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lundi 5 janvier 2009, par Mokhbi Abdelouahab

Motions amères, non-dits et parti pris

Elle en avait envie ; elle a été servie ; elle n’en finira pas de sitôt de déguster ! Ségolène Royal a provoqué un branle-bas de combat mémorable chez les caciques du parti socialiste français (PS) pour lui couper la route à l’accession au poste de premier secrétaire. Le congrès de Reims a entièrement été phagocyté par le scrutin pour désigner le successeur à François Hollande, à la tête du PS. Les perspectives de la présidentielle de 2012 avec en filigrane le rapport des forces qui déterminera le choix du candidat du parti ont occulté l’élaboration d’une ligne politique et idéologique claire. Le charivari fut à la hauteur de l’enjeu. Les médias ont remarquablement restitué l’atmosphère exécrable, que les dirigeants, dont certains se haïssent cordialement, avaient concoctée aux congressistes. Les petites phrases fusaient sur les unes des médias comme des gnons dans une foire d’empoigne. C’est l’impression que garderont sans doute les militants de ce rendez-vous tumultueux mais aussi raté avec le renouveau du socialisme français. A se disputer la rose avec autant de hargne, les apparatchiks du parti en ont oublié les épines. Fatalement, les pétales écrabouillés ont déteint sur le congrès et tout le monde voyait rouge ! Plus tard, chacun pansera ses blessures comme il pourra, mais assurément certaines, plus secrètes, cicatriseront difficilement. Elles resteront ouvertes au moins jusqu’à 2012. Ainsi éperonnés, les esprits finiront par faire lâcher la bride aux ambitions. La combativité n’en sera que plus exacerbée, la lutte que plus féroce.
Emmitouflé dans mon indolence, je me suis laissé engouffrer dans les turbulences de ce 75ième congrès du PS. Les secousses amplifiées par les remueurs de vents du premier rang qui ont le métier dans leurs oreilles éléphantesques procuraient d’agréables sensations. Il y a eu aussi ces jeunes pleins de promesses qui ont vigoureusement soufflé sur les braises. Pour les effets spéciaux, chacun aura mis du sien. Paradoxalement, les vibrations ressenties m’ont reposé de la platitude de notre monde politique. Seul le bruissement des costumes de nos députés levant la main pour amender la constitution m’avait causé une petite frayeur. 500 voix sur 520 ! Vlan ! Ils avaient répété ou quoi ? Sorti de ma torpeur, je me suis tout de suite posé la bonne question : A quel seuil les 20 ont-ils fait grimpé les enchères pour monnayer leurs " Non"? Nos députés sont si soucieux de notre avenir, qu’ils ne rechignent pas à la tâche. Ils avaient tout de même commencé par se préoccuper du leur en se triplant leur déjà grassouillette paie. Très prévenants et bien prévoyants, ils nous rajeunissent la loi fondamentale avant qu’elle ne vieillisse. C’est justice pour notre président! A l’instar de ses prédécesseurs, il aura sa constitution. Chez nous, c’est nickel, sans bavures, autrement dit, "C’est propre et honnête ".
Le congrès de Reims a été donc pour moi, vous l’auriez devinez, une aubaine. Les comptes, les décomptes et les règlements de comptes entre les socialistes furent un bain de jouvence pour stimuler mon activité neuronale, préservant mon encéphalogramme d’un aplatissement irrémédiable.
Démocratie ou jeu de dé ?
L’écart infinitésimal, initialement annoncé, de 0,02%, les tensions et la fébrilité des déclarations nous ont plongés dans un climat chaotique qui contrastait nettement avec l’univers policé de l’UMP de Nicolas Sarkozy où visiblement on n’aime pas le désordre et où aucune tête ne doit dépasser celle du chef. Forcément, les idées ne volant donc pas assez haut, elles ne peuvent s’entrechoquer au point de provoquer des étincelles. La première impression qui envahit l’esprit est celle du gâchis de toutes ces énergies mobilisées des militants. Beaucoup de Français vivent leur militantisme dans les partis ou dans le mouvement associatif comme un sacerdoce. Ils intègrent une famille politique comme d’autres entrent en religion. J’entends, d’ici, le grouillement de leurs récriminations envers les ténors du PS qui affectionnent les attaques ad hominem. « Ça dégénère ! » a fini par lâcher Benoît Hamon paniqué. La déception quand elle se conjugue avec la ferveur et la sincérité de l’engagement engendre de l’amertume. Le PS aurait pu décider du sort de ce duel féminin, auquel s’est réduit le 75ième congrès, par un pile ou face, me suis-je dis. Sitôt, que j’ai esquissé le geste de m’ébrouer afin de chasser de ma petite tête cette pensée saugrenue que voilà la nouvelle qui part de la Moselle et traverse la toile dans un vacarme assourdissant. Les socialistes mosellans l’esprit quelque peu dissipé auraient, tout à fait par inadvertance dépouillé S. Royal de douze voix qu’ils ont naturellement comptabilisé au profit de M. Aubry. Le charme et l’intelligence de l’une et de l’autre excusent amplement la distraction de ceux qui ont manipulé les bulletins. Cependant, une fois l’erreur réparée, l’écart se réduit brusquement et approximativement de 28,6% ! Du coup si l’erreur reste aussi humaine dans toutes les fédérations socialistes notamment celles du Nord et de Navarre, la démocratie version PS de F. Hollande n’est même plus un jeu de dé pour vérifier si l’improbable peut devenir possible mais plutôt un jeu à l’emporte-pièce !
A peine avais-je eu le temps ranger ma calculette, que le Figaro rapporte qu’en Gironde, le premier secrétaire fédéral sortant, mandataire de M. Aubry, avait indiqué qu’une erreur de transcription aurait amputé de 11 voix le score de M. Aubry et en revanche imputé celui de S. Royal de 41. Le nombre réel de votants serait de 63, et non pas 93 comme il aurait été communiqué initialement. Mais enfin, en admettant qu’à Blaye, les responsables de la section du PS soient plus humains qu’ailleurs, on peut s’interroger sur le nombre de verres et de joints qu’il faille se farcir pour se tromper sur la transcription du nombre total des votants et sur la répartition des voix dans un tel climat surchauffé. Toujours est-il que la petite histoire retiendra que de bout en bout, il aura été beaucoup question d’arithmétiques dans la désignation du remplaçant de F. Hollande que véritablement d’idées.
"Recolère"
Non ! Plutôt oui ! La colère monte de nouveau dans les rangs des socialistes, comme toujours ! C’est encore le déchirement. Que tous les sarkosiens et les sarkosiennes se rassurent : de la casse, il y’en aura au PS. Mais "Recolère", c’est du latin ! Ça signifierait repasser, réexaminer ou si vous voulez ressasser. "Commission de ressassement" ? Non, trop de esses, ce n’est pas sérieux, ça passe pas ! "Commission de récolement", c’est bien plus chic, plus viril ! Le parfum du terroir en plus.
Le lundi 24.11, il a été annoncé que La commission de récolement du PS doit statuer sur les résultats litigieux d’une quarantaine de fédérations sur les 105 qui structurent le PS. Arithmétiques ou pas, j’arrête de compter ! Mais auparavant, je tire très bas ma chéchia pour le titre de l’émission C dans l’air de ce lundi " le PS : un parti qui (re) compte ". La France n’est tout de même pas le Kenya encore moins le Zimbabwe. Manuel Valls ne mâche pas ses mots : "erreurs, irrégularités et triches ". Même si ce tiercé émanant d’un lieutenant de S. Royal n’est pas forcément gagnant, il est éligible à une requalification en compte approchant. Nous avons donc eu droit, pour le moins, à un remake de la Floride en l’an 2000 qui a empoisonné la planète avec Calamity George, alias W. Bush.
Il reste aux recoleurs de recoler ! Qu’ils n’oublient pas les retenus sinon ….ils recompteront. Je retiendrais moi que voilà un terme un tantinet mystérieux. Il a l’air mignon comme tout, malgré l’odeur de renfermé qu’il a développé dans les cagibis d’huissiers. Par reconnaissance, les Français devraient coller ce mot aux fesses des vieux pachydermes du PS pour lui avoir donné sa chance à une deuxième jeunesse. A moins que comme France-Soir, vous pensez qu’au PS, c’est "scission impossible ". Auquel cas vous allez devoir les condamner à recoller les morceaux. Je sais ! Exiger du doigté de braves éléphants frise l’insupportable, l’inhumain. On frôle les confins du bestial. Où mettrions-nous les bornes si on dépasse les limites ! Mais n’est-ce-pas injuste que seul le conseil national ait à trancher. Nonobstant le fait qu’avant de recoller, il va bien falloir trancher. Trêve de jérémiades ! Je vous accorde qu’il est plus confortable à un conseil truffé très majoritairement d’Aubéristes de confier "la garde de la vieille maison" (Léon Blum, 1920) à M. Aubry, digne fille de son père, qu’à vous de tacler une dame en talon aiguille, pleine de bravitude, qui plus est. C’est d’un crève-cœur ! Mais le vénérable baroudeur Henri Emmanuelli, plus mal en point que le PS lui-même, vous conjure " Ne vous trompez pas" ! Alors, taclez ! Retenez bien qu’on récolera. Oui ! On recollera aussi ! Mais taclez donc ! On vous promulguera une bonne synthèse pour vous absoudre. Vous serez lavés de tous soupçons d’irresponsabilité !
De la stratégie de l’empêchement
Le mardi 24.11, l’instance du parti compétente valide la victoire de M. Aubry avec 102 voix d’avance qui représentent 0,0744% des 137 116 suffrages exprimés. Soit une participation de 58,87%, ce n’était donc pas la ruée sur les urnes. Pierre Moscovici, l’ancien ministre et député du Doubs, resté très digne après le retrait du leader qu’il soutenait en s’abstenant de faire et de dire n’importe. Il reconnaissait le lundi 24.11 qu’ "On ne saura jamais vraiment qui a gagné le vote de vendredi soir ". Alea jacta est (Le sort en est jeté); Henri Emmanuelli qui a appuyé B. Hamon peut être satisfait. M. Aubry, soutenue par son éléphanteau, n’a pas perdu. Son protégé a profité de ce congrès pour se faire les défenses lors du premier tour du 06 novembre et avait obtenu un score respectable de 18,5%. Sa performance correspond probablement à celle qu’aurait réalisé une urne-corbeille pour récupérer les voix qui se sont refusées, lors du tour de chauffe, aux trois autres concurrents. Il ne possède ni l’envergure ni l’étoffe d’un leader, pas encore, pour conduire le parti et encore moins de tenir la barre d’une ligne politique sur les eaux vives de la mouvance socialiste. La candidature de B. Hamon n’a été possible que pour dresser un barrage arithmétiquement infranchissable à S. Royal au premier tour. Nous ne sommes pas chez les enfants de chœurs, tout est question de calcul. L’arithmétique, il n’y a que ça de vrai ! D’autres personnalités plus crédibles qui étaient sur les rangs se sont désistées. Pierre Moscovici a préféré l’option de soutenir Bertrand Delanoë. Quant à Julien Dray, l’ex-porte-parole du PS mais néanmoins très ambiguë proche de S. Royal, il a manifesté quelques velléités pour s’aligner avant de se raviser. Je subodore chez ce dernier une duplicité qui lui a dicté de se débiner pour ne pas avoir à soutenir S. Royal de façon décisive si les évènements prendraient une tournure qui l’exige. On ne sait jamais assez de quoi, l’avenir sera fait ; dans l’incertitude, il convient de ménager les susceptibilités de F. Hollande. J. Dray a privilégié de soutenir son ami S. Royal du bout des lèvres.. Les siennes sont fines et lui dessinent une petite bouche en cul de poule.
La "stratégie d'empêchement », que François Rebsamen, partisan de S. Royal, dénonce, s’est déployée avec certainement l’aval du premier secrétaire. L’objectif est de disperser suffisamment les voix des militants afin qu’une majorité ne puisse pas se former en faveur de la motion de S. Royal. Elle raflerait ainsi la mise et détalerait la tête dans le guidon en mettant le cap sur 2012. Le deuxième tour était programmé avec un scénario minutieusement mis au point. Les candidatures de B. Hamon et de B. Delanoë ont été les pièces maîtresses du dispositif. Leurs motions, véritables faux pavillons, sous la bannière desquels quelques seigneurs de guerre embusqués derrière des sourires jaunes ont coordonné une guérilla d’harcèlement sans merci pour désarçonner la vaillante dame du Poitou.
Se faisant, ils auront biaisé le seul duel attendu, celui qui concentrait tous les clivages irréductibles par la négociation. L’affrontement Royal-Aubry s’annonçait fécond. En effet, Royal défend l’idée qu’une ouverture sur le centre de François Bayrou serait tout à fait pertinente pour générer une dynamique de conquête du pouvoir. Elle n’en a pas fait pour autant un thème casus belli. Des ennemis, elle n’en manque pas ce qui l’a incité à ne pas en rajouter. Mais je la soupçonne - c’est pour rire- d’avoir une petite faiblesse, une certaine prédilection pour les François ! (Mitterrand, Hollande, Rebsamen et Bayrou). Pour M. Aubry, le salut passe par la revivification des fondamentaux du socialisme français. L’ex-N° 2 du gouvernement Jospin n’avait pas commis fortuitement les "35 heures". Objectivement, le mouvement porté par la Maire de Lille pourrait revigorer les esprits traditionalistes ou puristes -c’est au choix !- pour animer les longues soirées hivernales avec des discussions houleuses qui déboucheront sur l’écriture de discours flamboyants, débordants de générosité et de promesses de lendemains qui chantent. Mais qui laisseront les masses laborieuses, le peuple de gauche –si vous y tenez!- transis de froid par ces temps de récession.
Le grand perdant
Craignant l’incident de parcours qui contrarierait la petite balade de santé à laquelle s’est apprêté B. Delanoë, ses amis qui l’imaginaient déjà tenir les rênes du parti ont bien tenté de dissuader B. Hamon de se présenter. Peine perdue, le quadra de la bande va vite et croit dur comme fer qu’il possède " un monde d’avance" (intitulé de sa motion) sur ses adversaires. Elisabeth Guigou, député PS de la Seine-Saint-Denis voit dans le maire de Paris " un bon choix pour 2012». Jean Glavany, député des Hautes-Pyrénées, estime qu’il représente " une synthèse pour le PS ", Pierre Moscovici, député du Doubs, Michel Rocard qui le soutint " par urgence ", Lionel Jospin l’a fait " pleinement " et même Claude Allègre. Ce dernier, à un détail près, est cet autre Jacques Attali de la nébuleuse socialiste. Ils savent tout sur tout. Le détail ? Ses raisonnements sont si parfaits qu’ils le conduisent dans les impasses que nul ne dénicherait sans lui.
Parti favori, pour le scrutin du 6 novembre, le maire de Paris recueillit 25,2% des suffrages. Il occupe la deuxième place, relativement loin derrière S. Royale avec un score honorable de 29%. A Paris, dans son fief, B. Delanoë ne réalise que 37 % des suffrages. Dans la section Jean-Baptiste Clément du XVIIIe arrondissement de Paris où B. Delanoë est inscrit, S. Royal a obtenu 53,6% des voix. Pour M. le maire, c’est la Berezina ! Tout ça pour ça.- Le camouflet est cinglant pour lui mais aussi pour ses amis, L. Jospin en tête. L’ancien Premier ministre de Jacques Chirac a certainement ressenti le souffle de la claque encaissée par B. Delanoë. Ce dernier groggy, revient à la réalité politique avec une versatilité inhabituelle chez lui. Ses premières postures après la débâcle le montrent décidant pour se déjuger l’instant d’après. La puissance du choc l’avait profondément désorienté. Qui mieux que L. Jospin peut comprendre son désarroi. Malheureusement, le souvenir douloureux de la raclée d’avril 2002 est encore vivace. Il s’est fait éliminer au premier tour par un Jean-Marie Le Pen sénile, lui qui reprochait au fringant Jacques Chirac son âge. Il ne peut donc rasséréner le maire de la capitale. Les militants ont probablement été vexés que l’on circonscrive outrageusement leurs désirs d’avenirs à une gentille bronzette sur Paris-Plage ! Le marketing politique a donc les limites que les électeurs finissent toujours par lui fixer.
Maman au secours, Jospin revient !
Lionel Jospin a probablement tenté un retour insidieux, agrippé aux basques de B. Delanoë. Il a fait chou blanc. La liane trop frêle n’a pas supporté deux calebasses. Voilà donc que L. Jospin, encore une fois, reste sur le carreau. Juste pour rappeler que sa désertion précipitée de la scène politique en 2002 a exacerbé une crise latente chez les socialistes français. Le socialisme français constitue-t-il une alternative au capitalisme ou doit-il se contenter de gérer en atténuant les répercussions sociales les criardes et les plus insoutenables ; de le moraliser, pour faire court. Le hic est que les deux idéologies, socialisme et capitalisme sont récalcitrantes à toute morale ; pas de morale pour la société pour l’un, pas de morale pour l’économie pour l’autre. C’est ce mal chronique qui a dégénéré en crise pendant le congrès de Reims. L’émoi des congressistes suscité par les déchirements au point de craindre pour l’existence du deuxième parti de France ou du moins son effritement avait atteint son paroxysme. Cela montre bien que la maladie dont parle Michel Rocard dans son diagnostic sur les convulsions est induite par la pénurie d’idées pour affronter les réalités socio-économiques d’aujourd’hui. Cogito ergo sum (je pense donc je suis), en bon cartésien, on se doit d’y souscrire. Pour l’ancien opposant puis premier ministre de François Mitterrand, il s’agirait pour le PS d’assumer idéologiquement l’inéluctabilité de l’économie de marché ou plus exactement accepter de faire " fonctionner la société de marché ". M. Rocard, ici, plaide pour S. Royal mais il la déteste assez pour ne pas s’en apercevoir.
Car Ségolène Royal, tout en ne sortant pas des clous d’une voie social-démocrate, apporte une réponse claire, courageuse et novatrice. Elle s’attire ainsi les foudres de guerre de tous les hiérarques du PS. Les audaces de la dame interpellent ses adversaires et les obligent à une sorte de Sainte-alliance dirigée contre elle. Le climat d’hypocrisie a opacifié les enjeux de l’impitoyable bataille pour le leadership. Le congrès de Reims ne peut-être cerné de manière cohérente qu’en traquant les non-dits.
Les non-dits
Il n’y a pas plus assourdissant dans le vacarme des échauffourées des plénières orageuses que ce qui est occulté. Il suffit de glaner les mots que tout le monde évite soigneusement d’utiliser pour reconstituer ces non-dits. Vouloir la direction du parti c’est prendre une option pour la candidature à la prochaine présidentielle. La tradition française légitime largement cette stratégie. Ce fut le cas pour les présidents Valérie Giscard d’Estaing, avec l’UDF, Jaques Chirac avec le RPR, François Mitterrand avec le contrôle du PS à partir du congrès d’Epinay et enfin Nicolas Sarkozy avec l’irrésistible prise en main de l’UMP. Pourquoi en faire grief à S. Royal ? A-t-elle tord d’annoncer sa couleur, de se fixer un objectif pour qu’en attendant demain (2012), le temps lui paraisse moins long?
Concernant B. Delanoë, il aurait été noir ou se serait appelé M’barek Robbama1, on sonderait les Français en long, en large et en profondeur pour savoir s’ils sont prêts à l’élire. La question s’est posé à propos de l’éventualité d’une présidente de la République femme. Si S. Royal n’est pas la première femme candidate, elle fut la première à avoir été constamment en situation de pouvoir décrocher l’écharpe présidentielle. En revanche l’homosexualité du maire de Paris, assumée pourtant publiquement, est un tabou qu’aucun socialiste n’ose transgresser. Il aurait été pourtant naturel d’évaluer les chances de B. Delanoë dans une présidentielle, de mesurer l’impact qu’aurait eu le profil sexuel du premier secrétaire sur l’efficacité d’une campagne électorale conduite par le PS pour faire élire un autre candidat ou tout simplement mesurer les éventuelles distorsions que subirait l’image du PS chez les français.
Lorsque B. Delanoë se relève, encore sonné par les résultats du 6 novembre, il réagit logiquement. Il demande que le front anti-royal se restructure autour de sa motion, classée en deuxième position. Conformément à ce qu’il avait assuré aux délégués fédéraux : " En cas d’alliance avec la motion de Martine Aubry, le candidat doit être issu de nos rangs, puisque nous sommes arrivés devant ". Qu’est-il intervenu pour que sa détermination s’annihile mystérieusement. A-t-il subi des pressions pour céder sa place de deuxième à 25% à M. Aubry pour affronter S. Royal au deuxième tour ? Il est évident que ce n’est pas pour satisfaire une impulsion philanthropique. Dans un premier temps, il refuse de prendre parti pour l’une ou pour l’autre. Encore moins par galanterie, les dames ce n’est pas sa tasse de thé. Se serait-il douter qu’on l’aurait tourné en bourrique, à l’insu de son plein gré, en lui faisant jouer un rôle de supplétif ? Il y a comme un souci avec la glasnost au PS ! Contrairement à l’intitulé de son texte "Clarté, Courage et Créativité", B. Delanoë n’a été ni clair, ni courageux pour créer une quelconque surprise à Reims.
La pôle position
La veille du premier tour Jean-Marc Ayrault mettait en garde : "Si aucune motion n'arrive en tête, si tout le monde arrive dans un mouchoir de poche, ce sera la combinazione, la magouille au Congrès". Le ralliement résigné de B. Delanoë au camp de M. Aubry est si artificieux qu’il empeste la combinazione. Politiquement, le maire de Paris se situe aux antipodes de la fille de Jacques Delors. Bien qu’il ait mis sous l’étouffoir son credo, il a tout de même commis un livre pour expliquer combien il était le plus beau tant il se targuer d’être "socialiste et libérale ". Au congrès d’Epinay de 1971, où François Mitterrand clamait sa fetwa : "celui qui n’accepte pas la rupture avec l’ordre établi, avec la société capitaliste, celui-là il ne peut-être au parti socialiste ", il aurait été sorti manu militari. Autres temps, autres mœurs. Tandis que M. Aubry, criant à gauche toute et se déclarant investie de la sauvegarde de l’orthodoxie socialiste, la gardienne du temple, lui ouvre les bras.
Ségolène Royal constate, avec beaucoup de lucidité, qu’à l’épreuve du pouvoir les socialistes ont commencé très tôt à s’édulcorer. Ce qui eut pour conséquence le départ des communistes du gouvernement Fabius en 1984. Fabius avait carrément noyé le vin des socialistes. La désormais candidate pour 2012 en tire une conclusion limpide : il ne peut y avoir de conquête du pouvoir par les socialistes que si le centre accepte de leur faire la courte-échelle. Elle n’oublie pas que François Mitterrand avait régné sur la 5ième république durant deux septennats avec un parti qui ne valait pas plus d’un petit tiers de l’électorat français. Aujourd’hui, sur le plan électoral, le parti communiste est laminé. Marie-Georges Buffet n’a rassemblé que 1,93% des électeur au 1ier tour de la présidentielle 2007. Olivier Besancenot aussi télégénique qu’énergique quand il pourfend le capitalisme, ne pas faire foule à lui seul même avec les sympathiques 4,08% qu’il avait séduit. S. Royal fait véritablement bouger les lignes du côté de la victoire c'est-à-dire du coté de sa droite étant entendu qu’à sa gauche le compte n’y est pas. Malgré la pole-Position de S. Royal, son écurie s’évertue formidablement à refuser de gagner avec elle. Pourquoi ? Taperait-elle dans le mille quand elle déclare au Monde -le journal, bien sûr- "J'ai un contact particulier avec le peuple. Cela fait ma force et intrigue certains." ? On ne jette des pierres qu'à l’arbre chargé de fruits, le proverbe est bien français. Les haines que la nomemclatura socialiste déverse sur elle sont plus que proportionnelles à sa popularité chez les militants. Les Français semblent pourtant tentés d’essayer si ce n’est une autre force du moins un changement tranquille mais pas nécessairement dans la continuité. Effectivement, beaucoup de ses sympathisants lui reconnaissent une dégaine, une aura et une ascendance toute mitterrandienne. Elle pallie l’aptitude intellectuelle à séduire de Mitterrand par une séduction toute naturelle.
Aubry, ligne ou gribouillis politique ?
L’appel de B. Delanoë à ses électeurs pour se reporter " massivement " sur le nom de M. Aubry n’a pas de sens politique. Ajouter le fait que les strausskahniens et les fabusiens se disent les artisans de la victoire de Martine Aubry. Vous auriez noté que Dominique Strauss-Kahn que ni les yeux de la belle Anne Sinclair ni la crise mondiale ne détournent de ces préoccupations favorites se retrouve avec L. Fabius, amateur de carottes râpées et qui s’achètent des croissants chauds à l’heure où les caméras sont là pour le « surprendre ». En juillet 1984, nommé par François Mitterrand à la tête du gouvernement en remplacement de Pierre Mauroy, L. Fabius fit grimper la bourse, avant de bouger son petit doigt, (de mémoire) de 30%. C’est dire combien ce socialiste faisait peur aux patrons. L’embellie estivale passée, la bourse avait repris son mouvement vers la baisse. L. Fabius peut se prévaloir d’avoir réussi à réconcilier les Français avec le monde de l’entreprise et le profit. Sa recette avait consisté à défaire ce qu’avait entrepris Pierre Mauroy. C’est loin d’être une tare d’inscrire à son palmarès ce type de trophées. Mais dans un CV cela ne vous laisse aucune chance devenir le mentor de celle qui revendique de conservatrice en chef des dogmes socialistes. Enfin, il aurait incarné les aspirations du peuple de gauche, cela se serait su depuis longtemps ! Si le plus jeune premier ministre que le plus monarque des présidents français avait offert à la France, a toujours eut le vent en poupe il n’y est pour rien. La faute est au vent. Boosté par la baraka médiatique, il vous vendrait ce vent dans des filets. Hier, censé être porteur de ligne politique se distinguant suffisamment de celle de DSK pour l’affronter dans la primaire de 2007 du parti socialiste. Aujourd’hui, les fidèles de ces deux lascars se rejoindraient sur le programme de celle qui ne devait pas perdre. Jack Lang qui ne perd pas le Nord, fait remarqué que la désormais premier secrétaire a aussi gagné grâce à B. Hamon. C’est la façon de Jack Lang de squatter sans paraître comme un indu-occupant. A mon humble avis, si d’aventure on tenterait une synthèse entre tous les artisans de la victoire de M. Aubry, François, Bertrand, Dominique, Laurent, Benoît et – allez soyez indulgent !- Jack, il n’en ressortira pas de ligne mais un invraisemblable gribouillis politique.
Un air de famille avec Nicolas !
Encore tout récemment, Jack Lang trémoussait de plaisir dans la petite lucarne du petit écran où il démentit sa nomination à la tête de France-Télévision par N. Sarkozy. "C’est un canular ! " dit-il. Cela aurait été vrai qu’il ne s’en réjouirait pas autant. C’est un travail qui ne vous ne fera pas que des amis. Trop prenant et Jack est si occupé à se démener pour étaler sur le toit des médias ses accointances avec N. Sarkozy. Le soleil, il s’en moque pourvu qu’il ait sa place sur les unes. Inquiété à Blois pour absentéisme chronique sur le terrain, Il a accepté de s’exiler dans le Nord au sein de la première fédération socialiste pour pouvoir survivre dans la peau d’un élu. En vérité, la politique c’est sa couverture pour blanchir ses fantasmes. Tant pis pour le teint blafard !
L. Fabius ne boude pas son plaisir, non plus. Quand il est reçu à l’Elysée, son sourire laisse transparaître une fierté de coq. Pour la crête, il s’est depuis déjà belle lurette fait son deuil. Une chose est sûre, il n’est pas le plus complaisant ni le plus désinvolte vis-à-vis de N. Sarkozy, mais jamais le plus méchant ! Nous ne sommes pas en 1986, N. Sarkozy n’est pas Chirac, Fabius n’est pas un roquet ! Mais après qu’il ait eut droit à " la pelle du 18 juin " (Le Canard Enchaîné) quand il menait en tête la liste socialiste aux élections européennes du 18 juin 1989, quoiqu’il fut élu, il ne peut pas prétendre incarner le prolétariat rien qu’en s’affichant avec M. Aubry.
Le cas DSK
La France serait devenue ce désert d’incompétences, pour que Nicolas soit contraint de proposer le nom de Dominique Strauss-Kahn (DSK), son ex-adversaire potentiel, ex-candidat à la candidature du camp d’en face, pour diriger le FMI. En vérité, DSK a reçu cash sa gratification de la part N. Sarkozy pour service rendu. Ce service à consister bien sûr à travailler le poisson, Royal, en 2007. Les yeux mi-clos qui lui donnent un air de parrain, la carrure d’un Premier ministre qui l’avait handicapé contre S Royal pour la primaire 2007, dit Jean-Luc Séguillon, mais pour le FMI, le physique est parfait pour l’emploi. Du moins pour ce qu’il entend y faire !
Pour faire honneur à sa réputation d’homme qu’il faut à la place qu’il faut, DSK avait magnifiquement choisi le moment pour se mettre sous les feux de la rampe. Il a opté de surfer sur la vague du tsunami provoqué par la crise financière pour étaler ses turpitudes, juste avant la rencontre de N. Sarkozy avec Georges Bush à Camp David. Malgré son abnégation pour tripoter en territoire américain, entre deux commentaires sibyllins sur le séisme frappant la finance mondiale, une subordonnée hongroise, Piroska Nagy, mariée à un Argentin pour tromper sa femme française, il n’a pas réussi, à son défendant, à ajouter une crise diplomatique à la crise économique. Ni de crises conjugales, Sa femme merveilleusement soumise n’est pas jalouse pour…un sou et le mari de la maîtresse se défend d’être à l’origine de la dénonciation, histoire de dire au monde son bonheur d’avoir été cocufié par DSK. Presque vexant. Les amis journaleux de DSK nous apprennent que c’est le FMI que l’affaire mettrait dans l’embarras parce qu’elle se révèle similaire à celle ayant entraîné la démission de Paul Wolfowitz, l'ancien président de la Banque mondiale, en mai 2007. Pour échapper à cette funeste issue, le FMI vole au secours de son patron et le disculpe du chef d’accusation de népotisme. DSK n’avait pas eu à esquisser le moindre menu geste de défense. Si ce n’est cette lapalissade exquise sur ces affaires de relation intimes « …je n’ai pas abusé de ma position… ». On peut le croire, il y a si longtemps qu’il n’a plus vingt ans ! Son fidèle Jean-Christophe Cambadélis, énergiquement inconditionnel, peut pérorer, "DSK conserve son statut de présidentiable ". Après le monde donc, DSK sauvera la France ! Pour le moment, elle respire !
Le Wall Street Journal revient à la charge avec une seconde affaire de favoritisme au profit d’une belle jeune femme française Émilie Byhet, fille d'un couple d'amis de DSK. Elle avait déjà travaillé pour lui en alternance avec son stage de master à Sciences-Po, témoigne un de ses anciens camarades. En 2005, elle a rejoint, l'équipe de campagne de DSK à l'investiture socialiste pour la présidentielle. De fait, son nom figure sur une liste de « 1000 jeunes socialistes pour DSK », datée du 15 novembre 2006. Mais c’est le hasard qui faisant toujours bien les choses l’aurait faite sélectionné pour un stage au FMI. Sous-entendre le contraire relève du complot contre la France. Derrière l’acharnement du prestigieux journal financier, les russes se planqueraient avec leurs intentions belliqueuses. DSK aurait été donc victime de la main de l’étranger, bien connue chez nous. Si ce n’est pas cela, c’est alors la faute à ce satané puritanisme de l'Amérique des WASP "white anglo-saxon protestant", allergique aux travaux pratiques relatifs aux grivoiseries innocemment franchouillardes. Des Russes aux Américains, c’est le grand écart ! Mais DSK vaut bien un french-cancan. Il a été blanchi ! Il serait probablement opportun de proscrire le blanchiment par le FMI. La salubrité de la communauté internationale est à ce prix !
DSK est obstinément non coupable dans les indélicatesses qui lui sont reprochées. L’affaire de la MNEF s’est conclue opportunément par un non-lieu en novembre 2001 pour lui permettre d’accompagner le candidat Jospin jusqu’à la défaite du 21 avril 2002. C’est l’innocent parfait d’autant qu’il a l’intelligence de ne surtout pas nier totalement les faits et de presque plaider coupable. S. Royal fut la seule en France à s’être retrouvée au cœur d’une polémique. Avec une déclaration soft, on ne peut plus raisonnable. "J'espère qu'il sera blanchi dans cette histoire, parce que sinon, pour la réputation du sérieux et de la compétence de la France, ce serait très embêtant". (Déclaration sur Canal +, dimanche 19 octobre). avait-elle commenté de manière tout aussi incolore qu’indolore. Elle s’est retrouvée mise en examen médiatiquement pour avoir cassé le consensus hexagonal en faveur de DSK. Le mot d’ordre est de le soutenir contre vents et marées surtout au moment où le tsunami financier atteint les côtes de l’économie réelle. L’image de DSK méticuleusement entretenue dans les médias est largement surfaite. Le discours flatteur autour de ses capacités n’a même pas convaincu les socialistes, il ne passe décidément pas la rampe. S. Royal fortement attaquée par les mêmes journalistes amis de DSK soulève manifestement plus d’espoirs, voire même une espérance. En revanche, pour DSK, quel que soit l’impair qu’il commettrait la seule déconvenue qu’il risque est de se couper en se rasant chaque matin.
La synthèse par Blair !
Il existe une étrange proximité entre N. Sarkozy et certains leaders socialistes qui n’ont pas franchi âmes (sic !) et bagages la frontière entre la gauche et la droite, autrefois bien hermétique. Tout se passe comme si une frange non négligeable de la mouvance Aubry est sous le charme permanent du leader de la droite. Lui-même semble constamment admiratif du tout-venant socialiste. Pour tenter de voir clair dans ce climat brumeux où la réalité des clivages idéologiques s’estampe mystérieusement, il faut intégrer, à mon avis, l’effet Tony Blair. Avec sa "troisième voie ", Tony Blair évoque un Mouammar Kadhafi démocratique donc moins intempestif, plus réfléchi. Autrement dit, Kadhafi est un brouillon de Blair ! L’ancien Premier ministre anglais doit sa réussite à son manque totale d’inhibition pour venir, avec son auréole d’homme de gauche, caresser dans le sens du poil le néolibéralisme triomphant. C’est donc tout naturellement qu’il est devenu le caniche du président américain le plus conservateur. A telle enseigne qu’il a fallu lui inventer un néologisme bizarroïde qui associe le préfixe de néo au passéisme qu’évoque le conservatisme. Aujourd’hui, il suffit de prononcé le nom Bush pour exprimer jusqu’à quel point un homme politique peut être mauvais, inculte et irresponsable. Si on cède à la tentation pour croire en Tony Blair quand il dit : "Une chose est aussi importante que la distinction traditionnelle entre la gauche et la droite : c'est la différence entre une politique se tourne vers l'avenir et une autre qui s'accroche au passé". C’est pour se demander tout de suite de quel côté se tourne-t-il quand enviant il sort le grand jeu pour haranguer le conseil national de l’UMP (12.janvier 2008) afin que les français prennent conscience du bonheur qu’ils ont d’avoir décroché le gros lot en ayant la " la chance d'avoir Nicolas Sarkozy comme président". Effectivement, son admiration pour N. Sarkozy n’est pas feinte. Blair a été pour les travaillistes ce que Sarkozy est à la droite française. Vous êtes de droite, regardez à gauche et inversement. Rassemblez tout ce qui n’espère rien de vous et dites "je vous ai compris " et le tour est joué. Mais pour qu’il réussisse soyez plus convaincant ; répétez ! Un peu de hauteur, à la manière du général, pardi !
Le déclin de l’hégémonie néolibérale auquel la crise actuelle a ouvert la porte entraînera-t-il la dégénérescence précoce du blairisme et emportera-t-il prématurément le sarkozysme. Certains le souhaitent à haute voix. Pourtant c’est à ce même Tony Blair que Martine Aubry avait commis une très élogieuse préface, en 1997, à l’édition française de son livre "La nouvelle Grande-Bretagne, pour une société de partenaires ". Bien qu’elle l’ait regretté, " je pensais qu’il était plus à gauche ", aurait-elle dit, elle ne peut pas décemment ramener sa sympathique fraise avec l’air de dire " je suis l’expression pur fruit du socialisme français ". Son clan surligne toujours que M. Aubry est, quelque part, le fruit qu’en fît son père, Jacques Delors, pour mieux faire valoir l’atout de son ancrage familial. Encore que, dans une interview au nouvel observateur (mars 2007), L'ancien président de la commission européenne reconnaissait avoir de la ". sympathie pour Bayrou ". Mais surtout relevait favorablement que le dépassement de lignes de S Royal, lui permet de se faire "entendre des Français ", en défendant "l'autorité" et la "famille".
Les détracteurs de M. Aubry peuvent toujours lui rétorquer, en s’aidant d’un zeste de sagesse ibérique, que l’arbre se reconnaît plus par ses fruits que par ses racines. À l’évidence, ceux qui la dépeignent en nonne socialiste, dépourvue d’ambition personnelle autre que celle de vouloir le paradis pour les prolétaires savent qu’ils forcent les traits. La nouvelle patronne du PS, ancienne N° 2 du groupe Péchiney n’est pas née de la dernière pluie. Elle a largement appris à jouer avec les concessions qui ressemblent parfois à des compromissions. La démagogie, ça la connaît aussi ; simplement, elle en joue avec plus de virtuosité que d’autres.
La toute nouvelle locataire du bureau de la rue de Solferino se retrouve à la tête d’une coalition hétéroclite. Ses relations avec DSK ont été une source intarissable pour les chroniqueurs. Eminence grise de L. Jospin, elle a longtemps fait broyer du noir à DSK durant les innombrables nuits blanches qu’il a du passé en raison de leur relation conflictuelle. En 1995, porte-parole de la campagne présidentielle de Jospin, elle avait profité pour sevrer DSK de télévision. Il a fallu toute l’habileté de Daniel Vaillant qui intercéda en sa faveur pour qu’elle consente à lui accorder quelques interventions. Au gouvernement, leurs incompatibilités politiques ont nécessité plusieurs arbitrages de L. Jospin lui-même. Il le fit souvent en faveur de son n°2 et aussi un peu l’égérie. Aujourd’hui à peine investie avec l’intention de " changer [tellement] à gauche " (c’est l’intitulé de sa motion) que même Raffarin la trouve bonne pour le job, voilà que les sondeurs se remettent à prédire l’avenir des uns et autres. DSK, l’homme le plus adroit de la droite de la gauche, serait, annonce-t-on le candidat préféré des militants pour 2012. Pour rappel, Le 16 novembre 2006, lors de la primaire pour la candidature socialiste à la présidentielle, S. Royal a été plébiscitée par les adhérents avec 60,62 % des suffrages, devançant largement DSK (20,83 %) et L. Fabius (18,54 %). Il est possible qu’avec les bêtisés déjà commises au FMI, DSK a du gagné en compétence. Rassure-toi Ségolène, ce sont ces mêmes liseurs dans le marc de café qui avaient pronostiqué " l’impossible défaite " à Lionel Jospin en 2002.
Avantage, Ségolène !
Si le cœur des socialistes balance entre l’ex-candidate à l’élection présidentielle et la maire de Lille, honnêtement, le mien flanche pour Ségolène Royale. Ses yeux, son regard me font craquer. En 2007, beaucoup de France s’y est miré : Elle avait séduit 17 millions d’électeurs. Quand je me laisse pousser dans une doucereuse expectative par le charme de sa rivale, d’un sourire radieux, elle pulvérise toutes mes réticences. En dépit de l’arithmétique, j’accorderais donc l’avantage à S. Royale. Sur son seul nom, elle rassemble le tiers des socialistes au premier tour. Des esprits chagrinés se consolent en notant que 70% n’ont pas voté pour elle. Relever le fait c’est déjà mettre en exergue la solitude de S. Royale et l’ostracisme dont elle est l’objet. Elle est bien la cible à abattre. Ils font mine d’oublier que dans le premier tour, les candidats jouent chacun pour soi. Cela corrobore ce dont personne n’est dupe. La notoriété que l’ex-candidate a engrangée durant la présidentielle ne lui ouvre droit à aucun bonus de considération. Insensible au charisme qui émane de la séduisante présidente poitevine, le PS s’apprête à redonner le même coup de pouce à N. Sarkozy qu’en 2007. S. Royal est désormais indétrônable pour camper le rôle de la pasionaria de gauche. Elle en a tous les atouts, les atours et les contours politiques. Je crains même que toutes les vacheries, les vilenies et autres trahisons que son propre camp lui a réservées durant la campagne présidentielle ainsi que ces alliances hypocrites qui se sont fédérées, parfois in extremis, ne finissent par l’élevaient au rang de madone.
Organisé par un parti dit de gouvernement, La mascarade électorale du congrès de Reims exhale des fragrances d’amateurisme inadmissible. Le secrétaire général, répudié aussitôt que la campagne présidentielle 2007 fut bouclée, pour infidélité n’aurait-il pas, à l’insu de son plein gré, cherché une revanche personnelle sur son ex-campagne ? Rappelez-vous ce ton ferme et sentencieux de Ségolène Royal "J'ai demandé à François Hollande de quitter le domicile, de vivre son histoire sentimentale de son côté, désormais étalée dans les livres et les journaux... ". SDF du jour au lendemain mais il l’avait bien cherché ! Il lui est difficile de dissimuler les ressorts psychologiques de son soutien sans ambiguïté à B. Delanoë pour lui succéder. A défaut d’avoir des idées pour les socialistes, F. Hollande a pu vouloir entériner en position de force, aux yeux de tous, le "divorce" avec la mère de ses enfants. La boutade d’Arnaud Montebourg sur le plateau du Grand Journal de Canal+, affirmant pour " rire", bien sûr, que "Ségolène Royal n'a qu'un seul défaut, c'est son compagnon ", si elle n’est pas parue en janvier 2007 lumineuse, elle doit resurgir inévitablement, dans tous les esprits présents au congrès de Reims. F. Hollande, qui malgré son intelligence, voire sa pugnacité, n’a jamais pu irradier une image suffisamment crédible pour lui frayer un chemin vers une destinée élyséenne. La bonhomie rayonnante de ce bébé joufflu de la galaxie socialiste l’a indubitablement condamné à être au service des autres. Un bon point ! On dit chez nous qu’accepter de servir les hommes, c’est accepter d’en être leur seigneur ! En dépit de la sympathie qu’il inspire, on peut s’interroger sur sa capacité à mettre entre parenthèse la gestion de son contentieux affectif avec S. Royal pour s’investir sereinement, sur le plan politique, contre elle. Rompre une relation avec une femme au bout de quatre enfants et de trente ans de vie commune est certainement bouleversant. Si ce n’est pas un tsunami, c’est une grosse tempête qu’on essuie, tout de même ! La séparation sans fêlures, sans douleurs et surtout sans rancunes reste à inventer. Que les sentiments en pâtissent soit mais que cela puisse saloper la démocratie est éminemment discutable.
Certes, l’Histoire de France est tissée de petites histoires interdites aux enfants, cependant l’élégance intellectuelle et le discernement politique auraient dû inciter François Hollande à plus de circonspection face aux prétendants à la succession. Il a préféré mouiller sa chemise, au moment même de rendre son tablier de premier secrétaire, avec le pire des perdants celui que les bien-pensants du PS voyaient décroché la direction du parti dès le premier tour. Bertrand Delanoë n’aura fait qu’un petit tour puis pschitt ! Il est déjà fini ! Le but n’était pas de lui ouvrir la porte du PS mais de la fermer au nez de S. Royal. Le grincement est identique dans les deux cas. Mais le subterfuge n’a pas échappé au perspicace Jacques Attali. Il décoche le meilleur compliment qu’est pu recevoir la malheureuse candidate. " Avec ce procédé, même Mitterrand n’aurait pas pu gagner ". Le comportement de F. Hollande pose pour le moins un problème d’éthique en politique et c’est là où le bât blesse ! Peut-être qu’il n’est génétiquement pas programmé pour faire partie de la race des seigneurs ! Il a adultéré ce congrès de Reims, s’offrant ainsi une piteuse fin de règne. Il aura mis en scène un PS incompétent, malade dit Michel Rocard, au moment où le monde est confronté à de multiples crises qui grouillent de sujets de discorde autour desquels les socialistes auraient pu s’étriper avec beaucoup moins de dégâts.
La violente bourrasque d’inimitiés que le front constitué des éléphants et même de quelques éléphanteaux a déclenché sur elle pour l’empêcher de prendre les rênes du parti a certainement contrarié ses plans mais a surtout mis en lambeaux le PS lui-même. L’ancienne députée des Deux-Sèvres de 1988 à 2007 et trois fois ministre n’est pas une novice en politique et en a vu d’autres. Ceux qui essayent de la faire passer pour une gourde en ont pour leurs frais. L’objectif affiché de la présidente de la Région Poitou-Charentes est de faire du PS sa machine de guerre pour tenter d’en découdre une seconde fois avec Nicolas Sarkozy. L’accession à la présidence de la république française ne s’improvise pas. C’est une ambition clairement assumée par un candidat et loyalement porté par un parti. Or en 2007, ce fut loin d’être le cas. Un regard furtif dans le rétroviseur, nous montre son parcours vers l’Elysée jonché de peaux de bananes judicieusement placés par ces « amis ».
Tout sauf Ségolène ou un Sarkozy sinon rien ! Morceaux choisis
Nonobstant casting des protagonistes, la bataille pour prendre le parti est, à plus d’un égard, un remake de sa campagne présidentielle. Contre N. Sarkozy, son camp ne lui a rien épargné pour s’assurer qu’elle cale. Ce qui arriva à quelques encablures de la ligne d’arrivée puisqu’elle perd avec 46,94% des suffrages. C’est une performance qu’aucun mastodonte du PS n’aurait réussie.
Pour la présidentielle, la candidate socialiste a stoïquement essuyé les tirs amis. Du soutien froid et lapidaire de L. Jospin à celui de M. Aubry chichement soupesé au tarif syndical, en passant par les soutiens des copains frustrés qui savent si bien se faire condescendants en balançant des gentillesses empaquetées dans des petites phrases merveilleusement ciselées et calibrées pour avoir l’effet tout à fait inverse de ce qu’elles semblent exprimer.
F. Hollande avait, tout au long de la présidentielle 2007, fait de la figuration auprès de celle que le citoyen lambda pensait encore être sa campagne. La vérité du couple finit par éclater. On apprend alors par Elise Karlin de l’Express2 que la candidate socialiste était plus entourée par un Bernard-Henri Levy qu’elle ne connaissait qu’à partir de janvier 2007 que par les sollicitudes du premier secrétaire du PS. BHL, vous connaissez-vous ? La preuve vivante que l’habit fait le moine. Avec une chemise à col ouvert, Bernard Pivot l’avait consacré philosophe ! Depuis il crèche dans les médias. Il est même parvenu à en déloger sa superbe star de femme, Arielle Dombasle. Un nom qui irait comme un gant à une vérité toute nue. Le mari lui, c’est beaucoup de panaches sur une coquille vide.
Le syndrome Besson
L’homme par qui le scandale absolu de la campagne est arrivé est Eric Besson. Il est passé à l’ennemi au moment crucial du combat. Ce n’est pas tant la trahison par elle-même qui choque mais le moment et le contexte de la campagne qui lui donnent tous les attributs d’une forfaiture inqualifiable, inadmissible. Le renégat commet un opuscule de propagande "Qui connaît Madame Royal ?", dans lequel il aligne, dans un entretien avec Claude Askolovitch, des assertions doctrinaires d’une telle inconsistance intellectuelle que l’on pense de suite à prendre la température de monsieur économie du PS. Jugez-en par vous-même : « Je pense en conscience, que Ségolène Royal ne doit pas devenir Présidente de la République. Je ne le souhaite pas pour mon pays ". A le lire, on tremblerait pour la France. Elle a failli échoir dans les rets de S. Royal qui aurait un goût très prononcé pour l’exercice " ultra personnel " du pouvoir. Pour l’occasion, Eric Besson essaye lamentablement de faire feu de tous bois pour justifier son allégeance à celui qui a fini par se tailler un statut d’hyper-président, de super-ministre tous corps d’état confondus et surtout d’inamovible Premier ministre ! Certains medias stigmatisent le basculement subreptice en 18 mois de « la république irréprochable » que le candidat Sarkozy promettait, dans les colonnes du Monde, d’instituer vers la "république des copains ". L’hebdomadaire Marianne consacre son n° 607 au " coup d’État médiatique ". Le journal qui a pour devise une citation de d’Albert camus " le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti " lance un appel pour demander au Parlement de renoncer à la loi qui permettrait au président de la République de nommer et de révoquer les présidents de France Télévisions et de Radio France. Au même moment, le très mesuré ancien Premier ministre et aussi ancien rival potentiel, Dominique de Villepin accuse N. Sarkozy d'avoir "violé le droit au procès équitable" et le "principe de l'égalité des armes" dans le dossier Clearstream, où le président de la République est partie civile. Tous cela sur fond de protestation, suite à l’interpellation, dans des conditions ahurissantes, de Vittorio de Filippis, journaliste de Libération poursuivi pour diffamation et de mobilisation contre le désir de N. Sarkozy, exprimé le 1er décembre, de dépénaliser ce délit dans les plus brefs délais. Ce qui fait craindre le pire pour la liberté de la presse au principal syndicat de journalistes, le Syndicat national des journalistes (SNJ). Les internautes amateurs de formule bien léchée disent que Sarkozy « représente la télévision de Berlusconi avec les méthodes de Poutine ». Jean-François Kahn n’est pas loin de penser la même chose. D’autres se demandent quels gènes a-t-il récupérés de chez Bush. Autant dire que ces comparaisons ne le grandissent pas, surtout la première. Il serait donc une sorte de chimère politique. Tout ce tableau sombre n’inspire aucun sursaut patriotique à Eric Besson. Seule une femme souriante et amène comme S. Royale constituerait un danger pour sa progéniture. «Je le redoute pour mes enfants. » est une des inepties dont il a truffé son livre.
Il n’est naturellement pas répréhensible d’être opportuniste en politique. D’autres ont aussi franchi le pas : Bernard Kouchner Martin Hirsch Jean-Pierre Jouyet, ancien directeur adjoint du cabinet de L. Jospin, Michel Charasse poids lourd de la mitterrandie. D’autres comme Claude Allègre, Jacques Attali ou Jack Lang flirtent sans modération avec le président de la République. Sarkozy est depuis toujours « génétiquement convaincu » de la nécessité de l’ouverture. L’expression est équivoque mais ne recèle aucune malveillance. Elle est signée de son ami Brice Hortefeux3. La filière de récupération des transfuges de la gauche a si bien fonctionné que Patrick Devedjian s’en est ému. Amer, il avait craint qu’il ne restât plus de postes intéressants pour les sarkozistes de couleur bleu d’origine. Il doit une fière chandelle à la crise qui vient à point pour le faire nommer ministre chargé du suivi du plan de relance. Eric Besson a dangereusement repoussé les frontières de la félonie dont il est désormais devenu l’archétype en politique. Son syndrome justifie de légiférer sur le pendant de la clause de non-concurrence qui existe dans la sphère de l’économie. Quitte à accorder des goldens parachute aux politiques qui choperaient la bessonnite, forme pernicieuse d’apostasie des temps modernes, capable de pervertir une démocratie en apparence saine.
N. Sarkozy disait récemment du haut d’une tribune européenne sa satisfaction " pour l’excellent travail " que lui a remis C. Allègre l’ancien ministre de l’éducation de Jospin. Sur l’organisation des Assises européennes de l’innovation qui se dérouleront cet automne. C. Allègre est un scientifique doublé d’un socialiste iconoclaste. Sa thèse négationniste sur le réchauffement planétaire reflète bien sa façon de penser en politique, toujours incorrectement. Il déteste tellement S. Royale que même son amitié pour L. Jospin n’a pu le retenir de faire allégeance à N. Sarkozy. Son zèle de converti le poussera à s’écrier, dans sa chronique de l’express, " Et si Sarkozy avait raison ? ". C’était à la fin du mois de juillet ; un coup de soleil est vite pris ; c’est aussi peut-être la preuve que le réchauffement climatique est une réalité que ne perçoit pas C. Allègre parce que son esprit est trop captivé par les gesticulations sarkoziennes. Quand il persiste et signe : " dans sa démarche hyper-volontariste, N. Sarkozy a fondamentalement raison ". On l’imagine béat tout en dévotion devant son idole d’autant qu’il choisit d’encenser le président de la république française pendant qu’il dégringolait encore dans les sondages et subissait les affres de l’impopularité. Après L. Jospin, il a apporté la poisse au maire de Paris. Sarkozy doit être, aussi, un hyper-optimiste pour ne pas se rendre à l’évidence, Allègre est un porte-scoumoune ambulant.
Laurent, Dominique et….Jack
Quoiqu’il fût patent pour le commun des Français que S. Royale est celle qui possédait le plus d’atouts pour faire revenir la gauche au pouvoir, en 2007, le parti socialiste n’a pas meilleure idée pour désigner son candidat à la présidentielle que d’astreindre celle qui indubitablement aller s’élancer dans la bataille de la présidentielle à faire du sur place jusqu’à un oral de rattrapage. On l’a donc affublé de deux concurrents, L. Fabius et DSK. Se défaire de ces faux candidats à la candidature lui a évidemment pris du temps, l’a lesté et a retardé son installation dans le combat contre N. Sarkozy. L’examen de passage intégralement télévisé a légitimé une sorte d’exigence de preuve cash sur ce qu’elle promet de faire. Durant toute la campagne électorale, les deux recalés de la primaire se sont murés dans un mutisme profond. Qu’ils se soient ainsi fait enregistrer aux abonnés absents ne pouvait que réjouir N.Sarkozy.
Le cultureux, -tant pis si le mot n’existe pas, chacun sa bravitude- Jack Lang a laissé planer le doute sur sa candidature avant de se raviser et de soutenir S. Royale. Durant toute la campagne électorale, en guise de soutien, on aura surtout vu Jack Lang parader en arrière plan de celle qui a toujours été en position de pouvoir l’emporter. La nomination de DSK au FMI, la voix de Jack Lang en faveur de la réforme institutionnelle voulue par N. Sarkozy laisse transparaître sinon un certain esprit de communion du moins une connivence avéré et souvent une vision commune des choses avec la droite sarkozienne. Julien Dray porte-parole du PS a pertinemment déclaré que la transgression du consensus socialiste par Jack Lang l’excluait de fait de la famille socialiste. Un autre a dit qu’il avait franchi le Rubicon. Jack Lang réserve cependant son invective à l’adresse de S. Royale « lui demandant de balayer devant sa porte » montre la volatilité et l’inconsistance des rapprochements que certaines figures peuvent afficher pour assouvir leur carriérisme invétéré. On lui fera grâce de l’incorrection de parler ainsi à une dame. Jack Lang vérifie la perspicacité de Jules Renard qui ne se faisant pas d’illusions sur l’altruisme des hommes disait «On place ses éloges comme on place de l’argent, pour qu’ils nous soient rendus avec les intérêts ». Ne voyant rien venir du côté de S. Royal, Jack Lang a tout bonnement changer de pré.
Julien le Sycophante
La palme d’or pour le rôle du sycophante, chekkam, délateur professionnel dans la Grèce antique, voire même de Judas revient incontestablement à Julien Dray. Ami du couple Hollande-Royal depuis vingt-cinq ans et conseiller de la candidate à la présidentielle. Lors d’un dîner, il confie à deux journalistes du monde, Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin, les déboires privés de la candidate socialiste. Elles en font un livre " la femme fatale ». Il leur rapporte des propos qu'aurait tenus S. Royal à son conjoint: "si tu vas chercher Jospin pour me faire barrage, tu ne reverras jamais tes enfants". Les auteures du livre révèlent que les amis de J. Dray, homme clef du staff de S. Royale, l’auraient entendu à plusieurs reprises lancer "Si Ségolène est candidate, je m'exile en Israël.". On devine le peu de zèle qu’il a mis pour que la candidate transforme l’essai du premier tour. Grâce à lui, tout le monde aura appris que N. Sarkozy n’est pas le seul à s’être fait cocu, Ségolène aussi ! Son rôle malsain est avéré ; Les deux journalistes montrent comment J. Dray, "depuis qu’il s’est retrouvé projeté dans un conflit conjugal qui n’est pas le sien, a compris qu’il a gagné un nouveau pouvoir". Il a exploité le filon en jouant tantôt le premier secrétaire contre sa femme tantôt la candidate contre son homme. Elles vont jusqu’à le comparer à Iago, le traître -devenu proverbial- de la tragédie Othello de Shakespeare. Le qualifient au passage de "gros chat repu", pour ce coté jouisseur indûment avachi dans l’intimité du couple pour les manipuler au mieux de ses intérêts.
Malgré leurs poids et leurs âges vénérables pour certains, les éléphants font preuve d’une vélocité admirable pour slalomer entre les contradictions les plus flagrantes. Ils se sont largement appliqués à ne rien faire qui puisse faire gagner S. Royal contre le candidat qui a plus complexé la gauche que décomplexé la droite. Dans un tel climat déstabilisant et avec un tel déséquilibre des forces en présence faire jeu égal avec M. Aubry est une prouesse politique qui relève du miracle. S. Royal confirme donc sa performance à la présidentielle 2007. La nouvelle patronne du PS a gagné sans gloire. Voltaire a bien raison, « Tricher au jeu sans gagner aurait été d’un sot ». La maire de Lille était créditée au poste qu’elle vient de décrocher après une lutte féroce de seulement 12% des voies chez les militants socialistes en juin 2008 (sondage BVA-Orange-L’Exprss.). On dira que c’est une bonne grimpeuse ; gars aux chutes ! Le lendemain de l’officialisation des résultats Jean-Christophe Cambadelis, le strausskahnien, aide de camp d’Aubry invite celle qui ne pouvait pas gagner avec ses 50% de voix à rejoindre celle qui ne pouvait pas perdre dans le staff de la direction. " Sur notre programme bien sûr ", précise-t-il. Machiavélique, il veut recueillir à chaud la capitulation sans condition de S. Royal. A moins qu’il ne prépare, à sa façon, le second mandat de N. Sarkozy. DSK est redevable au président de la république qui la fait nommer au poste prestigieux de patron du FMI. Il saura être reconnaissant. En attendant il pensera, à chaque rasage, à la manière la plus séante pour renvoyer l’ascenseur. C’est dire que si les carottes sont cuites pour S. Royal, c’est à Sarkozy qu’elles échoiraient!
Les trois hirondelles
Yvette Roudy, ancienne ministre, Françoise Mesnard vice–présidente de la région Poitou-Charentes et Béatrice Arruga vice-présidente de la région Centre en décidant de quitter la direction nationale du courant "Rénover Maintenant ", animé par Arnaud de Montebourg, lui reprochant son désir de se rapprocher plus que de raison de DSK, justifient leur départ par leur fidélité à l’ex-candidate socialiste par de la reconnaissance. "Elle a porté, disent-elles, nos idées au-delà de nos espérances:....Aujourd'hui, nous faisons le choix de continuer avec elle le travail de rénovation entrepris. ". Une hirondelle ne fait pas le printemps pas. Trois non plus. Le marigot où les dossiers des infidélités et autres défections successives finissent leur décomposition dégage une telle odeur qu’évoquer ces marques de constance est presque inconvenant. Arnaud de Montebourg est un élément qui manquera à Ségolène Royale. Grosse gueule, il sait être éloquent, la séduction en plus. Elle avait surréagi à sa boutade sur son fameux défaut de compagnon. Elle l’avait sermonné à la manière d’une maîtresse d’école stricte, le privant pour un temps de campagne ; elle l’avait infantilisé. Au piquet ! Ce fut dommageable pour les deux.
C’est parti, mon kiki !
Contrairement à ses généreuses prédispositions et autres promesses en direction du clan de S. Royal, (Vincent Peillon et Manuel Valls) avant la confirmation de sa minuscule victoire, la main tendue, paume bien ouverte sur une de ses photos, de la nouvelle patronne du PS semble plutôt leur intimer l’ordre, avec le sourire, de ne pas faire un pas de plus. Dès son premier conseil national, M. Aubry signifie à sa rivale une fin de non recevoir à toutes ses doléances. Circulez, le gâteau est à partager entre les perdants du premier tour. C’est la fameuse combinazione qui a servi à configurer la nouvelle direction. La nouvelle tête aura beaucoup à faire pour satisfaire les appétits de ceux qui lui ont réuni péniblement les 50% qui l’on élu sans gloire. Même si on lui épargnera B. Delanoë qui se replie déjà sur sa Mairie pour se refaire une santé en s’y faisant oublier, la charmante tête du PS risque bien d’imploser sous les pressions contradictoires. A mon avis, ça tirera très vite à hue et dia pour que Mme le premier secrétaire ne tardera pas à être sujette à terribles migraines.
Le match a commencé. S. Royale ne baisse pas les bras et M. Aubry lui tend la main. Voilà une belle image de judokates. La présidente du Poitou-Charentes doit vite gagner par ippon pour se consacrer pleinement à ce qui lui donne le plus envie, devenir présidente de la République française. Soit prudemment hardie Ségolène ! Pour 2012, elle doit vite et bien résoudre la quadrature du cercle. Le judo est un des multiples talents de M. Aubry. Elle le pratique et le maîtrise. À moins que les deux dames, ne se détournent de cette voie de la souplesse qu’est le judo et optent pour le catch. Discipline violente où tous les coups sont permis mais un peu trop scénarisés pour éveiller quelques soupçons. Avec Aubry vs Royal, on ne découvrirait pas aisément le pot aux roses ! Sans doute consciente que l’échec n’est pas de tomber, mais c’est de ne pas se relever, S. Royal reprend son chemin, l’esprit habité par l’Elysée. Elle sait que le terrain est miné. La femme a cependant suffisamment de ressources pour dérouter ses adversaires tout en s’appliquant à "tracer [sa] voie " vers 2012. Ses détracteurs risquent de vérifier à leurs dépens la pertinence du proverbe sénégalais : tanguer n’est pas chavirer ! Elle sait surtout que c’est quand on finit par se persuader que les Français sont bien des veaux que ces derniers se rebiffent et ruent dans les brancards. Et c’est alors la chienlit ! A moins que les militants n’anticipent comme le font si bien parfois les taureaux de corrida. Le match s’annonce palpitant.
Les rebondissements seront nombreux. Il y en aura pour tout les goûts. On s’impatiente déjà pour suivre la partie d’échecs qui décidera du candidat du PS pour 2012. Jack Lang trouvera certainement que M. Aubry possède aussi la "carrure " pour devenir présidente de la République. La partie ne sera pas truquée. Elle ne pourra pas plus l’être. Elle se jouera tout en subtilité. Mon coté un tantinet paysan m’incite à abonder dans le sens de Frances Ellen Watkins Harper en affirmant qu’" un échec apparent peut contenir les graines d’un succès qui germera en son temps et donnera des fruits toute l’éternité ", Harper a porté courageusement beaucoup d’aspirations et initié un combat majeur contre diverses exclusions en y mettant beaucoup de poésie dans l’action. Elle fut, en 1850, la première femme afro-américaine à enseigner à l'Union Seminary à Wilberforce, en Ohio. Son admission au poste avait soulevé un tollé de protestation. Le directeur de l'école à l'époque, le Révérend John M. Brown, en l’appuyant mis en exergue sa bravoure en soulignant sa détermination. "Elle a fermement bravé les inondations de l'opposition qui s'est manifestée dès le début…" tout proportion gardée, les combats sont différents, les enjeux ne sont pas les mêmes et surtout les contextes et les difficultés sont incomparables, mais je trouve que les deux femmes partagent cette détermination teintée d’optimisme devant des défis qui paraissent perdus d’avance. S. Royal à l’avantage d’engager le combat, l’esprit plus léger. Après tout, même si M. Aubry a un sérieux handicap, elle traîne la casserole des 35 heures et elle n’est pas près d’oublier la gamelle qu’elle a prise aux législatives de juin 2002. Puisque elle avait perdu dans la 5e circonscription du Nord, réputée imprenable par la droite. Malgré son caractère bien trempé, M. Abry s’était laissé aller à écraser une larme, signe d’un profond désarroi. Fabius et Strauss-Kahn étaient déjà là pour la soutenir. A défaut de la faire gagner, ils avaient dû la consoler.
Le chaos de Reims n’a mis personne KO mais a ouvert la boîte de Pandore. Je ne résiste pas à paraphraser l’autre éléphant qui s’est fait dégommé du gouvernement Jospin par le mammouth qu’il cherchait à dégraisser, les deux dames iront à la défaite…hum, peut-être pas en chantant, pas cette fois-ci. Quoique ! Au fond de la boîte, il reste l’espérance !
Aussi imparfaite qu’elle soit, la démocratie en France est une pièce de théâtre où les acteurs sont en représentation permanente, il n’y a jamais de mort d’hommes sur scène. Le vainqueur de ce type de tragédie est celui auquel on s’attend le moins. C’est la sempiternelle surprise. Tant pis si on se fait avoir à tous les coups. Il n’y a pas de plus efficace que les frustrations pour vous entretenir une flamme. Hop ! Popop ! J’arrête mon plaidoyer pour Ségolène avant qu’il ne se transforme en déclaration. A l’insu de mon gré – oui, je sais ! Ça devient une obsession ! -j’ai failli la prendre au mot. "S’aimer les uns les autres", a-t-elle prêché. En réalité, je voulais seulement lui dire Paix à toi Ségolène, en souvenir d’un album de Catherine Ribeiro, intitulé " Paix à celui qui sait " et dans lequel elle chante magnifiquement "Quand on a que l’amour " de Jacques Brel. Alors quelque soit celle qui dégustera, je me régalerais. On manque tellement de spectacle chez nous. Quoique, ça commence à s’animer ! Nezzar, notre éternel (syn. : khaled) écrivain général, reproche à notre ancien (contr. Bendjedid) Chadli, notre ex-président nass’em’lah’, d’avoir été à Et-Tarf. C’est vrai choisir une extrémité de l’Algérie, c’est ce que pourrait signifier le nom de cette contrée à la nature merveilleuse mais à l’urbanisme plus quelconque qu’ailleurs, pour faire des vaguelettes, c’est incorrect ! Ça commence mal mais il n’y aura pas de surprise. Si la pellicule du film ne surchauffe pas et ne crame pas, on vous le promet ça finira mal aussi! C'est-à-dire sans débat
Mokhbi Abdelouahab