Accueil du site > Opinions > Opinions politiques > Le prix de la dignité ou le carnaval de Gaza

Le prix de la dignité ou le carnaval de Gaza

vendredi 9 janvier 2009, par Bouchta Essette


Bookmark and Share
©divergences.net

Depuis l’aube des âges, l’être humain tend à réaliser un seul rêve qui doit subsumer tous les autres : la liberté. L’objectif, c’est être soi-même, ne devoir rien à personne, réaliser une espèce d’autarcie qui nous prémunisse contre la dépendance, faire ce que l’on veut, quand on veut et là ou l’on veut, voilà en substance ce que recèle ce concept de la liberté. En simplifiant les choses, on peut dire qu’il n’ y a priori rien qui puisse entraver ce désir d’être libre, car, il suffit de le vouloir pour l’être. Encore faut-il souligner que ce vouloir se fait souvent au détriment de tout ce qui puisse nous en détourner. Or un écueil et pas des moindres, émanant de cette même âme qui aspire à sa plénitude, lui dicte paradoxalement, nature humaine exige, de cultiver ce qu’on appelle philotie. L’amour (de soi se révèle en effet un handicap sérieux en ce qu’il est voué à télescoper, voire à éclabousser littéralement cette propension à la liberté. Certes vouloir être libre est une chose, faire montre d’une dépendance absolue à l’amour-propre en est une autre.

Vouloir être libre c’est tendre à réaliser son unité, c’est exprimer une volonté d’autonomie vis-à-vis de tout ce qui peut nous asservir. Mais aimer soi-même - encore faut-il souligner que l’amour de soi n’est ennemi de la liberté que quand il est excessif et despotique, que quand il obnubile notre sens de discernement et nous rend aveugle à ce qui nous entoure- donc aimer soi-même, ai-je dit, de manière incontrôlable, rend cet amour indomptable et tyrannique, tellement égocentrique qu’il finit par transformer l’individu qui a eu le malheur de le cultiver en un être docile ne pouvant se réaliser et s’épanouir que quand il est devenu aveugle à tout ce qui n’est pas lui, à tout ce qui n’est pas à lui.

Le sens de la liberté est productif, celui de la philotie est destructeur. L’œil de la liberté est amour, celui de la philotie est haine et exécration. Le vœu de la liberté est de réaliser la dignité de tous, celui de l’amour-propre est de tuer, en dehors de la sienne, la dignité de tous

Le premier fait abnégation de soi-même et veille sur la dignité de l’Autre, tout autant qu’il veille sue la sienne, avec la même ténacité et la même détermination, le second, avec une témérité éhontée, se persuade que la dignité est une sorte de substance si rare qu’elle ne pourrait être également partagée, et donc pour en avoir, il faut à tout prix empiéter sur les plates-bandes de l’autre pour être seul à s’en abreuver.

L’égocentrisme, ennemi de la liberté pour tous, de la dignité pour tous, est jaloux de ces bien naturels, si jaloux qu’il veut tout s’accaparer pour lui-même. Jaloux, l’Occidental- car c’est de lui qu’il s’agit, si cela est nécessaire de le rappeler- est sans conteste l’incarnation de l’égocentrisme. Il veut faire comprendre aux autres qu’il y a deux types d’humanité bien distincts : les bons et les méchants, les civilisés et les barbares, les savants et les ignorants, les chrétiens et les paganistes, les justes et les injustes, les initiés et les non initiés.

Ayant profité de certaines circonstances de l’Histoire quand la société humaine n’avait malheureusement pas la même possibilité que lui pour se prémunir contre les aléas de la nature, l’Occidental ne s’est pas contenté de sa quote-part naturelle. Ayant profité de la naïveté de l’Autre en lui faisant croire qu’il est l’élu et le sauveur que la Providence lui a envoyé pour le sauver, il lui a proposé la Bible et ainsi, il l’a asservi. Le Moyen-âge – que nous autres non occidentaux qui occupons l’autre rive appelons l’ère de l’obscurantisme – est une étape éloquente et significative. Les clercs (littéralement les cultivés) étaient les seuls à avoir la possibilité d’accéder au savoir et à la culture. Les autres tranches de la société médiévale comprenaient des seigneurs paresseux mais puissants parce que possédant des domaines immenses asservissaient l’autre partie restante : les vassaux. Cette dernière classe n’avait qu’une seul alternative : proclamer son allégeance à ses maître et trimer pour son bien-être. C’est de la sorte que s’est affermie une société compartimentée que distinguent deux paradigmes : les nantis dont les égocentriques et les damnés dont ceux qui aspiraient à la dignité.

Voilà donc bien implantée les bases du Léviathan, cette espèce d’animal monstrueux, cruel, impitoyable et pas aisément perceptible qu’on appelle à juste titre « roi des orgueilleux ». Viendra ensuite le temps de l’impérialisme et du colonialisme des temps modernes brandissant devant des êtres taillables et corvéables des massues si dures qu’elles sont en mesure de dissuader les êtres les plus récalcitrants. : au nom de la liberté, on piétine la liberté des démunis sous prétexte qu’ils sont mineurs et incapables de gérer convenablement leur destinée. Le colonisateur occidental et prétentieux, il est orgueilleux. Il s’arroge le droit d’asservir les autres, ceux qui ne sont pas comme lui. Les renégats. Au nom d’une pseudo philanthropie, il affiche ses prétentions libératrices et civilisatrices. Au nom de la démocratie qui n’est en fait qu’un avatar de la « démocrate », il prétend corriger quand il déforme, orienter pour ne pas dire désoriente, avilir quand il porte le masque du rédempteur. Sa turlutaine de toujours : fais comme moi, sinon tu es une race damnée, descendant éternel de Lucifer, voué à une interminable descente dans les profondeurs des enfers ténébreux. L’égocentrique Occidental prétentieux est atteint de strabisme. Il est obreptice ; sa vérité est la Vérité, sa démoctrature est la Démocratie. Il se permet de commettre les crimes les plus ignobles et les plus exécrables, en même temps, il a l’insolence de leur donner une teinte alléchante en les présentant comme des faits avérés. Héritiers des sophistes, il prétend être en mesure de défendre toutes les causes aussi négatives et inhumaines soient elles quand elles sont avenantes à ses pulsions, et vilipende les autres causes aussi louables soient elles quand elles vont à l’encontre de ses aspirations

Egocentrique et obtus, il croit que sa philosophie, ses principes, sa morale, sa religion, sa façon de voir le monde sont la seule Vérité et ce que pensent ses vis-à-vis ne sont que balivernes, bassesse et bestialité. Quand il terrorise les autres pour rassasier ses pulsions maladives, il affirme le faire au nom des droits de l’homme, de la légitime défense, de la légalité, voire de la légitimité. Quand les autres sont poussés par leur instinct somme toute naturel de conservation, pour défendre leur dignité bafouée, leur liberté jugulée, ils sont traités de Terroristes. Drôle de logique. Paralogisme risible.

L’occidental se donne la liberté de tout faire. La création de l’état d’Israël en 1948 se lit aisément à la lumière de cette perspective. Les Etats unis et la Grande Bretagne entre autres ayant décidé de mettre main basse sur les richesses pétrolières du Moyen Orient devaient penser à un stratagème diabolique : créer un état fantoche , implanter une épine étrangère et cancéreuse dans un corps étranger. De la sorte, ils pourraient légitimer leur présence dans ce nouveau monde afin de le dépouiller à loisir de ses richesses naturelles. Dominer, coloniser, exploiter, tout passe, tout se légitime. Une sangsue impitoyable. Le terrain est propice. Le monde arabe qui est bien chez lui, dans son élément naturel est littéralement dominé. Ses dirigeants, ignorants et grossiers ont à peine la dimension d’un pion que l’Occidental peut déplacer conformément à ses desseins et à ses intérêts. Dirigeants sans direction, ils se vautrent dans la débauche. Le terrain leur est propice : le peuple est dans sa majorité ignorant. L’Occidental s’installe avec sa technologie. Il impressionne et subjugue, manie le bâton et la carotte. A qui mieux mieux. Les dirigeants arabes inconscients et incultes ne se soucient guère du principe de réalité, tellement ils sont sous l’empire du principe de plaisir.

Dans de telles conditions, se constitue une autre dichotomie, un double paradigme : les démunis aspirant à la liberté et à la dignité sont traînés dans la boue, car manquant de moyens de redressement, et les nantis de la seconde catégorie excellent dans le mimétisme et la prosternation. Ils se déshabituent de ce qu’ils étaient pour endosser le nouveau masque de l’Occidental : s’habiller comme l’Occidental, penser comme l’Occident, manger comme l’Occidental. L’Arabe occidentalisé n’est alors qu’un creuset de complexes. Et quand par un sursaut inexplicable d’orgueil il tente d’afficher son arabité au moyen de son burnous, il gigote comme un cabotin mal averti, capable tout au plus de susciter l’hilarité et le sarcasme de son dompteur. De Washington ou de Londres, berceaux du terrorisme institutionnalisé, on lui dicte sa règle de conduite, on le dote juste de quoi museler quelque velléité qui cherche désespérément à saisir cette chimère de dignité et de liberté qu’on lui a confisquée. L’Arabe assimilé finit ainsi par rompre les attaches ô combien solides qui le liaient aux siens, faisant foi en des attaches si ténues de cette laisse par laquelle l’Occidental le tient et le soutient à une distance respectable.

Dans son nouvel accoutrement, avec une identité complètement pervertie, il se pavane en maître incontesté et incontestable. Ne pouvant pas asseoir son autorité sur une légitimité respectable, il table sur une légalité suspecte, et tant qu’il est encore prêt à afficher ostensiblement son allégeance à son protecteur, il est choyé, protégé, contre les intempéries. Quand Saddam a décidé de jeter le froc des amerloques en envahissant le Koweït, toute la communauté internationale férue de démocrature s’est mise à brailler la même antienne ; Haro sur le lapsi, l’envahisseur, le dictateur. Curieux ; Vérité en deçà des Pyrénées, dirait l’autre, erreur au-delà. Entre l’erreur et la vérité, entre la justice et l’injustice, il n y a qu’un pas à faire, un mot à refaire, une logique à défaire. Le juste d’hier devient l’injuste aujourd’hui, hier ami, aujourd’hui ennemi. Les cartes sont à mélanger de nouveau. Et ce sera une autre donne. Le dictateur est à abattre, et son pays ô combien prospère naguère est réduit aujourd’hui, au nom de la démocratie et des droits de l’homme, à la plus ignoble des mendicités. Voilà le parangon de la démocrature occidentale taillée par les juristes occidentaux à la mesure de leur bassesse politique. A l’unisson, tous ressassent la même rengaine, le même mot d’ordre : au nom de l’humanisme universel, on a à charge de libérer le peuple noble d’Irak de l’emprise d’un sanguinaire, quitte à ce que tout ce peuple y passe. Et alors, quand un rejeton a eu finalement l’inspiration de se départir de cette laisse dans laquelle l’Occidental l’a empêtré, en le maintenant dans son éternelle indépendance, il devient par miracle personna non grata. La fin justifie les moyens. Quand on massacre toute un peuple, quand on pratique pour le sauver la politique de la terre brûlée, sous prétexte de le délivrer de ce qui à ses yeux passe pour un sanguinaire, l’Occidental n’hésite pas à légitimer l’illégitime, à légaliser l’illégal. La vérité après tout n’est jamais éternelle ; elle est conditionnée par des données circonstancielles. Passons, L’Irak sera refait. Politiquement. L’Occident a l’habitude de remédier aux situations les plus complexes Pourtant, rien de plus facile que de controuver un Karazay en Irak comme on a inventé son éponyme en afghanistan. La sacro-sainte démocrature occidentale est de mise surtout quand elle s’amène à califourchon sur un blindé ou hermétiquement emmitouflée dans un furtif. Voilà une nouvelle définition de la liberté et de la dignité. Et ce sera toujours ainsi jusqu’à preuve du contraire, jusqu’à ce qu’une force comme celle du Hisbollah vienne intimer l’ordre au sionisme israélo américain de se rendre à l’évidence.

C’est avec ce même esprit arrogant et hautain que le sionisme occidental et son larbin Israël se comportent avec des Palestiniens démunis de tout, sauf de leur dignité. Malheureusement, vérité en Irak, erreur en Palestine. La pratique de deux poids deux mesures si prisées dans le commerce occidental est l’expression fort éloquente de sa duplicité : chasser l’envahisseur du Koweït est recommandé, légalisé au cours des réunions burlesques tenues dans les enceintes des Nations démunies, nations sidérées par les démonstrations sophistiquées d’un Colin Powell expert, (comme ses pairs un Bush spécialiste en boucherie et un Ramsfeld taré) en l’art de mystifier. Mais quand les Palestiniens cherchent légalement, que dis-je ? Légitimement à se libérer du joug de l’occupation sioniste en usant, faute de moyens, de quelques jets de pierres, alors, selon le paralogisme, anglo-américain, Pérès le sanguinaire, est prix Nobel de la paix, son pays est en état de légitime défense, car il ne fait qu’user de quelques milliers de tonnes de bombes et de missiles qu’il largue sur de grands petits garçons qui lancent énergiquement de grosses, grosses pierres pour défendre leur dignité. C’est un véritable bain de sang offrant au regard un spectacle des plus macabres. Et Pokimone, du sommet de son donjon des Nations Désunies lance son appel solennel : « On est désolé par ce qui se passe à Gaza, il faut cesser le feu ». Victimes et bourreaux, sont littéralement, volontairement et délibérément confondus. Le tortionnaire est traité sur le même pied d’égalité que sa curée. Encore et toujours de l’amalgame. Voilà le modèle de la démoctrature occidentale. Voilà le paroxysme de la duplicité et de la mystification. Quant aux autres états occidentaux ils excellent en écholalie quand ils n’adoptent pas un mutisme non moins coupable, même si l’on note par ci par là quelques réactions timides bien en deçà de ce qu’exige une situation des plus tragiques.

Ces pantalonnades burlesques nous rappellent l’arrogance des sionistes lors de leur incursion au Liban en 2006. Au tragique du Liban fait pendant le pathétique des Nations Désunies. On rivalise en Occident à lamponner en usant de diverses métalepses : c’est le Hisboallah qui a été lancer la première pierre, c’est lui qui a eu l’audace de capturer deus soldats sionistes. Il doit les libérer sans conditions : voilà le verdict occidental, comme si les prisions sionistes ne pullulaient pas de prisonniers palestiniens, libanais et autres. . Encore un ces paralogismes occidentaux. Les Israéliens ont le droit d’emprisonner les Arabes, mais les Arabes n’ont pas le droit d’emprisonner les Israéliens.

Le pire dans la duplicité occidentale c’est qu’il incrimine l’innocent et innocente le criminel, il fait du pacifiste un terroriste et du terroriste un apôtre de la paix. Le Palestinien, comme tout être humain qui se respecte, ne veut que réaliser des vœux naturels qui se résument dans la dignité, la liberté. Est-ce trop demander ? Est-ce pour ce genre d’aspirations qu’on doit les déclarer coupables ? Pour être, devaient-ils se taire et subir les brimades et les humiliations de toutes sortes ? Le Hamas voit heureusement les choses bien autrement ; ancré dans ses convictions islamistes (est-ce pour autant un crime que de choisir la religion qui lui plaise ?), à l’instar du Hisboallah, n’est pas près à se faire avales les couleuvres. Elève studieux et assidu du Hisbollah, il incarne tout simplement les valeurs qui font de l’être humain un être humain. : La liberté, la dignité. Et s’il faut une preuve tant soit peu irréfutable de la duplicité de l’Occident, il faut bien la chercher dans l’avènement du Hamas au pouvoir. Procédons par un des raisonnements les plus rudimentaires. Tout en pastichant Danton, disons : « Il nous faut de la démocratie, toute la démocratie et rien que la démocratie, et l’humanité est sauvée ». Soit. Nous, les Arabes, nous n’avons généralement pas l’habitude d’employer ce vocable de « démocratie » à quoi nous substituons le mot de « égalité » (ce qui n’est pas moins opératoire, il faut de dire). On va se livrer tout de même à ce jeu démocratique que les Occidentaux chérissent tant et qui se résume dans ce fameux processus électoral, base de toute sa démocratie. Le Hamas, un mouvement pas du tout retors ni obtus, en accepte les règles, et de l’avis (franc ou inavoué) de tous les observateurs occidentaux, ils font un ras de marée lors des dernières législatives organisées en Palestine occupée. . Mais, phénomène paradoxal, ces élections démocratiques qui ont porté au pouvoir un Hamas tonitruant, est curieusement bien mal reçu par ces mêmes occidentaux inventeurs et défenseurs de la démocratie. Ironie du sort. Ce même mécanisme tant crié est semble-t-il décrié parce qu’il a porté un mouvement rebelle, ne voyant guère les choses de la même manière que ces fanfarons de la démocratie. Ces démocrates invétérés déploient toute leur machine médiatique pour potiner et répandre leurs calembredaines ignobles, tentant vainement de disgracier le Hamas. Mais les Palestiniens, tout à fait conscients de leur responsabilité historique, et à leur tête un Hamas porté à l’apothéose est on ne peut plus déterminé à sauvegarder la dignité de ses concitoyens de ces fourches caudines auxquelles ils étaient assujettis, réagit comme devant une sollicitation paradoxale : « Ce Hamas que vous dénigrez, c’est lui qu’on a choisi ». La maison démocratique occidentale, désenchantée par une pratique politique décevante est complètement désemparée. Que faire ? Le Hamas est en place, il a pour rôle de guider la barque palestinienne, mais sans l’aiguillage des Etat Unis, et c’est cela qui est inadmissible. Un groupuscule de Barbus, nourris d’une philosophie et d’une religion indépendantes va voguer seuls, sans mentor ? C’est ce que fut. Et tels les élus de la caverne de Platon, ils pourront finalement voir la vérité, la vraie vérité, sans fard ni artifice. Entre autres, ils réalisent que la démocratie occidentale n’est en fait qu’un simulacre, un leurre, un stratagème qui a fait ses preuves, des siècles durant, en faisant prendre l’apparence pour la réalité, le mensonge pour la vérité, le dol pour la sincérité, la haine et le mépris pour l’amour et la camaraderie.

Mais avec les rebelles, aussi bien le Hizbollah que le Hamas, ces temps sont irrémédiablement révolus. L’Occident a beau défendre mordicus des thèses éculées, des principes révolus, des ratiocinations détraquées, rien ne passe plus ; Le peuple arabe, se range sans conditions derrière le Hisbollah et le Hamas. Le chef arabe assimilé est largué. C’est vrai qu’il continue encore à se prélasser dans son luxe merdeux, mais ce luxe, non légitimé par l’approbation de la masse populaire, naguère enthousiaste et altruiste, aujourd’hui boudeuse, revancharde et rancunière, a un goût aigre et piquant. Le chef arabe aurait tout à gagner s’il avait dès le départ fait le bon choix : le soutien du peuple, au lieu de tabler sur le soutien de l’occident toujours miné par des conditions insoutenables : soumission, prosternation. Avec quelques jouets made in Palestine, Le Hamas a certes perdu ce « luxe merdeux » qu’on lui a offert pour le soudoyer. En refusant de confier son sort au sionisme anglo-américain, il a en contrepartie su sauvegarder sa dignité, sa liberté. Avec ces jouets : Grad, Al Quassam, Nasser, Aqssa et autres, il a pu mettre une puce minuscule quasi invisible dans le conduit auriculaire du sionisme. Certes, il ne peut pas lui faire beaucoup de mal, en tout cas pas autant qu’il en subit de cette machine infernale déployée en terre, en mer et en air par un sionisme aveugle et sanguinaire, il peut en revanche lui rendre la vie si infernale, si insupportable qu’il finit par le traumatiser au point de le pousser à se terrer comme des taupes dans les sous-sols. Voila ce que nous offre Gaza comme spectacle insolite : une représentation multiforme qui se prête à une lecture plurielle. Les uns verraient là et à juste titre un carnage aveugle, une extermination ou un holocauste étalé par une puissance occidentale inhumaine, car insensible devant les bébés qui disparaissent, les constructions qui s’affaissent, la végétation qui saigne, le poisson qui suffoque sous l’effet de cette armada sioniste qui n’a rien épargné à Gaza, les autres se contentent aux Nations désunis de formuler des expressions de désolation. Mais si le sionisme peut détruire par la force du feu toute créature animée,il y aura toujours une entité qui sera toutous immunisée contre la disparition tant qu’il y a des âmes justes pour la défendre : la dignité, la liberté dont la résistance palestinienne sera constamment l’ange gardien. D’aucuns diraient : voilà un Hamas irresponsable et aventurier qui expose son peuple à un danger certain. Mais Galilée, n’a-t-il pas payé de sa vie sa témérité et son aventure intellectuelle et scientifique, en disant cette vérité aventurière qu’il était alors le seul à voir ? Croyez-vous que la vérité soit visible est évidente pour tous ? Si c’était le cas, il n’y aurait jamais de problème, tant que la vérité est vue de la même façon par tous, et par voie de conséquence ne produisant jamais d’opposition et donc de conflit.

Malheureusement, tel n’est pas le cas. Giraudoux, ne décrit-il pas la vérité dans son Electre comme livide et agonisante ? Les philosophes, ne la considèrent-ils pas comme quelque chose de sacré que seuls quelques initiés peuvent appréhender ? Même si la vérité du Hamas et allusive et symbolique, elle n’en reste pas moins claire et patente, similaire à leurs pairs résistants à travers l’histoire. Et ce ne sont pas les De-gaulistes qui nous contrediraient. La vérité est claire cependant en ce qu’elle est un support solide pour un résistant qui lutte non pour des acquis controversées mais pour la sauvegarde de ce qui constitue la caractéristique commune à toute l’humanité : la dignité, la liberté. Le résistant palestinien est modeste ; il veut être. Tout simplement. Le résistant est toujours un phénix, il finit toujours par renaître de ses cendres. Par définition, le résistant est pauvre. Manquant de moyens de subsistance et de moyens de défense, il fait avec ce que le hasard lui procure au jour le jour. Il est certain d’une chose : il n’a rien à perdre (les biens, il n’en a pas et sa terre est spoliée) ; il a tout à gagner en revanche (sa dignité, sa liberté). Au contraire, le sioniste a tout a perdre, (sa tranquillité, son bien-être) et rien à gagner (il a beau tuer, il vivra toujours dans l’angoisse et l’incertitude).

La logique du résistant palestinien est logique et soutenable, celle de l’occupant sioniste est réprouvée et condamnable. La première est à projet à réaliser, la seconde est vouée irrémédiablement à la disparition. Et puis, quand le résistant subit des pertes en vie humaines, il s’en accommode rapidement parce qu’il est a priori préparé au pire. Pessimiste au départ, la moindre réussite le booste, et le voilà optimiste, prêt à affronter ce Léviathan lugubre et prédateur. Le sioniste optimiste au départ, tout imbu de son armada finira par se désillusionner et sombrer dans un pessimiste noir. Les jouets, même insignifiants du Hamas produisent plus de dégâts que les bombes à fragmentation lancées par les F 16 américains. Ces bombes tuent tout d’un coup et c’est fini. Plus de peur. Epicure ne dit-il pas qu’un sage ne peut craindre la mort, car quand elle est, on n’est pas, et quand elle n’est pas, on est ? Le Palestinien est ou n’est pas : sa lutte est existentielle. Ces jouets palestiniens tuent par à coup, à petites dosse régulières, dérèglent, complexent, dérangent, énervent, traumatisent. Quand le Palestinien est OU n’est pas, le sioniste est ET n’est pas.

Devant cette situation complexe, le clan des Arabes occidentalisés, dit modérés continue à semer la zizanie et à répandre ses tissus de mensonge et ses dénigrements venimeux. : « On les a prévenus, dit effrontément un responsable égyptien, ils n’ont qu’à semer ce qu’ils ont récolté ». Voilà ce que peut produire un esprit taré. Moubarak (et son suiveur), plus soucieux de leur bien-être que de la dignité du Palestinien, déclare non moins effrontément : « Je n’ouvrirai pas le passage de Rafah … », comme si ce passage était son domaine privé, comme s’il était le seigneur et les Egyptiens les vassaux devant lui obéir au doigt et à l’œil. Qu’il soit sûr d’une chose : le Hisbollah et le Hamas resteront invulnérables, car ils incarnent des valeurs immuables et universelles : la dignité, la liberté. Et parce qu’ils sont ainsi, ils finiront tôt ou tard par imposer leur volonté malgré les innombrables sacrifices qu’ils sont obligés de consentir. Car jamais dans l’histoire, aucune résistance n’a été littéralement matée. Et les sionistes, tout comme leurs larbins les assimilés le savent désespérément bien.

N’est-ce pas Bush, le cannibale, qui a eu l’insolence de diviser le monde entre Bons et Méchants ? Au crépuscule de son règne agonisant et de son passage à la Maison noire, il aura été le président le plus stupide que les Etats-Unis ont connus, mais aussi le plus avide de sang et de chair humains. A cause de son Hybris, le cours de l’histoire est complètement dévié. Il y a moins d’une décennie, qui pouvait imaginer qu’un jour viendrait ou le président de la nation la plus puissante et la plus riche, la plus militarisée du monde se réduirait au rôle d’un imbécile que, pour le corriger, on ne daigne même pas se salir la main en le touchant, mais on se contente de lui jeter à la gueule des souliers qui sont très vite devenus le symbole de la résistance pour la liberté, la dignité ? Maintenant c’est chose faite. Il a fallu à ce jeune intrépide Irakien d’avoir un coup de génie pour inventer ce nouveau mode de résistance comme avant lui Abdelkerim a inventé la guérilla et les Palestiniens l’Intifada. Les souliers entrent dans l’histoire de la résistance. Ce pas franchi, le clan des Bons (Bushistes) n’ont qu’à se mettre à pratiquer l’art de l’esquive. La culture de la résistance par le soulier se répandra comme une tache d’huile. L’Occidental sioniste qui foulait aux pieds la dignité et la liberté des humains sera, ô ironie du sort, foulé par ce même soulier dont il narguait naguère ses victimes, avec cette différence : c’est que le Hamas chausse grand. Le carnaval de Gaza se met en branle. L’anomie s’installe. La maison sioniste prend feu et eau. Que faire pour décaper l’eau et éteindre le Feu ? Voilà la question.

Répondre à cet article