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Moscou/Babylone - Owen Matthews

lundi 7 avril 2014, par Mélèze


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OWEN MATTHEWS MOSCOU BABYLONE editions des Escales 2013

C’est la mode : les anglais se lancent dans l’aventure des anciens pays communistes. L’un d’entre eux remportent le grand prix des lycéens pour « les cent jours avant la chute » de Ceausescu en Roumanie. Il s’agit de Patrick Mc Guiness publié chez Grasset. Puis voici Owen Matthews qui après le succès des « enfants de Staline » entreprend d’écrire Moscou/Babylone. Une méthode de composition et d’écriture a fait la fortune de Ken Follet et de Tom Wolfe. Il ne manquait que Matthews pour l’appliquer à la Russie. C’est un peu théorique mais ça se lit d’une traite.
Emmanuel Carrere n’a-t-il pas fait un tirage formidable avec son Limonov ? Et bien on voit apparaître exactement le même personnage à la page 123 de Moscou/Babylone. C’est épatant. On se demande comment prendre l’utilisation du personnage par deux auteurs à la mode l’un anglais l’autre français ? Ont-ils des conclusions différentes à tirer de cette rencontre ? Non. Limonov est-il plus grossier avec l’anglais qu’avec le français ? Pas plus. Ca pourrait ressembler à une sorte de plagiat mais rien n’empêche que deux écrivains aient rencontré le même homme public dont ils relatent les propos dans les mêmes termes. Disons que l’anglais semble suggérer que le personnage ne vaut pas les 600 pages que Carrere lui a consacré. Il voudrait l’intégrer dans une catégorie plus vaste.

Il parait significatif à Matthews qu’en Russie après l’éclatement du communisme il ait existé une génération d’hommes de la cinquantaine prêts à ramasser toutes les jolies filles de la province russe de façon à les pervertir au sein de Babylone. Il écrit : « Moscou au milieu des années 1990 était la capitale d’un empire défait. Nulle tour dessinée par Norman Foster n’avait redéfini sa silhouette. Aucun super yacht n’était à l’ancre sur les rives de son fleuve. Non la ville qui m’accueillait titubait sous le double choc causé par la désintégration de l’État soviétique et l’effondrement de son économie » (p53).

Le héros de Moscou/Babylone fait la connaissance d’une certaine Sonia : « Elle faisait partie des dizaines, peut-être des centaines de filles que Dima avait sauté et laisser tomber. Il s’était vanté devant moi d’avoir fauché les provinces russes comme un champ de blé arrachant les filles à la boue de leurs villes d’origine pour, l’instant d’après, les replanter en terre ou les abandonner aux becs des corbeaux » (p 176). Le pays est dans une telle crise économique que la mafia y prolifère. Le héros travaille dans une entreprise de relations publiques qui vit des contrats entre gangsters américains et mafieux russes : « ils veulent que vous fassiez la propagande du plus grand vol de toute l’histoire de l’humanité, financé par des gens dont l’argent a été volé » (p179).



 


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