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Derniers carnets, Franz-Olivier Giesbert

Editions Flammarion, 2012

dimanche 15 juillet 2012, par Alice Granger


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©divergences.net

La politique l’a toujours déçu, nous avertit d’emblée Franz-Olivier Giesbert, qui fait précéder ses « Derniers carnets » d’une citation de Mark Twain disant que le mensonge est universel, qu’il faut mentir pour le bien d’autrui, humainement, courageusement, la tête haute, que c’est un rôle noble nous affranchissant « de la fâcheuse et nuisible vérité qui infeste notre pays. » Et, déçu de ne jamais avoir vu arriver face à lui l’homme politique qu’il espérait, il part vers ses oliviers… En prévenant celui qui vient d’arriver à l’Elysée : il n’a pas droit à l’erreur !

Un décrochage qui annonce un temps d’ouverture, où chaque citoyen dans le sillage du célèbre journaliste se serait sevré de son attente de l’homme providentiel, celui qui saurait faire croire qu’il peut, qui ne déchirerait pas le cocon de nos illusions ? Déception qui masquerait ce qu’il y a d’infantile dans le fait de tout attendre d’en haut et de vouloir des solutions immédiates sans avoir besoin de concertations avec les idées des autres ? Déception face à cette lenteur inhérente au travail de la parole, face à la confrontation avec les autres non sous-estimés, alors que notre époque pressée fonctionne dans l’immédiateté, la rapidité, exige les solutions à chaque difficulté, donc espère un magicien, un Zorro, une mère toute-puissante, non pas un personnage politique réaliste ne faisant pas faire l’économie du sevrage inévitable, du changement de paradigme ? Déception devant l’inévitable, c’est-à-dire l’impossibilité de faire l’économie de ce sevrage, de cet abandon d’un état infantile à la fois pour les citoyens et pour le personnage au sommet qui les représente ? Ah l’économie ! Peut-on vraiment aborder l’économie en faisant, de fait, l’économie d’un processus psychique de maturation qui exige une sorte de sevrage, un abandon de l’état relié, dépendant, du statut foncièrement humiliant de consommateur passif naïvement heureux du monde qu’on lui fait ?

Giesbert : un journaliste qui a changé la verticalité de la relation avec les personnages du pouvoir en horizontalité, façon de dire qu’ils n’impressionnent plus, qu’ils sont démasqués, qu’ils sont ramenés à des dimensions humaines, et que leurs prétentions nourries par les illusions infantiles de citoyens attendant tout d’en haut (fâcheuse et funeste vérité infestant notre pays) ne sont que mensonges, en attendant une révolution intérieure de ce peuple qui réussirait à s’abstraire de la servitude volontaire ? En tout cas, le geste de Franz-Olivier Giesbert se détournant des politiques pour aller vers ses oliviers annonce et inscrit la fin d’une attente démesurée de solutions qu’apporterait LE personnage au sommet, l’admission du mensonge s’avérant en fin de compte très propice au sevrage qui donne à la lumière de la terre de France (telle celle où poussent ces oliviers qu’il faut arroser et tailler) des citoyens dignes de ce nom c’est-à-dire libres de servitude volontaire dans leur tête. Tout ceci empreint d’ambivalence, une sorte de fascination secrète pour les personnages politiques étant, par-delà cette indépendance et cette liberté qu’il revendique, toujours active, faisant sans fin aller le journaliste sur leur terrain, le plus près possible, à l’affût des paroles, confidences…

Ce livre, ces Carnets de bord que le journaliste présente comme étant les derniers, comme si après ce serait un autre temps en effet, nous invite en temps réel à un jeu duel. Giesbert représente en quelque sorte chaque citoyen oscillant entre l’attente fascinée et la déception qui fait s’éloigner, il approche des personnages politiques qu’on voit ne jamais réussir vraiment à tromper celui qui paraît familier, conquis, proche, achetable et puis distant, moqueur, ironique, déçu, toujours indépendant et libre dit-il.

Avant tout, ce sont des Carnets qui mettent l’accent sur une sorte de sevrage personnel du journaliste célèbre et si familier des personnages politiques, que ceux-ci semblent rechercher comme s’il avait réussi à s’imposer comme incontournable, comme s’il incarnait le contre-pouvoir journalistique face au pouvoir politique. Il se produit au fur et à mesure du récit de ses rencontres avec les personnages de notre monde politique une sorte de chute personnelle de l’illusion, un renoncement à attendre, alors que cela commence à chaque fois par de l’amour, de l’espoir, de l’intérêt énorme. En direct se produit une maturation politique, citoyenne. Avec une richesse de détails, de paroles rapportées qui excellent à faire un portrait incroyable de chacun des personnages.

Ces Carnets nous livrent donc avant tout cette recherche, cette attente, cette espérance, qui nous semblent être au cœur de l’activité de journaliste de Giesbert. Une quête qui le conduit à approcher de très près les personnages politiques, à être toujours là, à s’imposer avec un regard critique, si bien qu’il semble avoir réussi très vite ce tour de force d’être incontournable. Les personnages politiques doivent admettre ce journaliste qui n’est pas achetable, qui peut retourner sa veste, et dès Mitterrand il établit avec eux un entre-deux souvent propice aux confidences, il semble parfois être un pote, un familier auquel ne pas se fier, un faux-frère. Les personnages politiques ont l’air de le rechercher, voire de le craindre, se dessine une sorte de contre-pouvoir journalistique, et on sent donc un certain narcissisme dans ces Carnets. Celui qui est déçu, c’est aussi celui qui sait ce que devrait être un homme politique non décevant. Quel pouvoir ont donc ses mots ! Pouvoir de faire trembler ces politiques, en trouvant leur talon d’Achille ? D’une certaine manière, il y a aussi l’exercice du pouvoir dans cette façon d’aller sans fin aux alentours des politiques, traquant les bons et les mauvais côtés, enregistrant leurs paroles, et finalement faisant tomber le couperet de la déception ! Il est tombé sur Sarkozy, va-t-il tomber sur Hollande ? Ce qui est curieux, c’est cette focalisation sur le personnage politique, dont le journaliste comme au nom du peuple lecteur attend qu’il redresse la France (plutôt qu’œuvrer pour une restructuration du pays qui le ferait se redresser, revivre).

D’une part le politique dont il est attendu que, en quelque sorte, il sauve la France, et, d’autre part, il y a cette France en mauvais état, atteinte d’un mal qui pourrait être incurable si on n’a pas le traitement qu’il faut. Le regard du journaliste ne va jamais vraiment directement vers cette France, vers ses ressources, son énergie vitale, sa capacité de résistance et de renouvellement, sauf lorsqu’il renonce et qu’il y a l’ouverture poétique sur les oliviers. Et sur une terre répondante, loin d’être passive. Une terre non sous-estimée. Mais aimée.

Alors que Giesbert semble espérer un politique qui sauvera une France atteinte d’un mal incurable, tout en anticipant sa déception, Hollande paraît au contraire l’aimer, cette France ! Giesbert est frappé par le fait que Hollande semble aimer la France comme une personne ! Alors que le journaliste s’en tient, dans sa militance en tout cas, à son espoir que Hollande saura dès le départ prendre les mesures draconiennes pour redresser la France, donc quand même toujours une posture de Zorro qui peut très vite, celui qui sera notre nouveau président semble parier sur autre chose pour réussir, sur une vitalité méconnue de cette France, qu’il pourrait enfin rassembler, soulever, révolutionner en prouvant qu’il n’y avait pas l’inertie qu’on croyait, l’infantilisme qu’on exploitait. La restructuration du pays ne peut se faire sans cette vitalité que chaque citoyen retrouverait en lui et mettrait dans l’œuvre commune juste par la joie infinie d’échapper à une perverse logique d’humiliation tapie derrière le goût du pouvoir et de la domination.

Giesbert, en ayant en lui une idée précise du politique qu’il espère rencontrer un jour, sorte de cage dans lequel il l’attraperait, on a toujours l’impression qu’il écoute, observe, juge chacun des personnages en les confrontant de manière impitoyable à ce portrait invisible qu’il garde en lui. Drôle de miroir que ce singulier journaliste, en lui aucun personnage politique ne semble réussir à se voir de manière spéculaire, narcissique, personne jusqu’à maintenant n’arrive, au cours des rencontres, à être à la hauteur de cette image dans le miroir qu’il leur présente à leur insu, même si certains s’en approchent infiniment plus que d’autres.

L’exigence secrète de Franz-Olivier Giesbert est infinie, intransigeante, et le pousse à déclarer d’emblée, je m’en vais arroser et tailler mes oliviers, je n’espère plus celui qui correspondra à ma quête… Défi violent, comme pour dire, qui me prouvera le contraire, qui vaudra le coup que je revienne ? Quel homme politique saura-t-il être à la hauteur de sa majesté le journaliste ? On dirait le jeu du For-Da décrit par Freud : l’enfant a une bobine qu’il lance au loin et fait revenir… Freud parle de l’enfant qui, par ce jeu, fait revenir sa mère absente. Giesbert, est-ce un père, un frère, une image de l’autre qui serait enfin comme la sienne qu’il voudrait voir dans le miroir ? Est-ce enfin toi, qui est moi ?…

Voilà, la déception provoquée par les personnages politiques dès qu’ils arrivent au pouvoir, et la question qui traverse ce livre spécialement lorsque l’auteur parle de celui qui sera notre président : François Hollande décevra-t-il aussi ?

La politique, ou le politique, doivent-ils nous affranchir de cette fâcheuse et nuisible vérité qui infeste notre pays ! Quelle vérité ? Serait-ce celle de notre mortalité, s’incarnant dans la sensation de notre fragilité, de nos faiblesses, de notre infériorité incurable, et nous poussant à ne pas nous aimer ? Serait-elle une mésestime de soi, parce que nous nous verrions incapables de sortir de notre état de petits, de faibles, de dépendants ? La grande question que celle de l’estime de soi, l’amour de soi, la fierté qui pourrait coïncider avec la fierté nationale que, pourtant, le peuple français prétend vouloir incarner sur la planète ! On ne peut pas être fier, si on se sent dépendant, attendant les solutions immédiatement, si cette funeste vérité empoisonne nos vies !

Cette condition mortelle de l’être humain, c’est un fait irréfutable, mais il est impossible de vivre en y pensant tout le temps, comme si nous étions en position de victimes, en position d’infériorité, de passivité totale, donc comme si nous étions d’incurables dépendants attendant d’être secourus, des petits ayant besoin d’une instance toute-puissante. Le peuple de France serait-il tel un mineur masquant le fait qu’il ne s’aime pas par une revendication narcissique consistant à prendre une posture de pouvoir capable de démasquer la série de personnages, politiques, qui va venir s’essayer à secourir le petit, la victime de la mortalité et de l’injustice, en lui faisant une France matricielle ? Toujours ce présupposé d’une France qui ne serait pas à la hauteur de la faiblesse de son peuple, et l’attente d’un personnage politique qui saurait rectifier cette France par des solutions rapides. Et, toujours, tel et tel politique que le journaliste approche : dans l’entre-deux de la rencontre, un climat de presque entente s’établit sans gommer le jeu duel, la séduction des promesses peut un temps intéresser le journaliste car on le sent quand même toujours un peu fasciné par ces personnages, très attiré, ils ont de l’ascendant sur lui, puis finalement ils chutent par l’arme de la déception : la France attendue, réparée, redressée, n’a pas vu le jour. Vous, le personnage politique (ou toi, parfois…), vous n’avez pas su m’offrir cette terre-là de vie ! Comme un père qui aurait été déficient, ou absent, pour offrir à son enfant cette terre accueillante, alors que la mère elle-même ne pouvait pas la lui ouvrir… ? Toujours cette idée d’une terre de vie, patrie, France, planète, qui va mal, la crise rendant visible cela, et un personnage politique qui promettrait de la guérir, qui serait à la hauteur, qui en aurait, mais la crise implosive serait la plus forte, l’impuissance du personnage serait inévitable.

Mais l’être humain, ne peut-on parier qu’il est capable de se dégager d’une servitude volontaire ancrée dans un statut dépendant dû aux infériorités ? Le mensonge universel, n’est-ce pas cela ? Se sentir immortel en s’organisant, en ayant des projets, en ne pensant qu’à la vie, et surtout en ne restant pas en arrière en passant son temps à vouloir être protégés de la mort, en se sentant victimes du destin humain, prisonniers d’un masochisme primaire indépassable ?

Une chose est en effet de vivre en passant son temps à vouloir être protégé de la mort, et considérer la politique et ses représentants dans cet esprit-là. Autre chose est d’organiser la vie sur terre, ensemble, en oubliant cette mortalité, en ne délégant pas cette peur par excellence sur un pouvoir qui saurait, en nous mentant, nous en protéger. Autre chose est cette capacité de l’humain de faire abstraction de cette mortalité tant que la vie bat en lui, autre chose est de ne pas se réduire à ça, de ne pas remettre aux mains puissantes notre vulnérabilité effrayante en avalisant un lien de dépendance avec le pouvoir qui, capable de nous rassurer, de nous bercer, prendrait, lui, une toute-puissance frisant la monarchie juste par exploitation de nos peurs restées très infantiles.

Franz-Olivier Giesbert, par la citation qui ouvre son livre, écrit qu’il y a mensonge et mensonge ! On comprend : au niveau politique, puisque son livre concerne ces personnages politiques dont certains arrivent au pouvoir au sommet de l’Etat. Il y a le mensonge qui exploite l’infantilisme des gens, qui les réduit à ça, afin d’arriver avec les solutions les plus immédiates et spectaculaires possibles, et incarner le pouvoir total, le gagnant étant celui qui fait le plus illusion, qui promettra le plus c’est-à-dire qui jouera le plus sur les cordes émotionnelles et sentimentales des citoyens pauvres petits. Ce type de mensonge conçoit le pouvoir comme donné sur un plateau d’argent par les petits eux-mêmes, par ceux qui acceptent de se voir réduits à ça, foncièrement dépendants, immatures, croyant que le pouvoir politique va en quelque sorte remettre en activité le cordon ombilical. Evidemment, c’est un mensonge nuisible, grossier, piégeant le peuple dans l’infantilisme, la non estime de soi, un mensonge qui, en attendant, assure le pouvoir à ceux qui ont gagné, gonfle leur narcissisme. C’est dans ce cas que la vérité infeste notre pays. La vérité de notre mortalité qui est visible sur les laissés-pour compte de notre société est très habilement exploitée par exemple au niveau médiatique par certains personnages ayant des ambitions politiques : vous les pauvres, vous ne pouvez rien, vous êtes impuissants, votre misère dans une France mal en point est comme une maladie incurable, heureusement nous voici : et cette vérité nuisible exploitée par le goût primaire, grossier, du pouvoir fait littéralement un peuple d’assistés.

Et il y a un autre mensonge, sur la voie duquel se fera une autre politique, et s’imposera un autre pouvoir. Cet autre mensonge, politique, visant un sevrage, s’appuiera sur la capacité de chaque citoyen de ne pas accepter de rester dépendant et d’attendre qu’on lui fasse une France comparable à une matrice, de ne pas s’attarder à remettre en des mains toutes-puissantes sa vulnérabilité, de se détacher de solutions apportées mais aussi imposées par d’autres, des grands, qui sauraient faire. Cet autre mensonge introduirait un corps et un cerveau non dépendants, un statut de l’être humain non infériorisé, non rabaissé à celui d’un mineur éternel, non traitable en masse. Cet autre mensonge parierait sur l’estime de soi de chaque citoyen, sur le fait qu’il se sentirait capable de prendre soin lui-même de sa vulnérabilité en étant actif dans l’œuvre commune pour la construction du pays dans lequel il veut vivre, pour faire face à ses fragilités, au lieu de permettre à des gens avides de pouvoir de faire dessus un calcul. Cet autre type de mensonge n’implique pas la croyance qu’on pourrait réparer une sorte de cordon ombilical et se retrouver à l’abri dans un monde idyllique, mais au contraire exige des citoyens qui seraient capables de se détacher, de couper leurs liens de dépendance. Ce mensonge-là, chacun de nous, larguant nos infantilismes, l’aurions intériorisé. Un mensonge en direction de la vie, en oubliant la mort. Un mensonge qui ne pose pas une logique humiliante au cœur de cette affaire de pouvoir. Car il y a de l’humiliation à voir des gens comme des êtres de besoin, qui ne pourraient pas s’en sortir sans des puissants promettant de solutions miracles. Un mensonge qui, dans un rythme entre les difficultés et les réussites, viserait à construire un pays où le peuple aurait de la joie à vivre et s’aimerait, une sorte de réconciliation avec un maintenant d’où l’angoisse de mort aurait été repoussée par le commerce des êtres humains entre eux, attentifs à l’art de vivre.

Dès les premières pages, nous voyons Franz-Olivier Giesbert se camper face aux grands personnages politiques de notre pays, toujours sur le même plan qu’eux, les tutoyant souvent, parlant avec eux sur un pied d’égalité, comme s’ils n’avaient pas de pouvoir sur lui, comme si le pouvoir, c’était… lui qui l’avait. Comme si, à chaque rencontre, à chaque conversation, à chaque événement, il les défiait d’avoir le pouvoir de l’assujettir, de l’illusionner, de l’emmener en bateau, de le dominer, de l’impressionner, de le tromper, de le séduire, de l’avoir, de l’exploiter, de le détruire, d’avoir tout pouvoir sur lui, bref de le précipiter du haut de leur puissant personnage vers un statut infantile. Il est grand comme eux, il n’est pas un petit, il n’est pas faible, il pourrait arriver à s’aimer, il est indépendant. Nous sommes entre adultes. Bas les masques. Bas les séductions, les tentatives de destruction, les intimidations. En même temps, on le sent tellement espérer, à chaque fois, obtenir l’indice qu’il s’agit d’un personnage politique d’un genre nouveau, qui saurait être le bon. On sent cette quête. Et aussi comme un renoncement. Comme si, en s’éloignant vers ses oliviers, il pouvait conjurer le sort, n’espérant plus qu’il y en aurait un qui viendrait le surprendre, in extremis, comme le traitement de dernière chance.

Ces Derniers carnets concernent évidemment la dernière campagne présidentielle, mais fait aussi revenir des personnages politiques du passé. Toujours, Franz-Olivier Giesbert les juge en fonction de son désir de rencontrer enfin sur sa route… le personnage qui correspondrait à sa quête. Qui, peut-être, ne considérerait plus le peuple comme un gamin immature, mais grand comme lui ? Moi je suis grand, puisque je peux vous juger…

Il commence par nous parler de personnages politiques qui le réconcilient avec la politique : d’abord Raymond Barre dont François Mitterrand disait qu’il était l’incarnation vivante du courage politique, n’ayant peur de rien, ni du peuple, ni de la vérité, ni des corporatismes. Puis Pierre Mauroy, qui privilégiait les intérêts du pays par rapport aux siens, et qui lui a dit en 1981, à propos de Fabius, Bérégovoy, Attali etc. : « Ces gens-là sont devenus complètement fous avec leur pseudo-marxisme d’école primaire. Quels imbéciles ! Ils sont prêts à ruiner la France ! En plus, ils ont pris le cerveau de Mitterrand qui nous fait son Lénine ! » Giesbert n’avait noté chez Pierre Mauroy « ni ego, ni calcul, ni posture », ne se souciant pas de son image personnelle, ne prenant jamais les médias à témoin, fidèle et loyal à Mitterrand. « La définition d’un homme d’Etat. » Mais, hélas, la France a tendance à mépriser ce genre d’homme d’Etat, leur préférant des gens pompeux ou des bateleurs de foire… Ainsi, faisant l’éloge d’Alain Juppé, François Mitterrand avait ajouté qu’il n’arriverait pourtant jamais à rien, car il avait trop le sens de l’intérêt général pour réussir…

Voilà : il y a en France une injustice immanente empêchant les meilleurs de réussir, comme Rocard, Fillon, Juppé, écrit Giesbert.

Voilà planté le décor pour la présidentielle de 2012 : François Hollande fait-il partie de ces meilleurs ? En tout cas, « Il y a chez lui quelque chose d’humble et d’équilibré qui rompt avec cinq ans de sarkozysme flamboyant et foutraque », il sait rester à sa place. Avec lui, c’est le retour à la réalité, la fin du clinquant et des apparences. Voilà ce qui est différent : Hollande ne joue pas des images, du médiatique, de ces apparences qui circonviennent de partout les cerveaux pour profiter des émotions suscitées, des impressions, selon un principe de colonisation massive. Hollande reste à sa place, il ne profite pas du pouvoir colonisateur des images, de ce médium qui exploite tellement la partie infantile de notre cerveau, en saturant l’espace visuel. Il avait déclaré : « Le temps des pubards, des fricards et des flicards, c’est fini. »

Mais pourquoi la France a-t-elle pu accoucher de Hollande, se demande Franz-Olivier Giesbert ? On pourrait dire : comment le meilleur a-t-il pu réussir, cette fois ? Alors que l’injustice immanente, le mépris, ne l’a pas épargné ! Parce qu’il aime la France des terroirs comme une personne, parce qu’il ne la sous-estime pas ? Parce qu’il n’est pas fasciné par une gestion financière imbécile ? Au travail ! La France, cela se défriche, elle a des ressources, elle sera généreuse, comme sur la terre chaque jour il faut œuvrer à ce que la part cultivée ne soit pas envahie par les ronces et les orties, et quand on l’abandonne c’est qu’on croit magiquement qu’elle donnera ses fruits d’elle-même et qu’on est trop petit pour participer.

L’auteur de ce livre n’est pas très à l’aise avec son corps, son odeur de transpiration le gêne, lui donne envie de disparaître. Cette remarque sur son rapport à son corps, sur une certaine difficulté à s’aimer, sur le malaise que ce corps exprime dans ce monde-là pas vraiment vivable, cette honte de son odeur, se sentant depuis la place d’un autre qui ne pourrait pas le sentir, n’est pas si anodine que ça. Il met, mine de rien, l’accent sur le fait de bien prendre soin de soi-même, d’être exigeant pour soi, donc pour les autres, de prendre ce temps-là, dans le maintenant, de ne plus être dans la transpirante guéguerre perpétuelle, d’espérer arriver à un temps d’équilibre, d’apaisement. D’une certaine manière, on comprend qu’avec le style de son journalisme, toujours à épier, à traquer la bête politique en face de lui, toujours à éviter les pièges, les séductions, les faux airs de copinage, cela doit être épuisant, comme de l’escrime, toujours éviter de se faire avoir, de se faire acheter, de se faire placer, de se faire exterminer. De quoi transpirer, en effet. Comme si son journalisme à lui le faisait constamment évoluer sur un terrain fratricide, et qu’il devait sans cesse éviter de se faire tuer. Comme si, en face de lui, il n’y avait que de faux frères, que de faux pères, que des sœurs castratrices, des mères autoritaires. Comme si on ne pouvait pas lui pardonner de ne pas se laisser être infériorisé par le pouvoir. En effet, lors de ses contacts avec les politiques, il s’agit toujours d’horizontalité, il se tient sur le même plan que ces « grands », jamais il ne cède, ils sont forcés de le voir de la même grandeur qu’eux, non dupe mais pourtant si désireux d’en voir un vraiment grand. Jamais il ne laisse la verticalité s’établir, lui en bas, eux en haut, tel un petit levant la tête vers les grands. Il donne l’impression de tourner sa veste souvent ? Il ne se laisse pas immobiliser par un personnage, il ne reste pas dans son pouvoir, il peut facilement sortir de cette zone, mais ne se décide jamais à rompre totalement, car bien sûr il ne sort pas de cette forme de … dépendance d’essence narcissique. Décidément, il ne ressemble pas à ces « confrères interviewers officiels qui boivent les paroles présidentielles avec des regards fusionnels de midinettes amoureuses. » Dans la relation duelle, Giesbert est maître dans l’art d’échapper au danger fusionnel, disputant sans fin le pouvoir avec les hommes de pouvoir !

Le 1er juillet 2011, il déjeune à l’Elysée avec Nicolas Sarkozy et son conseiller Jean-Michel Goudard. Tout de suite Giesbert nous présente ce personnage politique : il est capable de vous prêter des propos que vous n’avez jamais tenu, alors il vaut mieux avoir un témoin. Un personnage auquel ne pas se fier. Et puis, c’est quelqu’un qui fait les questions et les réponses. Et aussi, qui ne s’intéresse jamais à ce qu’il y a dans l’assiettes des autres, à la différence de Mitterrand, de Chirac. Les connaissances gastronomiques de Sarkozy doivent s’arrêter aux fast-foods, aux fromages blanc pasteurisés et aux chocolats fourrés… Rien d’un art de vivre, rien d’un bon vivant prenant son temps dans un terroir qu’il aimerait ! « Malheur au président qui ne respecte pas la cuisine nationale : c’est qu’il ne respecte pas son propre peuple. » En vérité, c’est un homme qui ne se traite pas bien lui-même ! Qui ne s’invite pas à une table de France. Le portrait est implacable juste par quelques mots sur les repas : Nicolas Sarkozy, avec les fast-foods, est un être qui se contente de la nourriture de masse, d’un traitement de masse, ce n’est pas lui qui dirait non à ce traitement pour prendre le temps d’apprendre à goûter un art de vivre dans un terroir, plats régionaux, vins, et contacts chaleureux avec les habitants. Sarkozy, c’est quelqu’un qui n’a jamais pris le temps de bien se traiter, de dire non au traitement de masse afin de choisir lui-même, tout son temps est occupé à se montrer, à être hyperactif, sur toutes les scènes, comme un marathon perpétuel pour être le premier, le sauveur par excellence, celui qu’on reconnaîtra plus tard comme le meilleur. Quel besoin de reconnaissance dans tant de narcissisme agité ! Son conseiller est quelqu’un qui a toujours cherché à protéger le président Sarkozy contre lui-même et contre sa volonté de se montrer.

Ce même conseiller dit de Hollande, en 2009, qu’il a une intelligence supérieure, et que ça peut le faire. Sauf que les Français le voient mou et gentil, alors il devra travailler. Se dessine une différence abyssale entre les deux personnages.

Sarkozy, quelqu’un qui ment tout le temps, qui porte des lunettes noires de star ou de caïd, qui a un complexe de supériorité indécrottable. Ce jour-là, lors du déjeuner à l’Elysée, il en frôle le ridicule. Surtout lorsqu’il essaie de convaincre Giesbert qu’il ne contrôle pas les médias, qu’il n’a pas le pouvoir de faire embaucher ou licencier un journaliste… Et dire qu’il ose prétendre qu’il est le premier président à laisser faire les médias… ! Mais ces paroles, ne serait-ce pas un aveu d’impuissance ? Le président en train de s’apercevoir qu’il n’a plus la main, que cela ne marche plus, qu’il ne fascine plus par cette omniprésence, par cette hyperactivité, qu’on n’y croit plus ? Non pas lui qui laisse faire les médias, mais plutôt le peuple français qui aurait décroché, déserté, n’offrant donc plus le pouvoir sur un plateau d’argent au président Sarkozy ? Une sorte de dépit de sa part, et surtout, ne pas perdre la face, s’attribuer le désinvestissement, alors qu’il vient du peuple, via les sondages. Lorsqu’il reçoit Giesbert à l’Elysée, Sarkozy évidemment ment lorsqu’il prétend que ce n’est pas lui qui a exigé tel licenciement pour tel journaliste de télévision, mais dans le discours qu’il tient, il dit aussi autre chose, qui concerne sa déception, celle d’un gamin gâté, qui constate que le médiatique est une arme du pouvoir qui lui échappe, qui ne marche plus. Derrière l’agressivité du style, un masochisme infini ?

Donc, un président à cran, haï, que Giesbert quitte dans un état de colère telle qu’il se dit que cela pourrait réveiller son cancer. Il a très bien compris que Sarkozy le haïssait, qu’il voulait à tout pris mettre fin à sa carrière, assassiner un moribond. Des mots forts, violents ! Un assassinat ! Peut-être Giesbert est-il si violemment dérangé par les attaques de Sarkozy que c’est lui qui aurait voulu le descendre, lui faire admettre qu’en vérité il avait pendant cinq ans gouverné en politicien à la petite semaine, aggravation de la dette de la France pas seulement à cause de la crise. Entre eux, c’était un duel à mort. Mais, en fin de compte, Giesbert se moque de sa sarkophobie, maladie ridicule qu’il partage avec tellement de Français… Pourquoi se mettre dans cet état ! Pourquoi en faire une affaire presque personnelle ? Et oui…

Pourquoi aller sans cesse vers ces personnages ? En ce qui concerne Sarkozy, peut-être, quand même, une étrange admiration pour cet homme qui a tant de charisme, tant d’énergie ! Pourquoi avait-il tout gâché par son égocentrisme ? Pourquoi, aussi, ce déni de réalité et cette autocélébration, cette façon de se prendre pour Napoléon ? Défaut de narcissisme ! Prétendre être le sauveur ! Et avoir la récompense ! Les petits et le grand ! Giesbert s’en tire avec une pirouette : « Tous les politiciens ne sont-ils pas par définition des conteurs de sornettes ? » Bon, oui, si le peuple lui attribue aussi, de manière infantile, le pouvoir de tout changer, presque magiquement, pouvoir de lui ouvrir un monde juste, parfait. Giesbert aussi, au fond, jusqu’à l’inévitable déception, tente de découvrir un personnage politique qui aurait cette sorte-là de pouvoir…

Mitterrand mentait tellement bien ! En artiste. Avouant à Giesbert le gros mensonge qu’il avait dit droit dans les yeux à Chirac lors d’un duel télévisé. Quelle jouissance, pour le journaliste, d’avoir été le destinataire de cette confidence ! Quelque part aussi du narcissisme pour lui. Refaire le monde avec Mitterrand, après son élection, à l’Elysée. Etre le fils auquel le père fait des confidences, réconciliation au sommet ? Mitterrand lui recommandant de bien vérifier que le magnétophone fonctionne. Sans la satisfaction narcissique d’obtenir la confiance de ces personnages, Giesbert aurait-il eu cette passion du métier de journaliste ? Ces politiques qu’on sent le rechercher, lui il va recueillir confidences, ruses, colères, mea culpa… Franz-Olivier Giesbert tire lui aussi de ce commerce spécial de la jouissance narcissique. Tel un buveur de paroles ! Même si c’est du vin médiocre…

Avec François Hollande, on dirait qu’il est déçu de ne pas trouver cette forme de complicité dans le jeu du mensonge et des rapports de force qu’il trouve avec les autres. C’est certainement moins duel avec lui. C’est moins sur un terrain connu. « Je n’ai encore jamais surpris Hollande en flagrant délit de mensonge mais il semble toutefois qu’il lui manque quelque chose pour être un grand menteur à la Mitterrand, Chirac ou Sarkozy. Il lui manque l’obsession de convaincre, de terrasser, de gagner. La folie. » Un anormal dans le paysage. Comme si, avec lui, Franz-Olivier Giesbert se trouvait en terrain inconnu. Comme s’il ne pouvait plus jouer à prendre en défaut la bête politique la plus douée. Celui-là est si peu pervers. Ce n’est pas duel avec lui. Giesbert, face à lui, se sentirait-il dépouillé d’un certain pouvoir ? Hollande ne le recherchant pas comme les autres ?

Jusqu’à 2004, année où Hollande est sacré « homme de l’année », Giesbert n’avait jamais eu envie de le voir en tête à tête. Lorsque enfin il le voit, il est frappé par son manque de vanité : un type qui ne s’admire jamais ! Il ne pourra pas, selon le mot de Chirac, être un chef sachant « cheffer » ! Non alourdi par son ego, c’est pourtant un homme habile, subtil, capable comme un singe de sauter d’une branche à l’autre, d’un arbre à l’autre. Ce jour-là, il découvre Hollande qui parle de la France comme d’une personne. Lorsque Giesbert se montait le bourrichon tout seul avec son diatribe contre les 35 heures, Hollande opinait du chef avec un air de commisération, puis fit un geste d’apaisement. Il dit qu’en effet, c’est une affaire compliquée, que la gauche avait toujours exalté la valeur de travail et que là elle avait perdu ce socle. En le quittant après ce premier déjeuner avec lui, Franz-Olivier Giesbert pense qu’il a probablement mangé avec un futur président de la République. Il avait découvert une autre sorte de politique : il dominait ses sujets, était calme et posé, en rien perverti par la fièvre narcissique qui brûle presque tous les candidats à la présidentielle. Non perverti par la fièvre narcissique ! De plus, sa personne incarnait parfaitement l’homme français : un homme comme les autres ! Sa chance !

Le portrait de DSK est terrible ! Il se présentait pour faire plaisir à sa femme, qui « se voyait déjà présidente, donnant ses instructions à la terre entière, assouvissant enfin son hubris du pouvoir ». DSK : « Une grosse blague aux poches bien bourrées, le ventre avantageux, les yeux vides, incarnation du laisser-aller moral et physique, avec un charisme de motte de beurre. Un chef de rayon noctambule et dilettante, qui, pour un bon pourboire, aurait vendu la France. Y compris la tour Eiffel. » Un type trop sûr de lui, qui disait de Hollande, « s’il m’emmerde, celui-là, je l’écrase. »

C’était l’époque où, déjà, Franz-Olivier Giesbert prédisait que François Hollande serait le prochain président de la République, ce qui jetait un froid. Tout le monde pensait que DSK n’en ferait qu’une bouchée. Hollande, un politique sans ego, qui donne l’impression de ne rien savoir, qui écoute tout le monde et a un air d’enfant studieux. DSK l’homme puissant écrasant le moins que rien… Mais, l’air de rien, l’homme riche et puissant, que les médias montrent gagnant, est forcé de s’inquiéter de l’homme qui n’a pas d’ego, il le sous-estime mais doit admettre que l’intimidation ne marche pas. Celui qui brille au cœur du pouvoir de l’argent planétaire ne réussit pas à arrêter cet homme non narcissique, dont l’ambition politique a joué d’une manière bizarre depuis tant d’années. La scène a un air de David contre Goliath… Goliath utilise l’arme de la sous-estimation, de l’humiliation, de l’écrasement de celui qui n’a jamais cherché à être visible par celui qui condense sur lui via les images médiatiques une sorte de consensus. Goliath cherche à éliminer David par une blessure, une intimidation narcissique. Mais David n’est pas atteint, il n’est en rien une outre narcissique boursouflée. L’erreur de DSK, c’est de croire que cet adversaire qu’il n’a pas vu arriver est comme lui, qu’il fonctionne au narcissisme, au pouvoir bien visible sur la planète. C’est de voir un même que lui là où il y a un autre très différent. C’est son manque d’intérêt pour cet autre. C’est son accaparement par tous les bénéfices secondaires dont il peut jouir juste parce qu’il est à ce poste de pouvoir. DSK ne peut un seul instant imaginer le pouvoir très différent d’un homme qui ressemble tellement à ses électeurs, son monde à lui est celui des riches, des puissants. DSK semble imaginer les gens à tous les coups sensibles aux images de cet autre monde, le sien, et que c’est gagné d’avance, ils vont le plébisciter, même pas besoin de se battre. Tout le monde rêverait de son monde à lui, et lècherait c’est sûr sa puissance érigée… Il incarnerait ce dont tout le monde voudrait jouir, il aurait le fabuleux pouvoir de donner une aumône si on lui donnait la place au sommet. Or, il n’y a pas photo : d’un côté un homme très loin du peuple, de l’autre, un homme qui a l’air de faire partie du peuple. Ah ! le bonheur si visible de Hollande mangeant un gâteau au chocolat ! Un Hollande tenant à la fois de Chirac et de Mitterrand : un même goût pour la table. Mais Hollande, écrit Giesbert, est à se retourner l’air gourmand pour suivre des yeux une jeune femme. En tout cas, Hollande est un homme qui, visiblement, se situe dans une filiation : celle de Chirac, celle de Mitterrand. Ayant appris d’eux. Avec humilité. Se situant dans une transmission. « Il n’y avait pas à tortiller, Mitterrand avait été le maître de Hollande. » Cet incroyable mimétisme. Mais Hollande n’est pas dépourvu d’esprit critique : il n’aimait pas la façon qu’avait Mitterrand d’aiguiser les divisions entre les siens, de maltraiter parfois les gens. Et Giesbert de noter : « C’est ce qui est touchant et fascinant chez Hollande : il y a chez lui un énorme déficit de cynisme. » C’est un homme qui ne cherche pas à blesser l’autre, à l’écraser. Au contraire, on dirait qu’il a plaisir à découvrir l’autre en face, qui donnera lieu à un commerce pas forcément gagné d’avance.

Mitterrand était un éveilleur, conseillant par exemple tel livre à lire, on pourrait dire dans une verticalité de patriarche, lui en haut se penchant sur les petits ignorants en bas. Hollande ne l’est pas, il lit beaucoup mais pas de roman, il se tient au contraire dans une horizontalité, et, si on le cherche, il est très capable de parler bien d’un roman… Hollande a une vivacité d’esprit que Giesbert a rarement vu en quarante ans de journalisme, alors que Mitterrand en était dépourvu. C’est que, dans l’horizontalité, Hollande est toujours traversé par ce qui se passe dans l’entre-deux. Alors que la verticalité implique de savoir déjà, à cette hauteur, et de laisser tomber des miettes. Dans l’entre-deux de l’horizontalité, en situation toujours, l’autre en face a toujours des choses à m’apprendre, je ne suis pas toujours le meilleur, ma position et la sienne sont instables, il faut être très vif, ne rien laisser passer de ce qu’on laisse faire. Le vivre ensemble de Mitterrand est très différent de celui de Hollande. De même que celui de DSK, celui de Sarkozy, sont radicalement différents de celui de Hollande : eux, ils ne sont pas sensibles à l’autre, il n’existe pas, ce sont eux qui suscitent l’envie, de toute leur personne narcissique ! Giesbert reste très sensible au personnage Mitterrand : « Dans les années 7O, quand il m’apprenait la vie. Dans les années 90, quand il m’apprenait la mort. » Fasciné par son incroyable recul. Et… par sa résistance au cancer. Le cancer fait perdre le goût à la vie. A la fin de sa vie il dit à Giesbert, à la manière d’un père à son fils : « Vous êtes un type curieux, vous savez. Ecorché vif, j’allais dire féminin. Vous avez mis tellement de passion dans nos relations. » Féminin ! Mine de rien, ces Carnets font aussi, entre les lignes, le portrait de Franz-Olivier Giesbert : un homme tout entier sensible aux personnages politiques, qui ne cessent de les approcher, de les fréquenter, de les écouter, de leur échapper, comme pour mieux ne jamais en finir de… subir (telle une femme ?) leur… pouvoir, comme celui d’une image dans le miroir toujours changeante, sans cesse à découvrir, un lui-même jamais fini, toujours relancé, décevant pour mieux poursuivre la recherche ? Hollande serait-il celui qui stabiliserait cette recherche ? Qui introduirait une sorte de sevrage ? L’image d’un autre lui-même qu’il pourrait enfin aimer, infamilière ? Celle d’une réconciliation ? En tout cas, en attendant, tel Sarkozy l’insomniaque, Giesbert passe ses nuits « à écrire, à lire, à picoler ou à tourner en rond, en attendant que le jour se lève. » Voilà : que le jour se lève !

Hollande, comme Chirac, n’accorde aucune importance aux apparences. Donc, aux images qui font impression sur les gens, qui les influencent et les manipulent avant toute proposition. « François Hollande a été pendant des années une antipublicité pour la confection française. » Idem pour François Mitterrand.. Chandails mités, costumes mal coupés et froissés… Mais en 2009, Hollande décide quand même d’avoir une apparence de présidentiable… Donc, il prend acte du pouvoir des images, dans notre monde médiatisé. La dimension symbolique du président de la République implique de prendre de la hauteur.

Hollande, un homme qui pardonne tout, écrit Giesbert. En particulier à Aubry. S’agit-il de pardon ? Ou plutôt une façon de dire que les flèches ont raté l’adversaire ? Dans une guerre, si l’ennemi sous-estime son adversaire, il ne pourra jamais s’inspirer de sa force pour l’attaquer. Dans une guerre, pour gagner ne faut-il pas avoir la capacité de s’identifier à l’adversaire, ne faut-il pas l’envier, lui prendre ce qu’il a de mieux que soi ? Aubry n’a jamais été capable de ça ! Hollande était pour elle un homme flou… Elle l’a mal regardé ! Qu’est-ce que Hollande aurait à lui pardonner ? Elle n’a pas su l’atteindre !

Giesbert peut d’autant mieux comprendre Hollande qu’il est un journaliste que les politiques, tel Chirac, emmènent avec eux, ils lui font des confidences. C’est étonnant ! Cette proximité ! Chirac qui lui dit : « Vous êtes vraiment un con. » Puis le ramène en voiture, et Chirac en profite pour lui dire pourquoi il ne veut pas de Seguin comme premier ministre : « … il serait tout à fait capable, pour m’emmerder, de refuser in extremis d’aller accueillir avec moi le président chinois à son arrivée à Roissy… » Du coup, on a l’image d’un Chirac sensible au pouvoir de l’autre, qu’il n’écrase pas, mais qu’il désire fiable, tel Juppé. Aubry, elle, serait-elle loyale, à la place de premier ministre ? En tout cas, Hollande comme Chirac sont très loin d’un Sarkozy qui infériorise cet autre qu’est Fillon en le présentant comme un collaborateur… ! Pour Hollande, l’autre réserve des surprises, il ne faut jamais le sous-estimer… Aubry a été tellement moins fine que lui : elle l’a sous-estimé ! « Une cocotte-minute où bout un mélange de fiel et de vinaigre », dit Giesbert d’elle ! C’est que les situations et les personnages peuvent l’aveugler de colère ! Ce qui la désavantage, pour la stratégie ! Mais, concède Giesbert, Martine est rigolote et originale. Martine…

Le problème de Hollande, c’est le PS, écrit Giesbert. Un PS qui n’a pas cessé de l’humilier, de le ridiculiser, mais en douce, sous la table. Sauf que Hollande a semblé n’en être pas atteint. Mais en privé, il est très en colère, et dit que c’est de la perversité, comme si on avait décidé de le faire perdre ou de lui compliquer la vie après. Hollande avait dû acheter les écologistes, pour qu’à leur tour ils se couchent. Une trentaine de sièges aux élections législatives… Plus Cécile Duflot parachutée à Paris, puis ministre… Lamdaoui, fidèle de Hollande, est le laissé pour compte. Le portrait que fait Giesbert de Hollande intègre le fait qu’il puisse perdre des batailles, face à l’adversaire. Un portrait humain. Ce n’est jamais du gagné d’avance ! Pour gagner la guerre, il faut accepter de perdre des batailles ? En tout cas, Giesbert nous montre à merveille à quel point dans sa propre famille politique, ce n’est pas de tout repos pour Hollande ! Il est même d’une famille un peu beaucoup fratricide ! Hollande ne montre rien, il encaisse, et sait que d’autres coups peuvent venir !

Mais, dans son discours inaugural du Bourget, ce n’est pas un personnage que Hollande désigne comme adversaire, mais la finance ! C’est le discours qui change tout, car la bataille n’est plus un enjeu narcissique, il s’agit de s’attaquer à la cause du mal de la France, non plus d’être un Zorro capable de guérir la France par l’argent ! Et Giesbert d’écrire que chez nous, c’est celui qui promet le plus, c’est le plus menteur, qui gagne. Menteur à propos de la finance ? Ce sera toujours la finance qui aura la main, et non pas un personnage politique au sommet d’un Etat ? Il y a peut-être chez Giesbert aussi une sorte d’addiction au pouvoir de l’argent… Mais comme quelqu’un qui a arrêté : son cerveau reste dépendant… C’est comme si ce journaliste, en décelant un gros mensonge dans le discours du Bourget de Hollande, n’y croyait pas, au fait que le peuple français lui-même, et que n’importe quel être humain sur la planète, puisse ne plus être relié de manière ombilicale à l’argent, à la finance, par un incurable lien d’addiction au monde matriciel d’objets de masse achetables. C’est comme s’il pensait qu’on ne puisse pas se sevrer. Et que, par conséquent, Hollande sera impuissant face à cet adversaire, la finance. Il voit Hollande promettre, promettre, promettre, alors qu’il ne pourra pas financer… La finance restera une sorte d’instance non maîtrisable, dictant ses lois, capable de vie et de mort… Hollande pourrait reprendre la main sur elle ? Mensonge, selon Giesbert ! Mais le peuple va le croire… Enfin, et si le changement de mentalité… Le journaliste soupçonne Hollande de ne pas croire à son programme économique, en tout cas il vaudrait mieux. Mais est-ce que le nerf de la guerre de Hollande, une sorte de boussole invisible, est ce programme économique envisagé de manière autoritaire à la manière de solutions magiques, ou bien ne serait-ce pas plutôt le pari d’un peuple de France sevré, responsable, intéressé au plus près par la restructuration profonde du pays, qui ne serait plus fasciné par le monde de l’argent, par les images d’un monde dominé par la marchandise et qui n’attendrait pas tout d’en haut, ayant vraiment élu au sommet l’homme politique qui les représente, qui est l’un d’eux, non pas un monarque ou un Zorro ? Le nerf de la guerre de Hollande, n’est-ce pas une autre façon de vivre, plus simple, plus réaliste, plus mature, qui se détourne de ce que le monde des images à la botte de l’incitation massive à la consommation dicte comme habitudes de vie planétarisées, pour choisir plutôt le maintenant des terroirs, un art de vivre à redécouvrir, pourquoi rêver d’ailleurs alors que nous ignorons les trésors que nous avons chez nous…

Dans le discours de Hollande, mais surtout dans son art de vivre, dans tout ce que dit son personnage, dans sa proximité joyeuse avec les gens quelle que soit leur condition, il y a un changement très frappant dans la façon d’envisager la vie. Et cela ne peut-il pas constituer une manière très subtile d’attaquer le monde de la finance, cette nébuleuse qui fait croire qu’on peut amasser tellement d’argent qu’on pourrait être aussi à l’abri que dans une matrice, ne plus rien faire et ne manquer de rien ? Les riches accepteraient peut-être plus facilement de financer l’Etat, de participer mieux à la redistribution des richesses, si eux-mêmes étaient sensibles à ce nouvel art de vivre, moins dépendant à l’égard de cet autre monde des privilégiés que seul l’argent ouvre, mais où on finit par s’ennuyer, tel DSK. Quand on a tout, quand le pouvoir fait que rien ne peut nous résister, qu’est-ce qu’on doit s’ennuyer !

Mitterrand était sans pitié pour ceux de sa famille politique : Fabius, une chiffe molle, DSK un jouisseur sans destin, Aubry trop méchante pour réussir et qui se noiera dans son fiel, Kouchner qui finira au Club Méditerranée, Mauroy qui n’a que des ambitions locales, Rocard brave garçon qui ne décide de rien…

A l’Elysée, l’enfant-roi n’avait pas prévu que Zorro finirait en Miniman. La France l’empêche de dormir autant que sa dernière-née que sa mère allaite la nuit… Une cause perdue. Giesbert avoue aimer lui aussi les causes perdues… Il pourrait alors aimer le président Sarkozy, il a un air craquant de fille battue qui attend son âme sœur… Mais il est trop sûr de lui, trop pressé… Giesbert aussi se laisse être émotionnellement envahi par une sorte de monde qui sombre, qui retient en arrière. Comme s’il ne croyait pas à un jour qui se lève. Sarkozy son alter ego détesté ? Un président qui a un teint de vieux fromage blanc… « Sarkozy n’est fort qu’avec les faibles, les petits et les obligés. » Rapports de force. « S’il sent qu’il peut y avoir du répondant, il biaise et balise. » Oui, mais aller ferrailler, de la part de celui qui a du répondant, c’est quand même aimer que les relations soient des rapports de force… Si le président peut le traiter d’enculé au téléphone, en tête-à-tête il minaude… Giesbert réduit le fauve à un animal domestique qui réclame sa caresse… Un journaliste sensible aussi au léchage de l’animal domestiqué… Il est lui-même parfois domestiqué : « Ce matin, j’ai décidé d’être un caniche présidentiel… qui aimerait bien décrocher, dans un proche avenir, un entretien exclusif pour son journal… » Cela n’a-t-il pas été un formidable aiguillon, pour Giesbert, cette épée de Damoclès du licenciement sur ordre de Sarkozy dès le début du quinquennat ? Dans le duel, être le plus fort ? Tout en étant gêné par les colères du petit Napoléon toujours en autopromotion… Le plus doué des politiciens, mais le plus vulgaire : bref, balladurien. « Il y avait chez Balladur comme chez Sarkozy la même avidité, la même jouissance et la même obsession du pouvoir. » Tous les deux sans scrupules. Déjà Balladur avait menacé Giesbert : « Faites attention… nous savons beaucoup de choses sur vous… » Goût de Giesbert pour ce jeu, ce rapport de forces. On ne l’abattra pas, il sera le plus fort. Même lorsque Balladur voulait jouer sur la vie privée du journaliste…

L’entrée en lice de Jean-Luc Mélenchon réveille la campagne de François Hollande, qui est en train de s’épuiser. Mélenchon carbure à la haine du riche, de la cupidité et de la goinfrerie, écrit le journaliste. Le staff de Hollande est piqué au vif : c’est aussi leur combat, pas seulement celui du Front de gauche ! Comme si les meetings médiatiques de Mélenchon, sa verve, avaient pour but de visualiser la vitalité du peuple de France, mettant en avant cette matière révolutionnaire : l’humain d’abord ! Mélenchon, en réussissant au niveau médiatique à visualiser un peuple très vivant, qui fait entendre sa voix à ceux qui veulent cette voix, est plus un aiguillon qu’un ennemi de François Hollande. Celui-ci décide d’instituer une tranche d’impôt à 75% : bien joué, cela fait sensation, et Mélenchon est doublé dans son idée de prendre aux plus riches. Giesbert est admiratif, mais sur le plan économique, il est dubitatif… Les économistes du PS sont, pour lui, aussi grotesques que ceux de l’UMP. Les plus riches vont se carapater, la hausse des prélèvements obligatoires n’a pas beaucoup de marge… Le journaliste réduit la proposition de Hollande à une réussite populaire.

Hollande, tel le chat de l’enfance de Giesbert, un vrai chat carnassier, au bedon bien rempli, trompe tout le monde par ses manières douces et modestes. Le journaliste serait-il en train de reconnaître en lui une « bête » politique bien plus fort que ceux dont il a l’habitude ? Un personnage que son contre-pouvoir politique n’arriverait pas à défier, à coucher sur le papier, à réduire par son regard critique ? « Du chat, Hollande a le sang-froid, la nonchalance attentive et une retenue orgueilleuse qui l’empêche de s’abandonner vraiment. » Comme si, pour la première fois, le journaliste célèbre se heurtait à un homme politique qui ne serait jamais dans un rapport familier avec lui, rien d’une sorte de servitude du politique vis-à-vis du journalisme, mais toujours cette forme de distance, cet affichage d’une non dépendance vis-à-vis de la presse peut-être. Giesbert a tellement connu ça avec les autres, ils l’ont tellement fréquenté, appelé, menacé, et cela avait sans doute fait le succès de Giesbert. Et là, ce personnage politique nouveau, il n’est pas du genre à se confier, à être familier, à vouloir manipuler… Hollande n’a rien de Sarkozy, « chien de garde au pedigree douteux, croisement de jack-russell et de pitbull, clabaudeur professionnel, aussi entier que frénétique, dont les extravagantes cabrioles, pour se rendre intéressant, finissent par émouvoir les âmes les plus sèches. »

Hollande est distant, mais Giesbert, bien sûr, ne le lâche pas des yeux, et il ne lui échappe pas que Hollande a des doutes, que des failles sur son visage qui a perdu sa jovialité bonasse le rendent plus humain, et surtout plus proche du journaliste, qui réussit à lui arracher une presque confidence sur la situation épouvantable qu’il va trouver une fois élu. On dirait que le journaliste est presque content de trouver ces doutes qui atteignent un homme aussi tranquille, aussi normal. Un futur président qui s’inquiète de ne pas décevoir… Un ver bien gras le ronge, écrit-il… Il y a peu, il était gorgé de joie de vivre… Giesbert lance alors sa flèche : « Hollande est-il bien l’homme de la situation ? » Les précédents présidents avaient plombé les finances de la France pour ne pas déplaire aux Français ! Hollande, pour ne pas déplaire, fera-t-il pareil ? Comme disait Juppé à Chirac, après que Balladur avait mis à sac les caisses de l’Etat, « On ne peut rien faire avec ce pays ! » Voilà : sous la plume de Giesbert, il y a aussi, on dirait, la certitude d’une sorte d’infantilisme incurable du peuple de France, qui se gargarise de réformisme sans jamais accepter de réformes. Et si un président d’un genre nouveau pariait sur la capacité, au contraire, du peuple de France à sortir de cet infantilisme ? A œuvrer pour une structuration radicale du pays ? Si on commence par sous-estimer, c’est sûr, on n’arrive à rien… Si on reste dans cette logique de l’humiliation, de l’incapacité congénitale, on n’arrive à rien. Mais si, ce peuple, on décide de le voir capable, même en le surestimant, cela peut être autre chose, ce peuple pourrait faire des choses qu’il n’a jamais faites. Il y a un pessimisme, chez Giesbert… Presque un plaisir malin à anticiper l’échec… Il écrit : « La France est la mère patrie des moutons, mais des moutons à gueule de loups. » Hollande pourra-t-il « amener le pays à comprendre que la fête est finie et qu’il faut maintenant remettre de l’ordre dans les finances publiques ? »

Giesbert ne trouve pas de coquins dans l’entourage de Hollande. Pas cette canaille dont Mitterrand avait confié au journaliste qu’elle poussait comme de la mauvaise herbe. Pas de pervers polymorphes, que des gens biens, propres, des âmes blanches, des agneaux sans tache. Par exemple Stephane Le Foll.

Une confidence de François Hollande, quand même, quelques jours avant l’élection, le journaliste a dû être content ! Il évoque la mort de sa mère, deux ans avant, il dit qu’elle aurait été si heureuse de le voir gagner les élections présidentielles, elle attendait ce moment depuis si longtemps ! Une mère fière de son fils ! Une image si humaine, si touchante ! Giesbert tient enfin cette image spécularisée, immobilisée ! Voilà un garçon qui a réussi comme sa mère le désirait, voilà un bon petit ? Dans la confidence de Hollande, il y a pourtant la sensation de la mort, de la coupure du cordon, et l’abandon à une autre vie, celle de président…

Dans le débat télévisé entre Hollande et Sarkozy, Giesbert, le journaliste libre et indépendant qui ne se laisserait dominer ni par Sarkozy le dominant ni par aucun autre homme de pouvoir, voit une logique de domination entre les deux candidats en lice : Hollande a dominé un Sarkozy qui divise l’humanité en dominé et en dominant. Mais s’agit-il d’esprit de domination, de la part de Hollande ? Ou bien a-t-il été supérieur justement en échappant à cette logique du Zorro ? Puis le journaliste ajoute : « Maintenant que les ennuis commencent pour le nouveau président, il lui reste à dominer son programme, son parti et, surtout, le pays. » Encore la logique de la domination ! Et c’est bizarre, d’écrire le mot ennui ! Pourquoi pas le mot difficulté, qui rime avec réalité, avec les choses jamais faites une fois pour toutes, et des autres avec lesquels il s’agit toujours de parler sans jamais sous-estimer ? Pourquoi ne pas voir plutôt le plaisir d’un homme devenu président à se confronter avec les difficultés, plutôt que les ennuis, qui le gâchent, ce plaisir ? Toujours le verre à moitié vide, non pas le verre à moitié plein ! Et Giesbert prévient ! « François Hollande n’a pas droit à l’erreur » ! Il en serait conscient… On dirait que Giesbert la guette déjà, l’erreur, tellement jamais personne n’a pu faire quelque chose, avec cette France incurable… Moi, je préfère parier que le changement c’est maintenant et que François Hollande a droit à la chance ! Et on n’est déçu que parce qu’on a une idée précise de ce qu’on attend. Je préfère la joie des surprises, quitte à surestimer, tellement c’est mieux que la logique de la sous-estimation.

Alice Granger Guitard



 


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