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Maires à la dérive ou dérive des maires ? - André Girod

jeudi 13 février 2014, par Abdelali Najah


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©divergences.net
Editions l’Harmattan, février 2014, 164 pages.

Après six ans comme adjoint de mairie, membre de nombreuses commissions et son expérience antérieure à travailler avec les mairies des grandes villes ( Paris, Lyon, Bordeaux), de villes moyennes et petites communes, André fait un constat de la situation des mairies en France surtout dans les petites communes rurales. Il décrit sans complaisance les difficultés rencontrées par ces maires et explique pourquoi un maire sur trois ne veut plus se représenter. C’est à présent la limite du ras le bol ressenti par ces maires qui devant la diminution des budgets et l’augmentation des charges, ne peuvent plus faire face à leur situation. Il termine en demandant la suppression de 30 000 communes qui n’ont plus de raison d’être au début du XXIe siècle. Ce système instauré à la Révolution Française n’a subi aucun changement notoire.

André Girod situe ainsi la crise des mairies en France dans son contexte d’abord historique, comme de nombreux problèmes qui touchent la France. Dans un livre précédent « Quand le Made in France devient le Mad in France », il rappelle le déclin industriel de la France depuis les années 50, et explique la différence dans le déficit commercial de la France et le surplus commercial de l’Allemagne. Comme historien, il introduit toujours la notion d’évolution de la situation dans un contexte historique. Le système d’une commune par clocher a été instauré par Mirabeau lors de la Révolution Française, projet pourtant opposé par Sieyès par exemple. A l’époque, les villages vivaient surtout en autarcie et il est important d’avoir une autorité centrale pour gérer la commune. A présent avec Internet, les moyens de transport, les petites communes représentent un coût exorbitant pour des services qui laissent à désirer. Chaque commune avec des projets insensés s’autodétruisent et n’apportent aucune modernité, prospé-rité et bien être à leurs concitoyens. Les dépenses financières ruinent la France et c’est le projet souvent mis en avant de l’élimination de plusieurs niveaux administratifs. Commencer par les mairies serait d’utilité publique.

Les exemples de Maires à la dérive dans le livre sont nombreux dans les petites communes : selon le principe du « plus gros yeux que gros ventre » ou « la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le bœuf », les maires pour se faire valoir et laisser une trace indélébile de leur passage vont se lancer dans des projets incroyables, de véritables éléphants blancs. Piscine qui ne fonctionne pas ou qui se ferme faute de clients, salle grandiose sans intérêt, conception de musées (genre arts contemporains dans la commune de Lauris, Vaucluse à un coût de 8 millions d’euros pour moins de mille visiteurs par an !) Chaque commune veut son marché de Noël, sa brocante, son carnaval, son concert de jazz, sa fête des fleurs. Ces événements coû-tent chers pour un rapport qualité-prix déplorable surtout lorsque ces festivités se déroulent le même jour dans plusieurs communes limitrophes.

Pour André Girod, l’exemple de Paris est significatif pour démontrer la plus grande inégalité entre les communes. Deux exemples : la réforme scolaire avancée par Peillon peut être appli-quée sans problèmes par Paris. Elle a les moyens financiers, les animateurs pour la mettre en place. Mais une commune de 1 000 habitants n’a pas les finances pour l’implanter : il faut compter au moins 300 euros par enfant, et n’a pas le personnel compétent. Autre exemple : la classe franco-américaine qu’André Girod a lancée dans les années 80 : Paris pouvait envoyer des dizaines de classes aux Etats-Unis dans le cadre de la classe de découverte mais les com-munes de moins de 20 000 habitants ne le pouvaient pas. Et pour résumer, une petite com-mune (moins de 5 000 habitants) ce qui forme la grande majorité des communes, près de 30 000 en France, il est de plus en plus impossible financièrement, économiquement d’apporter des services convenables à ses habitants : transport, sécurité, loisirs, activités culturelles, aides sociales. Le coût de services nettement inférieurs aux villes moyennes (de 10 000 à 50 000 habitants) dépasse souvent les 1200 euros par personne tandis que le coût par personne dans les villes moyennes tourne autour de 250 euros.

Ainsi, André Girod préconise qu’une réduction draconienne du nombre de communes sauve-rait le système : éliminer administrativement (pas historiquement) 30 000 communes et faire des regroupements avec un minimum de 30 000 habitants. Au centre, un siège administratif qui gérerait tous les services. Il y aurait alors la possibilité de construire piscine, salle de sports, salle de spectacle, terrains de sports comme dans les villes moyennes. Un système de transport serait plus efficace.

Quand on pense que des communes disparues pendant la première guerre Mondiale avec aucun habitant ni bâtiments reçoivent encore des subventions pour garder le nom !

Mais, ce vaste projet comme expliqué dans d’autres livres est impossible en France. Les hautes autorités n’ont pas le courage d’entamer des réformes, de faire prévaloir un bon sens qui est si timoré que cela devient pathétique.

« En France pour résumer l’Histoire de France, ils attendent que la cocotte minute qu’est notre société explose pour apporter des changements. On passe de l’ancien régime à un nouveau par une Révolution sanglante. On passe de la Monarchie à la République après la construction de barricades et des coups de feu. Le dernier grand bouleversement a eu lieu en 1968, heureusement sans effusion de sang. On est passé de la 4e République à la 5e !

Faut-il encore attendre un tel mouvement pour réformer la France ? », remarque-t-il.

Dans « MAIRES À LA DÉRIVE OU DÉRIVE DES MAIRES ? », le premier souci de l’auteur était de rendre son livre accessible à tous. Il a ainsi évité de tomber dans le piège des livres didactiques qui étouffent le lecteur de statistiques, de termes administratifs et de redon-dance politique et économique. Le livre est illustré de dessins par l’auteur qui met le doigt où cela fait mal dans le chapitre.


Spécialiste de l’enseignement du français à l’étranger, André Girod a travaillé et a vécu dans plus de 150 pays. Il est le fondateur du programme de la classe franco-américaine aux Etats-Unis qui toucha plus d’un million d’enfants des écoles primaires en Amérique. Pendant des années, il a travaillé avec Nicolas Sarkozy à Neuilly sur Seine pour l’implantation de cette classe franco-américaine dans la région parisienne.

A la retraite, André Girod s’est lancé dans la transformation d’une ancienne usine à cerises (sic) en un centre culturel très remarqué dans le Luberon. Il l’a agrémenté de ses mosaïques, fresques, sculptures, fontaines. Ecrivain de plus de trente livres, il vient de publier « MAIRES À LA DÉRIVE OU DÉRIVE DES MAIRES ? » basé sur ses expériences avec de nombreuses mairies et comme adjoint dans son village.



 


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