. Cette expression du dogme n’existait pas dans le précédent Musée. C’était un fouillis mais à chaque fois collecté par des chercheurs qui avaient tout signé.

Cependant rassurez-vous. Vous pouvez encore monter à l’étage retrouver les anciennes étagères qui avaient été conçues avant la guerre avec leurs innombrables casiers. Dans l’ensemble vous aurez une moyenne entre le 20° siècle et le 21° commençant.

On ne se plaindra pas du côté grand public et de la sortie de ces collections de leurs armoires poussiéreuses. On croise des familles très heureuses avec des enfants pour lesquelles elles servent de médiateur, tandis que d’autres enfants dont les parents n’aiment donner des explications sortent furieux de ce qui ne les a pas intéressé. Les uns et les autres auront eu du plaisir à faire fonctionner les applications informatiques qui modernisent considérablement les spécialités scientifiques qui sont présentées.

L’absence de Marcel Mauss est un peu étrange. Mort en 1951 ce n’est pas si lointain ! Au moment où il est le plus célèbre, le plus demandé à cause du courant d’idées M.AU.S.S et de celui de la décroissance qui, tous les deux, se réclament de lui. Le Museum et son annexe Musée de l’homme auraient pu faire contrepoids pour faire comprendre qu’on ne peut pas tirer Mauss à 100 % du côté de la sociologie. Or malgré les aspects anthropologiques de son œuvre il est réduit à sa plus simple expression. Comme pour Paul Rivet ce sont juste deux photos sur le panneau des fondateurs.



 


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