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La part d’ombre - Edwy Plenel

mercredi 10 septembre 2014, par Mélèze


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Un livre qui aurait dû éviter à Hollande la chute.

Le livre date de 1992. Depuis l’auteur a fondé son journal sur Mediapart. Lors de l’élection présidentielle il a servi d’aiguillon : il attaquait Sarkozy et rendait service à Hollande. Encore maintenant bien des informations utilisées contre Sarkozy viennent de Mediapart.

Cependant, les choses commencent à tourner. Hollande à son tour comme Mitterrand réclame « sa part d’ombre ». On voit que le titre de Plenel est ambigu, que là où il espérait mettre Mitterrand en pleine lumière il a au contraire produit un concept qui commence à en aider plus d’un à échapper à la lumière.

On dit que le livre de Valérie Trierweiler détruit l’image du président en mettant dramatiquement en lumière tous les facteurs de la prise de décision qui immobilisent la tête de l’État.

Mais en fait comme le dit un autre personnage, Dominique Rousseau, le « mensonge » est institutionnel. Dans la société et surtout dans la vie politique, on ment toujours et sur toutes les questions. Sarkozy puis Hollande ont été des menteurs professionnels. La courbe du chômage ni la dette de l’État, ni même la dette de la sécurité sociale n’ont été retournées. On mentait pertinemment à leur sujet. Quant au 3% de dette pour le budget européen que ce soit Sarkozy ou Hollande, il a été entendu dès le premier jour qu’ils n’avaient pas la moindre intention de donner satisfaction à Bruxelles et encore moins à Berlin.

Il serait un peu long de reprendre le livre de Plenel qui date de presque 20 ans citation par citation. L’auteur est un obsédé du système policier qu’il connaît par cœur et dont il fait l’histoire depuis Fouché en passant par le père d’Aragon pour finir par Marcellin et les sbires de Mitterrand. Ce qui compte est l’échec de son projet, mettre en lumière le président. La mise en lumière est bien plutôt une mise à l’ombre. Il enseigne à mentir plutôt qu’il ne fait reculer le mensonge.

En dépit de Trierweiller, Hollande conserve sa part d’ombre. On pourrait en donner un exemple à partir de cette citation de Plenel p 321 « Face à l’argent le mitterrandisme en fait à la fois trop et pas assez. Trop de morale, peu d’éthique ; beaucoup de sermons, guère de ruptures. Ses excès de langage ne cessent de cohabiter avec d’infinies tolérances. Il ne pense pas l’argent, il le condamne. Il le juge, mais ne l’affronte pas. Il l’aborde comme une abstraction morale non comme une réalité concrète et active. Il lui fait la leçon avant de le laisser faire, jusqu’à sa prochaine incartade dont l’issue sera une prévisible absolution »

Depuis 2 ans que Hollande est au pouvoir, c’est bien cette conception concrète et active qui l’a emporté sur la condamnation morale. Comme l’écrira Plenel dans les pages suivantes, c’est Charles Peguy mis la mode par les cérémonies du centenaire de la guerre de 1914 qui incarne maintenant « le règne de l’argent ». Bien que ce soit une conception un peu suicidaire étant donné que le règne de l’argent a conduit immédiatement à la guerre dans laquelle Péguy a péri il y a là une marge de manœuvre politique dans laquelle Hollande a largement développé sa part d’ombre.



 


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